Lettre pastorale

Carême 2018

« Jeûne, prière et aumône »



Monseigneur Serge Poitras

Évêque de Timmins



Lettre pastorale  Jeûne, prière et aumône (Mt 6, 1-18)

Carême 2018 

Chaque année, l’Église nous invite à entrer en Carême, cette période de 40 jours qui nous prépare à célébrer plus profondément le mystère de la Mort et de la Résurrection du Seigneur, à renouveler les promesses de notre baptême et à vivre notre foi de manière plus parfaite. La première préface du Carême décrit bien ces aspects:

            « Chaque année, tu accordes aux chrétiens

            de se préparer aux fêtes pascales dans la joie d’un cœur purifié;

             de sorte qu’en se donnant davantage à la prière,

            en témoignant plus d’amour pour le prochain,

            fidèles aux sacrements qui les ont fait renaître,

             ils soient comblés de la grâce que tu réserves à tes fils ».  

Ce temps liturgique rappelle évidemment les 40 ans que les Hébreux ont passés au désert, après leur libération de l’esclavage en Égypte et avant leur entrée dans la Terre promise; c’est à ce moment qu’ils ont reçu les commandements de Dieu, exigences fondamentales pour eux qui étaient appelés à vivre comme Peuple de Dieu, c’est-à-dire comme le Peuple qui appartient à Dieu, qui est entré en alliance avec lui : « Je vous prendrai pour peuple, déclarait le Seigneur, et moi, je serai votre Dieu » (Ex 6, 7). Le prophète Jérémie a approfondi les exigences de cette alliance qui doit être inscrite dans les cœurs :  


« Voici venir des jours – oracle du Seigneur –, où je conclurai avec la maison d’Israël et avec la maison de Juda une alliance nouvelle. Ce ne sera pas comme l’Alliance que j’ai conclue avec leurs pères, le jour où je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d’Égypte ….

Voici  quelle sera l’Alliance que je conclurai avec la maison d’Israël quand ces jours-là seront passés – oracle du Seigneur. Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur. Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. Ils n’auront plus à instruire chacun son compagnon, ni chacun son frère en disant : « Apprends à connaître le Seigneur ! » Car tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands – oracle du Seigneur » (Jr 31, 31-34).


De son côté, immédiatement après son baptême, Jésus lui aussi a passé 40 jours au désert (Mt  4, 2; Mc 1, 13; Lc 4, 1) pour se préparer à sa mission salvatrice.


I-     Le sens du Carême


​40 jours pour devenir disciple de Jésus


1-      Dans cette ligne, nous sommes appelés à vivre le Carême comme un temps plus intense sur le plan spirituel, à l’image de la personne qui désire améliorer sa condition physique : elle va chercher un bon entraîneur, qui lui proposera un programme adapté d’exercices variés pour fortifier son tonus musculaire, un régime alimentaire plus riche en telle ou telle vitamine; des objectifs précis seront aussi suggérés, de même qu’une vérification régulière. Pour améliorer notre vie chrétienne, l’Église est notre guide : elle nous propose certains exercices spirituels qui nous permettront de devenir des disciples plus fidèles à l’Évangile, capables d’examiner leur conscience, de faire les choix les meilleurs et de corriger ce qui est défectueux.


2-      L’expérience du Carême peut aussi se laisser inspirer par la situation de quelqu’un qui a des problèmes de santé. Dans une première étape, cette personne consulte le médecin, qui identifiera la maladie présente et prescrira des ressources pour lutter contre la maladie : médicaments spécifiques à prendre à tel moment, pour une certaine période; changement de régime (nourriture différente, exercices physiques supplémentaires); après quelque temps, un rendez-vous sera fixé pour vérifier les effets de la médication : prise de sang, évaluation des médicaments (dose, fréquence); des ajustements seront effectués. Sous la conduite de l’Église, nous pouvons nous aussi identifier les faiblesses de notre vie chrétienne et chercher à y remédier.


3-      Nous sommes invités à investir une plus grande énergie dans le Carême. À cet égard, depuis que je suis évêque de Timmins, par mes lettres pastorales, j’ai souligné ce temps liturgique pour que les fidèles puissent en bénéficier spirituellement. Ainsi, en 2013, j’ai offert quelques réflexions sur la nécessité d’entrer dans la connaissance du Christ; par la suite, je me suis arrêté sur la prière (2014), sur la conversion et le sacrement de pénitence (2015), sur l’eucharistie (2016). L’an dernier (2017), j’ai rappelé que nous sommes tous appelés à la sainteté. À l’automne 2017, dans notre projet d’être ‘fidèles à l’enseignement des apôtres’, j’ai traité de l’importance d’être des disciples du Seigneur (n. 1-4) et de nous laisser inspirer par sa Sagesse dans notre vie (n. 5-18), tout en étant conscients que son message rencontre des résistances (persécution, séduction); nous sommes, par conséquent, confrontés au combat spirituel (n. 19-24).


4-      Nous sommes en fait appelés à la santé spirituelle, c’est-à-dire à la sainteté, comme je l’écrivais l’an dernier à pareille date. Dans son Traité de la perfection chrétienne, saint Grégoire de Nysse nous offre à ce sujet une excellence réflexion, reproduite dans la Liturgie des heures :

           

« Puisque nous avons reçu communication du plus grand, du plus divin et du premier de tous les noms, au point que nous sommes honorés du titre même du Christ en étant appelés ‘chrétiens’, il est aussi nécessaire que tous les noms qui traduisent ce mot se fassent voir aussi en nous, afin qu’en nous cette appellation ne soit pas mensongère mais qu’elle reçoive le témoignage de notre vie » (Lundi XII).


