Lettre pastorale

 « Fidèles à  l’enseignement des apôtres  »

(Actes 2, 42)


Réflexions sur la priorité pastorale 2017-2018 : enseignement de la foi

Automne 2017



Cosimo Rosselli (1439-1507), Le Sermon sur la Montagne

(Chapelle Sixtine, Vatican)


Monseigneur Serge Poitras

Évêque de Timmins




Lettre pastorale

Automne 2017

 « Fidèles à l’enseignement des apôtres  »

(Actes 2, 42)


À l’automne 2016, j’ai publié ma lettre pastorale ‘Visite pastorale : réflexions sur l’avenir’, dans laquelle j’invitais à une réflexion sur le futur de notre Église diocésaine : quel visage aura-t-elle dans les prochaines années ? Comment va-t-elle remplir sa mission dans un contexte différent : diminution du nombre de prêtres, de religieux, de fidèles, faible relève ?


La condition fondamentale pour assurer l’avenir de notre Église est que chaque fidèle vive plus intensément sa foi. Pour nous convaincre davantage de cette nécessité, il suffit de regarder Jésus : il a débuté la prédication de l’Évangile avec le groupe des 12 apôtres ; progressivement ce cercle initial s’est étendu, d’abord aux 70 disciples, puis à d’autres personnes (120 lors de la Pentecôte : Act 1, 15). C’est parce qu’ils étaient persuadés de l’importance de Jésus et de son message que ses disciples ont sillonné les routes de l’Empire Romain et y ont diffusé l’Évangile; c’est par des fidèles convaincus que le message de Jésus est parvenu jusqu’à nous sans interruption depuis 2000 ans. Je suis certain que si chaque fidèle vit davantage sa foi là où il se trouve, la bonne nouvelle de Jésus portera du fruit (Jn 15, 5) et notre Église fleurira.


À cet effet, nous pouvons nous demander dans quelle mesure nous sommes de vrais disciples de Jésus, des gens qui ont établi une profonde relation avec lui et se laissent transformer par lui. Nous connaissons évidemment l’Évangile; nous conservons des éléments de l’éducation religieuse que nous avons reçue pendant l’enfance, nous avons des souvenirs plus ou moins vagues des homélies que nous avons entendues, les médias nous relaient quelques informations à caractère religieux. Certains d’entre nous lisent chaque jour la Parole de Dieu; d’autres étudient l’enseignement du Pape et des évêques sur tel ou tel point de la foi catholique, ou regardent des émissions religieuses pour approfondir leurs connaissances et leurs convictions.


Il semble cependant que les disciples du Seigneur ont besoin d’être stimulés dans la connaissance de leur foi. C’est cette conviction qui a conduit le Conseil diocésain de pastorale à retenir comme priorité pour cette année : « l’enseignement de la foi qui mène à une relation personnelle avec le Christ ». Cette option s’enracine en fait dans les paroles même du Seigneur : en effet, au moment de quitter cette terre, il a prononcé des paroles de feu qui doivent toujours nous inspirer.



« Allez ! De toutes les nations, faites des disciples;

baptisez-les au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit,

apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé.

Et moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde »

(Mt 28, 19-20).


I - Disciples du Christ

1 - Jésus demande de ‘faire des disciples’. Je m’arrête d’abord sur ce mot qui vient du latin ‘discere’ : apprendre. Le ou la disciple est la personne qui    apprend. Cela fait partie de la nature humaine, car l’être humain ne vient pas au monde tout fait; c’est un être en croissance, inachevé. Il a des capacités internes et il a besoin de ressources externes pour les faire parvenir à maturité; il doit se développer sur les plans physique, affectif, intellectuel, spirituel. C’est ainsi que le jeune enfant va progressivement apprendre à se tenir debout, puis à faire des pas, à marcher, à courir, à danser, à aller à bicyclette... Il va apprendre aussi à parler, en reproduisant les sons que ses parents émettent : il parlera français ou anglais ou chinois, répétant d’abord ce qu’il entend. Il va apprendre également à entrer en relation avec les autres, dans la famille d’abord, puis à la garderie, avec les voisins, à l’école… Il va apprendre à développer son intelligence, acquérant de nouvelles connaissances en différents domaines. Il va aussi chercher à comprendre le sens de la vie humaine, développant une sagesse, une compréhension de l’existence. On peut ainsi dire que l’être humain est toujours en apprentissage, sur un plan ou sur un autre; ne pouvant parvenir seul à la maturité, il a besoin de ressources extérieures (parents, amis, éducateurs, sages, pasteurs…) qui le stimulent.