 « Que doit faire celui qui a obtenu de porter le nom magnifique du Christ ? Rien d’autre que d’examiner en détail ses pensées, ses paroles et ses actions : est-ce que chacune d’elles tend vers le Christ, ou bien s’éloigne de lui ?


Cet examen se fait de multiples façons. Les actes, les pensées ou les paroles qui entraînent une passion quelconque, tout cela n’est aucunement en accord avec le Christ, mais porte l’empreinte de l’Adversaire, lui qui plonge les perles de l’âme dans le bourbier des passions, et fait disparaître l’éclat de la pierre précieuse. Au contraire, celui qui est exempt de toute disposition due à la passion, regarde vers le chef de la paix spirituelle, qui est le Christ.


C’est en lui, comme en une source pure et incorruptible, que l’on puise les connaissances qui conduiront à ressembler au modèle primordial; ressemblance pareille à celle qui existe entre l’eau et l’eau, entre l’eau qui jaillit de la source et celle qui, de là, est venue dans le vase » (Mardi XII).


5-      Application spirituelle 


a.      L’eau de la vie de Dieu est versée dans mon âme depuis mon baptême. Est-elle encore pure ou contaminée, polluée ? La pierre précieuse de mon âme brille-t-elle de l’éclat de la présence de Dieu ?

b.      À quoi reconnaît-on en moi un (e) disciple du Christ ? À quoi voit-on en moi quelqu’un qui est en alliance, en amitié profonde avec lui ?

c.       Méditer sur le psaume 62 : « Dieu, tu es mon Dieu; je te cherche dès l’aube; mon âme a soif de toi… Ton amour vaut mieux que la vie… Mon âme s’attache à toi, ta main droite me soutient ».

d.      Examiner si mes pensées, mes paroles, mes actions relèvent du Christ ou sont menées par une autre passion.

e.      Dans ma relation avec le Christ,

 -  mon cœur est-il  brûlant, comme celui des disciples d’Emmaüs (Lc 24, 32) ?       

-  ou tiède, comme le déplore Jésus dans l’Apocalypse (3, 16) ? Dans son message du Carême 2018, le Pape réfléchit sur les cœurs froids : « À cause de l’ampleur du mal, la charité de la plupart des hommes se refroidira » (Mt 24, 12).                  

- Est-ce que je suis gêné, est-ce que j’ai honte ou je rougis d’être disciple de Jésus  (Lc 9, 26)?  « Pour moi, dit saint Paul, je ne rougis pas de l’Évangile » (Rm 1, 16)

f.        Profiter du Carême qui débute pour affermir ma volonté d’être plus proche du Christ, de lui ressembler davantage afin, comme dit saint Paul, que ce « soit le Christ qui vive en moi »  (Ga 2, 20).

g.      Utiliser les moyens de réflexion qui sont à ma disposition : la présente lettre pastorale, le message du Carême de Notre Saint-Père le Pape François…


6-      Notre santé spirituelle, notre sainteté est menacée par le virus du péché. Saint Jean nous invite à en reconnaître en nous la présence: « Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous égarons nous-mêmes, et la vérité n’est pas en nous. Si nous reconnaissons nos péchés, lui qui est fidèle et juste, va jusqu’à pardonner nos péchés et nous purifier de toute injustice. Si nous disons que nous sommes sans péché, nous faisons de lui un menteur, et sa parole n’est pas en    nous » (I Jn 1, 8-10).


7-      Voilà un enseignement qui ne plaît pas beaucoup de nos jours. Certaines personnes affirment en effet qu’il n’y a plus de péché. Pourtant le mal étend ses ravages dans le monde : il suffit simplement de regarder les nouvelles : chaque jour nous ramène son lot de souffrances provoquées par la malice humaine (égoïsme, mensonges, vols, violences, exploitations, misères…). Il est facile d’accuser les autres du mal qui se produit; mais l’Évangile nous invite à nous regarder nous-mêmes, à faire notre propre examen de conscience, à identifier le mal dont nous sommes responsables dans notre vie quotidienne. Nous pouvons ici nous laisser inspirer par le Roi David qui avait le courage de reconnaître sa responsabilité dans le mal: « Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi; contre toi, et toi seul, j’ai péché; ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait » (Ps 50,  5-6).


8-     Le prophète Isaïe utilise une image impressionnante pour décrire la présence et l’influence du péché : « Nos fautes, comme le vent, nous emportaient » (Is 64, 5). Nos péchés nous privent de la vie véritable, ils font de nous comme des feuilles desséchées, que le vent emporte : nous devenons comme morts, incapables de résister à l’influence du mal. Nous savons combien cela est vrai : des personnes deviennent esclaves de leurs péchés, du mal qui les détruit progressivement. Pensons simplement à celles qui sont aux prises avec la drogue ou l’alcool : toute leur vie tourne autour de ces réalités qui, petit à petit, détruisent leurs propres corps, brisent leurs relations avec les autres. Ces personnes sont emportées par le vent du mal, sans être capables de lui opposer aucune résistance. L’absence de Dieu dans la vie de plusieurs les met à la merci de ces forces de destruction.


9-      L’Église enseigne que nous sommes tous marqués par le péché originel qui nous rend fragiles sur le plan spirituel. Ses conséquences, ses séquelles, sont présentes en chacun de nous : en effet, à l’exception de la Sainte Vierge qui a été préservée du péché en sa racine même par son Immaculée Conception, toute personne humaine est affectée par les sept péchés capitaux, « appelés ainsi parce qu’ils sont générateurs d’autres péchés, d’autres vices » (Catéchisme, n. 1866 : Compendium n. 398.) Ils sont les racines du mal en nous. Saint Thomas d’Aquin les étudie dans la Somme théologique (I. IIae, question 84). Nous en connaissons la liste que j’avais rappelée l’an dernier (lettre du carême 2017, n. 48) : orgueil, avarice, impureté, envie, gourmandise, colère et paresse.


10-      Application spirituelle


a.      Connaître les péchés capitaux : orgueil (se considérer le centre du monde et supérieur aux autres, se fermer à Dieu, refuser de reconnaître ses dons); avarice (accumuler les richesses pour elles-mêmes, ne pas s’ouvrir aux misères des autres, être incapable de donner); impureté (rechercher le plaisir sexuel pour lui-même, en dehors du plan de Dieu); envie (ressentir de la tristesse devant le bonheur ou les biens des autres, chercher à se les approprier); gourmandise (manger et boire avec démesure); colère (avoir des excès en paroles ou en actes : insultes, violences, meurtre); paresse (montrer un amour désordonné du repos, négliger son devoir d’état, manquer d’énergie ou d’effort pour les biens spirituels).

b.      Voir comment un péché capital est source d’autres péchés : par exemple l’amour de la boisson conduit au mensonge pour cacher cette faiblesse, il détruit la santé, conduit à l’injustice en privant la famille de ressources nécessaires; il peut engendrer la violence domestique, la perte du travail, provoquer des accidents routiers…

c.       Identifier le péché capital qui semble me dominer.

d.      Contre l’orgueil qui refuse Dieu, demander la grâce fondamentale de l’humilité, à l’exemple de la Sainte Vierge, en méditant le Magnificat : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur. Il s’est penché sur son humble servante ». Marie reconnaît les grandes faveurs dont elle est l’objet; elle reconnaît surtout leur source qui est Dieu. Comme elle, je peux reconnaître les dons que Dieu m’a donnés, l’en remercier avec gratitude et m’en servir pour sa gloire et le salut du monde.

e.      Méditer sur la parole du Pape dans son message du Carême 2018 : il dénonce les ‘faux prophètes’, « qui sont comme des ‘charmeurs de serpents’, c’est-à-dire qu’ils utilisent les émotions humaines pour réduire les personnes en esclavage et les mener à leur gré. Que d’enfants de Dieu se laissent séduire par l’attraction de plaisirs fugaces confondus avec le bonheur ».

f.        Méditer sur les paroles de saint Augustin : « Malheur à toi, si en aimant les créatures, tu abandonnes le Créateur ! Elles te semblent belles ? mais combien plus beau celui qui les a faites ! Je prends une comparaison : supposons qu’un fiancé donne une bague à sa fiancée; si celle-ci préfère la bague à son fiancé, quelle femme serait-ce là ? » (Commentaire sur la première épître de saint Jean, cité dans le livret Magnificat, décembre 2017, p. 412-413).

g.      Comme le Roi Salomon, demander à Dieu la sagesse pour guider ma vie correctement : « Donne-moi la Sagesse, assise auprès de toi… Qu’elle travaille à mes côtés et m’apprenne ce qui te plaît. Car elle sait tout, comprend tout, guidera mes actes avec prudence » (Sg 9, 4. 10-11).

h.      Reconnaître le besoin d’un entraînement spirituel : guide spirituel, lectures spirituelles, prédication….

i.        Reconnaître la nécessité d’un examen de contrôle : le sacrement de pénitence. Dans son message du Carême 2018, le Pape écrit : « L’initiative des ’24 heures pour le Seigneur’ qui nous invite à célébrer le sacrement de Réconciliation pendant l’adoration eucharistique, sera également cette année encore une occasion propice. En 2018, elle se déroulera les vendredi 9 mars et samedi 10 mars… Dans tous les diocèses, il y aura au moins une église ouverte pendant 24 heures qui offrira la possibilité de l’adoration eucharistique et de la confession sacramentelle ».

j.        Recourir aux moyens spirituels que recommande l’Église : jeûne, prière et aumône.


II-     Trois moyens pour vivre le Carême : le jeûne, la prière, l’aumône


11-      Je désire maintenant offrir quelques réflexions sur ces trois moyens que l’Église nous propose pour le Carême : le jeûne, la prière et l’aumône. On les trouve mentionnés par exemple dans la prière d’ouverture de la messe du 3e dimanche du Carême, de même que dans le Catéchisme de l’Église catholique qui écrit : « La pénitence intérieure du chrétien peut avoir des expressions très variées. L’Écriture et les Pères insistent surtout sur trois formes : le jeûne, la prière et l’aumône (Tb 12, 8; Mt 6, 1-18), qui expriment la conversion par rapport à soi-même, par rapport à Dieu et par rapport aux autres » (n. 1434). L’Église reprend ainsi l’enseignement de Jésus (Mt 6, 1-18), proclamé le Mercredi des Cendres comme programme pour le Carême qui débute. 


12-      Prenons le temps de nous laisser interpeller par ce passage évangélique (Mt  6, 1-6. 16-18) :


« Ce que vous faites pour devenir des justes, évitez de l’accomplir devant les hommes pour vous faire remarquer. Sinon, il n’y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux.


Ainsi, quand tu fais l’aumône, ne fais pas sonner la trompette devant toi, comme les hypocrites qui se donnent en spectacle dans les synagogues et dans les rues, pour obtenir la gloire qui vient des hommes. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra.


Et quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et aux carrefours pour bien se montrer aux hommes quand ils prient. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense.  Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra. Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés. Ne les imitez donc pas, car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant même que vous l’ayez demandé…


Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ;  ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret ; ton Père qui voit au plus secret te le rendra ».



13-      Application spirituelle 

a.      Redécouvrir que les trois moyens que l’Église propose (jeûne, prière et aumône) remontent à Jésus en personne. D’où leur grande importance.

b.      Les pratiquer tous les trois, comme le dit le Catéchisme : «Ils expriment la conversion par rapport à soi-même, par rapport à Dieu et par rapport aux autres ».

c.       Entrer dans l’esprit de Jésus : ne pas chercher des exploits extraordinaires, rapportés dans les médias : vivre les trois moyens concrètement, en présence de Dieu, dans le secret, la discrétion.