2 - Jésus nous invite à devenir ses disciples, à nous placer à son école. Il le dit directement : « Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur » (Mt 11, 29). Il reprend en fait l’invitation que Dieu faisait dans l’Ancien Testament en proposant l’acquisition de la Sagesse : « Veux-tu connaître la sagesse et l’instruction, avoir l’intelligence des propos intelligents, veux-tu acquérir une instruction éclairée ? … Que le sage écoute, il progressera encore … Le savoir commence avec la crainte du Seigneur » (Pr 1, 3-6). « Mon fils, accueille mes paroles, conserve précieusement mes préceptes » (Pr 2, 1). « N’est-ce pas la Sagesse qui appelle, la raison qui élève sa voix ? En haut de la montée, sur la route, postée à la jonction des chemins, près des portes, aux abords de la cité, à l’entrée des passages, elle clame : ‘C’est vous, les humains, que j’appelle, ma voix s’adresse aux fils d’Adam : vous, les naïfs, devenez habiles, vous, les insensés, devenez raisonnables. Écoutez-bien, mon discours est capital, j’ouvre mes lèvres pour dire la droiture. Oui, c’est la vérité que je ne cesse d’annoncer, mes lèvres ont la malice en horreur. Les paroles de ma bouche ne sont que justice ; en elles, rien d’oblique ni de retors : toutes sont claires pour qui a l’intelligence, et droites pour qui a trouvé la connaissance. Choisissez mes leçons et non pas l’argent, la connaissance plutôt que l’or fin. La sagesse vaut mieux que les perles ; rien ne l’égale » (Pr 8, 1-11 ; cf. Si 51, 23-29). 


3 - Le disciple est ainsi invité à ouvrir ses oreilles, à écouter, à se laisser instruire, auprès d’un maître fiable et expérimenté. Comme Marie dans l’Évangile (Lc 10, 39), nous sommes invités à nous asseoir aux pieds de Jésus,  à écouter le Verbe de Vie.


4 - Application spirituelle :

a. Regarder l’image de la page couverture : le Sermon sur la montagne. Me situer parmi les disciples qui écoutent Jésus.

b. Comment je me laisse instruire par Jésus ? Prière ? fréquentation de la Parole? Lectures ? Sites internet ?

c. Quelle sorte de disciple de Jésus suis-je ? Convaincu ? occasionnel ? tiède ?

d. Comment je mets mes pas dans ses pas ? Comment je témoigne de l’Évangile, de ma foi, dans ma vie quotidienne ? Si les gens sont capables de reconnaître un fan de hockey ou un adepte d’un parti politique, peut-on reconnaître en moi un ‘fan’, un disciple de Jésus ?

e. Méditer : c’est seulement si nous sommes d’abord des disciples, des gens qui se laissent former par le Maître, que nous pourrons devenir missionnaires.


II -L’être humain cherche une sagesse pour sa vie.

Dans le texte de Mt 28, 19-20 que j’ai cité plus haut, Jésus demande d’apprendre à observer, à mettre en pratique l’enseignement qu’il a offert à l’humanité. Il se réfère par là à une expérience universelle. En effet l’humanité s’est donné différents codes pour gérer la vie quotidienne : comment se comporter avec nos semblables, comment éviter les conflits, comment réagir avec les malades…. Plus globalement, divers systèmes de pensée ont permis de comprendre la nature humaine dont les besoins fondamentaux dépassent le manger et le boire, dormir, se reproduire; ils présentent des valeurs qui inspirent.


5 - Dans nos vies quotidiennes, nous sommes bombardés par différents types de messages qui conditionnent nos comportements. Par exemple, les sondages indiquent que telle ou telle valeur est bien répandue;  on nous invite à l’adopter, pour suivre le courant.  De façon plus banale, on nous vante différents produits qui nous procureront le bonheur : (visages souriants, images avant et après). Qu’en est-il en réalité ? Derrière la façade ?

        

6 - Les partis politiques présentent des programmes, des objectifs, des valeurs, des moyens qui offrent un modèle, un projet de société. Certains systèmes ont cependant marqué tragiquement l’humanité : je pense ici au parti Nazi promu par Hitler, aux régimes communistes imposés par Lénine et Staline: leurs visions ont été enseignées dans les écoles; on les a rendues obligatoires dans la société, les dissidents ont été exterminés; elles ont suscité la plus grande hécatombe qu’a connue l’humanité.


7 - Des philosophies influencent grandement l’humanité. Pour certains, dotés de  lunettes ‘matérialistes’, l’être humain n’est qu’un amas de cellules, qui n’ont pas plus de valeur que celles des animaux. D’autres sont ‘capitalistes’ : l’argent, la possession sont au centre de leur vision; d’autres sont ‘sentimentalistes’ : ce qui compte, ce sont les émotions, les ‘feelings’; d’autres prônent la liberté absolue.


8 - Pour leur part, les religions offrent une vision globale du monde et inspirent des millions de personnes. Elles sont très diversifiées entre elles : l’hindouisme n’est pas l’islam ni le christianisme. Chacune a sa conception de l’être humain : place du corps et de l’âme, de l’individu et de la communauté; aspiration au bonheur et expérience du mal et de la souffrance; interrogations sur la mort et l’éternité.