III-   Le jeûne


14-      Manger est un besoin fondamental pour l’être humain : personne ne peut en effet vivre sans manger. Certaines personnes ne trouvent pas la nourriture dont elles ont besoin; toute leur vie se résume à la chercher; elles ne peuvent se développer intégralement. Dans les pays riches, c’est l’abondance de nourriture qui pose problème: certaines gens mangent trop, ce qui engendre des problèmes de santé, comme la dépendance à la nourriture, la surconsommation, l’obésité morbide…


15-      Jeûner est un acte volontaire qui consiste à modérer la nourriture, à s’en priver même pendant quelque temps.  Il ne s’agit pas simplement de ne pas manger : le pauvre ne mange pas, c’est un fait, ce n’est pas délibéré. Le jeûne suppose des motivations volontaires. Ainsi, certaines personnes jeûnent pour des raisons esthétiques : elles adoptent un régime minceur pour avoir une ‘ligne’ conforme aux ‘canons de la mode’. D’autres ne mangent pas pour des raisons psychologiques : c’est le cas des personnes affligées par l’anorexie. D’autres encore jeûnent pour des raisons ascétiques, montrant ainsi la force de leur volonté, leur capacité de contrôle personnel.


16-      Le fait de maîtriser notre faim, de modérer notre appétit, est évidemment l’expression d’un contrôle personnel : on ne se laisse pas dominer par les besoins du corps. En jeûnant, on démontre une certaine force face à la nécessité de manger. Comme l’être humain n’est pas un pur esprit, son âme a besoin de s’exprimer par des actes et des attitudes du corps.


17-  Pour qu’il soit vécu chrétiennement, le jeûne doit avoir des motivations spirituelles.  Dans l’Ancien Testament déjà, on voit des personnes jeûner en des occasions spéciales : la Reine Esther (Est 4, 16) demande à Dieu la grâce de changer le cœur du Roi dont un décret exterminait son peuple; Acab jeûne pour implorer à Dieu le pardon de sa faute (1 R 21, 27); le prophète Daniel jeûne pour obtenir la lumière de Dieu (Dn 10, 3. 12).


18-  Dans le Nouveau Testament, on note que les disciples de Jean le Baptiste jeûnent (Mc 2, 18); les pharisiens le font aussi deux fois semaine (Lc 18, 12). Saint Paul jeûne pour obtenir la grâce nécessaire à une mission (Act 13, 2s;  2 Co 6, 5; 11, 27). Jésus lui-même jeûne quarante jours dans le désert (Mt 4, 2); il invite ses disciples à jeûner, mais dans le secret (Mt 6, 17s). Il faut en effet se méfier des dangers de l’ostentation (être vus des autres : Mt 6, 16), du formalisme, de l’orgueil, comme le Pharisien qui méprise le publicain, dans la parabole rapportée par saint Luc (Lc 18, 12).


19-  Toutefois ce n’est pas parce que le jeûne peut être dévié ou contaminé qu’on doit y renoncer. L’exemple du Christ et l’enseignement de l’Église suffisent pour nous en rappeler la nécessité, la valeur et la manière de le vivre en vérité.

a-      Le fait d’expérimenter volontairement la faim nous permet de ressentir dans nos corps cette faim que d’autres humains ressentent par nécessité : nous apprenons ainsi à être solidaires d’eux; conscientes de cette solidarité, certaines personnes donnent en aumône l’équivalent de la somme qu’elles auraient dépensée pour manger.

b-      Dans le Notre Père, Jésus nous a enseigné à demander à Dieu notre pain quotidien, ce qui respecte éminemment notre condition humaine; en jeûnant, en diminuant notre consommation de nourriture, nous exprimons en fait une plus grande ouverture à Dieu; nous montrons que nous avons une ‘autre nourriture’ (Jn  4, 32), que nous ne vivons pas « seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » comme le disait Jésus lui-même lors des tentations au désert (Mt 4, 4; cf.  Dt 8, 3). Ainsi, le jeûne chrétien devient une expression de notre relation à Dieu, de notre ouverture à sa présence, de notre besoin de sa grâce.

c-      Le Catéchisme de l’Église catholique commente la demande du Notre Père ‘Donne-nous notre pain de ce jour’ : « Cette demande, et la responsabilité qu’elle engage, valent encore pour une autre faim dont les hommes dépérissent : " L’homme ne vit pas seulement de pain mais de tout ce qui sort de la bouche de Dieu " (Dt 8, 3 ; Mt 4, 4), c’est-à-dire sa Parole et son Souffle. Les chrétiens doivent mobiliser tous leurs efforts pour " annoncer l’Évangile aux pauvres ". Il y a une faim sur la terre, " non pas une faim de pain ni une soif d’eau, mais d’entendre la Parole de Dieu " (Am 8, 11). C’est pourquoi le sens spécifiquement chrétien de cette quatrième demande concerne le Pain de Vie : la Parole de Dieu à accueillir dans la foi, le Corps du Christ reçu dans l’Eucharistie (cf. Jn 6, 26-58) » (n. 2835).


20-  L’Église a promulgué des lois de jeûne et d’abstinence. Nous sommes réfractaires au mot ‘lois’ qui sont pourtant nécessaires pour nous stimuler à faire le bien. Voici  les canons 1249-1253 qui concernent la pénitence et ses formes privilégiées.   

Can. 1249 - Tous les fidèles sont tenus par la loi divine de faire pénitence chacun à sa façon; mais pour que tous soient unis en quelque observance commune de la pénitence, sont prescrits des jours de pénitence durant lesquels les fidèles s'adonneront d'une  manière spéciale à la prière et pratiqueront des œuvres de piété et de charité, se renonceront à eux-mêmes en remplissant plus fidèlement leurs obligations propres, et surtout en observant le jeûne et l'abstinence selon les canons suivants.

Can. 1250 - Les jours et temps de pénitence pour l'Église tout entière sont chaque vendredi de toute l'année et le temps du Carême.

Can. 1251 - L'abstinence  de  viande ou d'une autre nourriture, selon les dispositions de la conférence des Évêques, sera observée chaque vendredi de l'année, à moins qu'il ne tombe l'un des jours marqués comme solennité; mais l'abstinence et le jeûne seront observés le Mercredi des Cendres et le Vendredi de la Passion et de la Mort de Notre Seigneur Jésus Christ.

Can. 1252 - Sont tenus par la loi de l'abstinence, les fidèles qui ont quatorze ans révolus; mais sont liés par la loi du jeûne tous les fidèles majeurs jusqu'à la soixantième année commencée.  Les pasteurs d'âmes et les parents veilleront cependant à ce que les jeunes dispensés de la loi du jeûne et de l'abstinence en raison de leur âge soient formés au vrai sens de la pénitence.

Can. 1253 - La conférence des Évêques peut préciser davantage les modalités d'observance du jeûne et de l'abstinence, ainsi que les autres formes de pénitence, surtout les œuvres de charité et les exercices de piété qui peuvent tenir lieu en tout ou en partie de l'abstinence et du jeûne. 


21-  Comment comprendre ces canons ?


a.            Le canon 1249 rappelle ceci :

-          La loi de Dieu nous oblige tous à faire pénitence.

-          Chacun peut faire privément la pénitence de son choix.

-          En tant que membres de l’Église, nous avons besoin de gestes ou moments communautaires de pénitence.

-          La pénitence s’exprime principalement par la prière, des œuvres de piété et de charité, le renoncement à soi-même, l’exercice fidèle du devoir d’état, la pratique du jeûne et de l’abstinence.


b.            En quoi consistent concrètement le jeûne et l’abstinence ?

 Certaines personnes ne mangent pas de la journée; d’autres se contentent de pain et d’eau. En fait les normes de l’Église sont précisées par le bienheureux Pape Paul VI dans la Constitution apostolique Paenitemini (17 février 1966):

« La loi de l’abstinence interdit la viande, mais pas les œufs, les laitages et tout assaisonnement, même à base de graisse animale ».

« La loi du jeûne oblige à ne faire qu’un repas par jour, mais elle n’interdit pas de prendre un peu de nourriture le matin et le soir ».


c.       Le canon 1250 précise les jours de pénitence : chaque vendredi de l’année, ainsi que le temps du Carême.

Il est bien compréhensible que les chrétiens soulignent le vendredi de façon particulière, puisque c’est le jour où nous nous rappelons la passion et la mort du Seigneur, comme chaque dimanche nous évoquons sa résurrection.

Le Carême, qui débute le mercredi des Cendres, est aussi un temps communautaire privilégié pour la pénitence.


d.      Le canon 1251 indique que chaque vendredi, à moins qu’il coïncide avec une solennité doit être un jour d’abstinence (privation de viande). Deux jours requièrent abstinence et jeûne : le Mercredi des Cendres et le Vendredi Saint.

Certaines solennités peuvent coïncider avec le vendredi et ont préséance sur lui : premier janvier (sainte Marie Mère de Dieu); 19 mars (saint Joseph), 25 mars (Annonciation du Seigneur); fin mai ou début juin (Sacré-Cœur de Jésus); 13 juin à Timmins (saint Antoine de Padoue), 21 juin (saint Jean Baptiste), 29 juin (saint Pierre et saint Paul); 15 août (assomption de la Sainte Vierge); 1er novembre (Toussaint); 8 décembre (Immaculée-Conception); 25 décembre (Noël). Noël et le premier janvier sont en plus des fêtes d’obligation, c’est-à-dire qu’on doit participer à la messe comme le dimanche.

Le canon 1253 indique que les Conférences des évêques peuvent préciser d’autres modalités d’observance du jeûne et de l’abstinence, en particulier par des œuvres de charité ou des exercices de piété.

Sans abolir évidemment la possibilité de s’abstenir de viande le vendredi, la Conférence des évêques catholiques du Canada a stipulé en 1984 : « Les vendredis sont jours d’abstinence, mais les catholiques peuvent, ces jours-là, substituer à l’abstinence des œuvres de charité ou des exercices de piété », que le décret ne décrit pas.

Suite à cette mesure légitime des Évêques, certaines personnes ont pensé que le vendredi n’était plus important dans la vie des catholiques, qu’il avait perdu son caractère pénitentiel. En fait les Évêques souhaitent que les fidèles prennent leurs responsabilités : s’ils n’observent pas la loi universelle de l’abstinence de viande, ils doivent déterminer l’œuvre avec laquelle ils la remplaceront : prière plus prolongée, charité plus effective; ils pourraient par exemple réciter le chapelet, faire le chemin de la croix, visiter des malades ou des prisonniers…

En vertu des canons 87 et 88, l’Évêque diocésain peut dispenser de toutes ou de certaines prescriptions du décret de la Conférence, s’il le juge profitable au bien spirituel des fidèles; selon le canon 1245, le curé peut aussi, dans certains cas particuliers, dispenser de l’obligation du jeûne et de l’abstinence les jours obligatoires ou commuer l’obligation en d’autres exercices de piété.


e.      Le canon 1252 rappelle que les fidèles sont tenus à la loi de l’abstinence à partir de l’âge de 14 ans; celle du jeûne oblige de l’âge de la majorité (18 ans) jusqu’à 59 ans inclus. C’est la responsabilité des parents et des éducateurs chrétiens de former les jeunes enfants au sens de la pénitence et du renoncement.


f.      Le temps du Carême est privilégié pour approfondir le sens de la pénitence et de la conversion également par des célébrations pénitentielles dans lesquelles on médite sur la Parole de Dieu.


g.       Il existe encore une autre forme de jeûne, le jeûne eucharistique prescrit comme préparation à la sainte communion : canon 919

 § 1. Qui va recevoir la très sainte Eucharistie s'abstiendra, au moins une heure avant la sainte communion, de prendre tout aliment et boisson, à l'exception seulement de l'eau et des médicaments.

§ 2. Le prêtre qui célèbre la très sainte Eucharistie deux ou trois fois le même jour peut prendre quelque chose avant la seconde ou la troisième célébration, même s'il n'y a pas le délai d'une heure.

§ 3. Les personnes âgées et les malades, ainsi que celles qui s'en occupent, peuvent recevoir la très sainte Eucharistie même si elles ont pris quelque chose moins d'une heure auparavant.


h.      En plus du jeûne qui consiste à se priver de nourriture ou à la modérer, le temps du Carême invite à une réflexion sur d’autres formes de jeûne, face à des dépendances (boissons alcoolisées, cigarettes, télévision, jeux, divertissements..). Chacun peut ici trouver un champ personnel pour reprendre le contrôle de sa vie et faire davantage place à Dieu.


22-      Application spirituelle

a.      Regarder la place de la pénitence dans ma vie personnelle : comment j’observe la loi de l’abstinence et du jeûne, quels sont les renoncements que je fais.

b.      Redécouvrir la valeur de la pénitence en méditant sur la 4e préface du Carême : « Tu veux, par notre jeûne et nos privations, réprimer nos penchants mauvais, élever nos esprits et nous donner la force. »

c.       Méditer la loi de l’Église : « Le quatrième commandement de l’Église (‘aux jours de pénitence fixés par l’Église, les fidèles sont tenus par l’obligation de s’abstenir de viande et d’observer le jeûne’) assure des temps d’ascèse et de pénitence qui nous préparent aux fêtes liturgiques et nous disposent à acquérir la maîtrise sur nos instincts et la liberté du cœur » (Catéchisme de l’Église catholique, n. 2043).

d.      Le respect du dimanche s’exprime en particulier par la participation fidèle à l’Eucharistie. Comment je manifeste mon respect du vendredi, mémorial de la passion et de la mort du Seigneur ? Si je n’observe pas la loi universelle de l’abstinence de viande le vendredi, par quoi je la remplace réellement ?

e.      Choisir pendant ce Carême mes formes personnelles et privées de jeûne : abstention de boissons alcoolisées, de spectacles, limitation des heures d’écoute de la télévision, de divertissements; temps passé en prière ou en œuvres de charité.

f.        Comme parents et éducateur chrétien, comment je forme les jeunes au sens du renoncement.


IV-     La prière


23-      La prière est comme le cœur du Carême : par elle nous prêtons une attention plus grande à Dieu. J’ai déjà traité ce thème dans ma lettre pastorale du carême 2014. J’y invitais à entrer dans la prière de Jésus, celle qu’il fit au temple à 12 ans (n. 2), sa prière du soir et du matin (n. 3 et 4), avant de prendre les grandes décisions (n. 5); maître de prière (n. 6), Jésus enseigne à ses disciples le Notre Père (n.7);  d’autres extraits de sa prière nous sont offerts (n. 8); il intercède pour Pierre (n. 9), pour le monde entier dans la prière sacerdotale (n. 10-12); il prie dans la douleur de l’agonie (n. 14) et même sur la croix (n 15-16).


24-      Nous devons nous laisser interpeller par son exemple. Comme ses disciples, nous devons  prier : il faut en avoir la volonté (n. 17), apprendre (n. 18), y impliquer notre corps (n. 19); le contenu de la prière est varié (adoration, action de grâce, louange, demande, intercession) (n. 20); on peut prier aussi avec d’autres personnes (couples, familles), en Église (n. 21); la messe est la prière par excellence (n. 22); on peut s’unir à la prière officielle de l’Église, la liturgie des heures (n. 23), on reprend les psaumes, livre de prière de la Bible (n. 24); on peut faire l’adoration eucharistique (n. 25); on peut prier oralement et/ou mentalement (n. 26); expérimenter la ‘prière de Jésus’ (n. 27), la lectio divina (28), la méditation (n. 29), le chapelet (n. 30), utiliser les images saintes (n. 31), les lieux sacrés comme l’église (n. 32), le journal (n. 33) et la musique sacrée (n. 34).


25-      Un saint (peut-être sainte Thérèse d’Avila) disait que prier 15 minutes par jour conduisait à la sainteté. Dans son livre « le Château de l’âme », cette grande sainte, docteur de l’Église, rappelait que Dieu vit au fond de nos âmes par le baptême; trop souvent nous ne sommes pas attentifs à cette présence : la prière est précisément la clef qui nous donne accès à la chambre la plus importante, celle où Dieu réside. « Nous viendrons chez lui et nous ferons chez lui notre demeure », disait Jésus (Jn 14, 23).


26-      La prière par excellence demeure la sainte Messe. Chaque dimanche, nous y entendons la Parole de Dieu, nous y recevons le Seigneur dans la sainte communion; nous nous y unissons au sacrifice du Christ qui a donné sa vie par amour pour nous; nous lui offrons notre vie et nous prions pour la gloire de Dieu et le salut du monde.


27-      Dans le cadre notre projet pastoral, j’ai rappelé l’importance primordiale du moment de la communion pendant la messe, en invitant chaque personne, prêtres et fidèles, à vivre un temps d’action de grâces après la communion : lorsqu’il n’y a pas de chant, on peut demeurer quelques minutes en silence d’adoration personnelle, de dialogue intime avec le Christ présent en nous; on peut aussi réciter privément ou communautairement un psaume ou une autre prière de remerciement. Il faut faire de la communion une rencontre réelle et personnelle avec le Seigneur, et non pas un acte superficiel, mécanique et routinier. Certaines personnes demeurent à l’église après la messe, pour prolonger cet instant unique.


28-      Pendant le Carême, plusieurs fidèles participent à la messe chaque jour, pour se laisser imprégner davantage de la Parole de Dieu, se laisser transformer par sa grâce. Les paroisses peuvent aménager l’horaire des célébrations pour faciliter cette participation. Des personnes qui ne peuvent pas participer à la messe, à cause de leur travail ou pour d’autres raisons, lisent privément les lectures qui sont proclamées à la messe : c’est une belle façon de se laisser nourrir par la Parole de Dieu.


29-      L’Église accorde une grande importance à l’adoration eucharistique, que j’ai traitée dans ma lettre pastorale de juin 2014. En plusieurs paroisses, le Saint-Sacrement est exposé le premier vendredi ou le premier jeudi du mois; on reçoit de nombreuses grâces en priant devant Jésus-Hostie. Même si le Saint-Sacrement n’est pas exposé, le Seigneur est toujours présent dans le tabernacle et on peut aller le visiter.


30-      Plusieurs personnes, malades ou âgées, ne peuvent se rendre à l’église et reçoivent la communion chez elles. Pour aider à faire de ce moment une vraie rencontre avec le Seigneur, j’ai offert un livret de prière pour la personne qui attend la communion; pour celle qui la lui porte, j’ai donné quelques instructions pratiques (Communiqué N. 95, 11 février 2017).


31-  L’Église a une prière officielle : la Liturgie des heures. Elle comprend la prière du matin (Laudes), celle du soir (Vêpres), une au milieu du jour, celle avant le repos de la nuit (complies), un office des lectures présente des extraits plus longs de la Parole de Dieu, des réflexions des Pères de l’Église, des saints et des saintes. À leur ordination, les diacres et les prêtres se sont engagés à célébrer cette liturgie chaque jour; les religieux et les religieuses le font aussi, selon les règles de leurs communautés respectives. Un certain nombre de fidèles laïcs prient la Liturgie des heures, d’autres par des extraits présentés dans des livrets comme Magnificat.


32-  Parmi les exercices de piété que l’Église encourage fortement, il faut accorder une grande importance au chemin de la Croix. Pendant le carême, certaines paroisses le vivent chaque vendredi; on peut aussi le faire privément. Il faut expliquer aux enfants le sens et la valeur de ces 14 images qui ornent les murs de l’église et les parcourir avec eux pour se remémorer les souffrances et la passion du Christ.


33-  Pour les catholiques, le chapelet constitue un excellent moyen de prier. En 2017, nous avons célébré le centenaire des apparitions de Fatima et la Sainte Vierge a demandé de réciter le chapelet tous les jours. A l’école de Marie, on apprend à entrer plus profondément dans le mystère de son Fils, comme l’écrivait si bien saint Jean-Paul II dans la Lettre apostolique qu’il a consacrée au chapelet en 2002. Les mystères joyeux sont médités le lundi et le samedi, les mystères douloureux le mardi et le vendredi, les mystères glorieux le mercredi et le dimanche, les mystères lumineux le jeudi. Certaines personnes récitent le chapelet par sections : deux dizaines le matin au lever, une au milieu de la journée, deux le soir.


34-  On peut aussi lire la Parole de Dieu : par exemple, pendant le Carême, lire intégralement l’Évangile de saint Matthieu (28 chapitres), ou celui de saint Marc (16), de saint Luc (24) ou de saint Jean (21).


35-  Dans le cadre de notre projet pastoral, nous offrons à chaque mois des fiches de partage spirituel que l’on peut employer lors de rencontres : un temps de prière, d’écoute de la Parole de Dieu et d’échange fraternel sur les échos qu’elle suscite en nous. Nous pouvons ainsi nous édifier mutuellement, nous soutenir dans notre marche spirituelle.


36-  J’ai confié à chaque prêtre, diacre, personne mandatée en pastorale, de même qu’à chaque paroisse et à chaque école catholique la responsabilité de prier chaque mois pour le diocèse à un jour déterminé. Je suis heureux de voir l’accueil que cette initiative a connu : c’est une façon de nous rappeler la dimension altruiste de la prière et une source de grâces pour la vie du diocèse.


37-  J’ai préparé un livret (ci-joint) qui regroupe les psaumes de la pénitence, que l’Église a privilégiés au cours des siècles et dont les saints se sont souvent inspirés. Ils sont au nombre de 7; on peut en réciter un par jour, ou encore les réciter tous ensemble le vendredi. Ils nous permettent de faire grandir en nous l’esprit de pénitence, la volonté de conversion, le désir de devenir plus conformes au Christ, de vivre notre foi de manière plus cohérente.


38-  Application spirituelle 

a.      Quelle est la place de la prière dans ma vie ? Quel temps je lui réserve chaque jour ?

b.      Quelles formes me rejoignent davantage ?

c.       Quel pas je peux faire pendant le Carême pour avoir une vie de prière plus parfaite ?

d.      Comment je vis le moment de la communion à la messe ?


V-      L’aumône : le partage


39-  La troisième œuvre du Carême est l’aumône, le partage avec les démunis. Nous savons qu’autour de nous des gens vivent des situations de misère : privation de nourriture, de vêtement, de logement; d’autres sont aux prises avec la maladie, la prison, les injustices, les persécutions.


40-  Déjà dans l’ancien Testament, le Seigneur rappelait le caractère fondamental de l’aide aux pauvres. Le prophète Isaïe le souligne dans un texte proclamé le vendredi après les cendres : le jeûne qui plaît à Dieu (Is 58, 3-12).  

Le jour où vous jeûnez, vous savez bien faire vos affaires, et vous traitez durement ceux qui peinent pour vous. Votre jeûne se passe en disputes et querelles, en coups de poing sauvages. Ce n’est pas en jeûnant comme vous le faites aujourd’hui que vous ferez entendre là-haut votre voix.

 Est-ce là le jeûne qui me plaît, un jour où l’homme se rabaisse ? S’agit-il de courber la tête comme un roseau, de coucher sur le sac et la cendre ? Appelles-tu cela un jeûne, un jour agréable au Seigneur ?

 Le jeûne qui me plaît, n’est-ce pas ceci : faire tomber les chaînes injustes, délier les attaches du joug, rendre la liberté aux opprimés, briser tous les jougs ? N’est-ce pas partager ton pain avec celui qui a faim, accueillir chez toi les pauvres sans abri, couvrir celui que tu verras sans vêtement, ne pas te dérober à ton semblable?

Alors ta lumière jaillira comme l’aurore, et tes forces reviendront vite. Devant toi marchera ta justice, et la gloire du Seigneur fermera la marche.

Alors, si tu appelles, le Seigneur répondra ; si tu cries, il dira : « Me voici. » Si tu fais  disparaître de chez toi le joug, le geste accusateur, la parole malfaisante, si tu donnes à celui qui a faim ce que toi, tu désires, et si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera lumière de midi.

 Le Seigneur sera toujours ton guide. En plein désert, il comblera tes désirs et te rendra vigueur. Tu seras comme un jardin bien irrigué, comme une source où les eaux ne manquent jamais.

Tu rebâtiras les ruines anciennes, tu restaureras les fondations séculaires. On t’appellera : « Celui qui répare les brèches », « Celui qui remet en service les chemins ».


41-  L’Évangile du jugement dernier (Mt 25, 31-46) nous rappelle la nécessité de venir en aide aux autres dans leur misère. En ce sens, le Pape François a promulgué l’Année sainte de la miséricorde (2015-2016) que nous avons célébrée ici également, pour que notre Église diocésaine soit visible et dynamique, lieu de miséricorde. Le Pape a voulu que cet élan de miséricorde se maintienne dans le cœur des fidèles et inspire leurs activités; à cet effet, il écrit la Lettre apostolique Misericordia et misera  (20 novembre 2016). Il a même institué une journée mondiale des pauvres qui doit être célébrée l’avant-dernier dimanche de l’année liturgique.


42-  Dans ma lettre pastorale de l’automne 2015, j’ai traité les œuvres de miséricorde corporelle (n. 23) et spirituelle (n. 24) qui gardent toute leur actualité. Je sais que partout dans le diocèse, de nombreux fidèles sont engagés dans différents organismes qui viennent en aide aux démunis : levées de fonds, cueillette et dons de vêtements, de nourriture, aide au logement; heures de bénévolat; visite des malades, des personnes seules ou âgées… On participe aux campagnes de Développement et Paix, aux secours urgents lors des cataclysmes mondiaux signalés par la Conférence des évêques; on œuvre pour le respect de la vie, depuis sa conception jusqu’à sa fin naturelle. C’est impressionnant et magnifique de voir tous ces gens engagés dans le ministère de la vraie charité.


43-  Pendant les deux dernières années, au cours de notre fête mariale diocésaine du 8 septembre, en la Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie, nous avons voulu honorer les personnes impliquées dans le service des malades : le personnel des hôpitaux, les bénévoles des paroisses qui visitent les malades, les aident dans leurs nécessités, leurs déplacements; les prêtres, les diacres, les agents et agentes de pastorale et les autres personnes qui leur apportent également la sainte communion... Il y a là un ministère absolument indispensable.


44-  Au cours des deux prochaines années, nous voulons mettre en évidence les jeunes de nos écoles catholiques qui sont engagés dans des services humanitaires, qui cherchent à soulager différentes situations de misère qu’ils découvrent; leurs éducateurs et éducatrices les aident à s’inspirer de l’exemple du Christ en se plaçant gratuitement au service des autres. 

    Projet Jamaïque sous la supervision                                         Groupe Jamaïque École Secondaire     

      de Sœur Margot Génier, s.a.s.v.                                                 catholique Thériault, Timmins


45-  Application spirituelle 

a.      Quelle est la place de l’aumône, du partage dans ma vie personnelle ?

b.      Quels sont les lieux où je m’engage ?

c.       Quels organismes je soutiens ?

d.      Quel effort supplémentaire je peux faire dans le domaine de la charité, de l’aumône pendant ce Carême ?

e.      Comment j’encourage les jeunes à donner d’eux-mêmes à la suite du Christ ?

***

Ainsi nous sommes invités à profiter de ce Carême pour intensifier notre vie de disciples du Christ.

Nous ne pouvons pas nous contenter d’être médiocres et tièdes, ou de simples consommateurs sur le plan spirituel.

Nous pouvons progresser en nous impliquant, chacun (e) personnellement, à utiliser les trois moyens, inséparables l’un de l’autre, que l’Église nous propose pour ce temps de grâce :

     Jeûne : travail sur nous-mêmes et contrôle de nos choix.

     Prière : travail sur notre relation à Dieu.

     Aumône : travail sur notre engagement face aux misères.


Puisse le Carême 2018 être une occasion de croissance spirituelle !


Serge Poitras

Évêque de Timmins

2 février 2018, fête de la Présentation du Seigneur au Temple