9 - Parmi ces messages, il y a celui du Christ. Nous devons nous demander pourquoi nous adhérons à son message et non pas à celui de Mahomet ou de Bouddha, d’Hitler ou de Staline.


10 - Application spirituelle

a. Identifier les messages qui influencent ma vie quotidienne : sondages d’opinion, matérialisme, consumérisme, argent, politique, religion.

b . Quelles sont mes connaissances sur les autres religions ?

c. Quelles influences les religions ont-elles sur la vie des gens ?

d. Pourquoi je choisis le Christ ?


III - Choisir d’être disciples du Christ et de sa sagesse

11 - Je viens de poser une question importante : Pourquoi je choisis le Christ dans ma vie ? Pourquoi suis-je son disciple ? par habitude ? par solidarité familiale ? par conviction et choix personnel ? Saint Pierre nous demande d’être « prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous; mais faites-le avec douceur et respect » (I Pi 3, 15-16). Nous devrions en fait être capables de dire pourquoi nous acceptons le message évangélique. La raison fondamentale est certainement parce que nous reconnaissons au Christ une qualité exceptionnelle, une autorité divine : il est le Fils de Dieu incarné, mort et ressuscité pour nous donner accès à la vie éternelle.

Prenons le temps de comprendre comment nous parvenons à cette conviction. Laissons-nous inspirer par une simple expérience.

a. Quand je suis malade : qui est-ce que je consulte ?

Un passant dans la rue ?

Quelqu’un qui a lu un article médical sur internet ?

Un étudiant en première année de médecine ?

Un médecin qui a eu 60 % lors de ses examens ?

Un médecin qui a eu 90 % ?

Quand on est malade, on ne veut pas un charlatan. Au contraire, on cherche le médecin qui a une bonne formation, attestée d’ailleurs par le diplôme sur les murs de son bureau; on cherche celui qui a la plus grande expérience.


b. Un deuxième aspect : quand on va voir le médecin, on a un objectif : recouvrer la santé. Parce qu’on lui fait confiance et qu’on veut vivre, on va accepter son conseil : « Si tu veux vivre, tu dois changer de vie, suivre un régime alimentaire, faire tel exercice physique, prendre tel médicament, passer par telle chirurgie ».


c. Face à ses demandes, il est possible de connaître des résistances personnelles : c’est difficile de suivre un régime, de faire des exercices. On peut aussi préférer suivre les avis de nos amis: « Ce n’est pas nécessaire de faire cela; ton médecin exagère »…


12 - Ce rappel rapide d’une expérience fréquente peut éclairer notre relation au Christ. Nous le choisissons comme guide de nos vies parce que parmi les divers fondateurs de religion, il apparaît comme le plus fiable, celui qui a le meilleur diplôme, la meilleure formation : en effet, son message est d’une grande profondeur humaine et spirituelle; par ses miracles, il a démontré qu’on pouvait se fier à lui; par sa mort sur la croix, il a illustré la profondeur de son amour pour nous; par sa résurrection, il a montré que la vie éternelle existe et qu’on peut y parvenir grâce à lui. On peut donc reconnaître, avec l’Évangéliste saint Jean, qu’il est le chemin, la vérité, la vie (Jn 14, 6). Il est la vie, parce qu’il est Dieu; il est la vérité, parce qu’il nous montre qui est vraiment Dieu et qui nous sommes pour lui; il est le chemin, parce que par son humanité nous avons accès à Dieu. On peut dès lors affirmer qu’il est le médecin par excellence, celui qui est venu arracher l’humanité à son mal le plus profond, le péché et la mort; il est le bon samaritain qui veut notre guérison véritable, et paie de lui-même pour nous la garantir. Il est celui qui enseigne comment conserver ou retrouver la vraie santé spirituelle.


13 - Nous choisissons Jésus parce qu’il apporte au monde la lumière véritable. Dans l’épisode de la Transfiguration, on le voit en effet rayonnant de lumière (Mt 17, 1-9). Il peut dire avec justesse : « Je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres; il aura la lumière de la vie » (Jn 8, 12). Il nous enseigne la voie de Dieu, le grand commandement de l’amour de Dieu et du prochain (Lc 10, 25-28) qui résume les dix commandements donnés à Moïse (Ex 20, 1-17).


14 - Application spirituelle :

a. Affirmer à Jésus ma foi en lui : il est le chemin, la vérité, la vie, parce qu’il est le Fils de Dieu, fait homme pour notre salut, mort et ressuscité. Redire le ‘Je crois en Dieu’ de Nicée-Constantinople.

b. Méditer sur la parole de Jésus : « Entrez par la porte étroite. Elle est grande la porte, il est large le chemin qui conduit à la perdition; et ils sont nombreux ceux qui s’y engagent. Mais elle est étroite, la porte, il est resserré le chemin qui conduit à la vie; et ils sont peu nombreux ceux qui le trouvent » (Mt 7, 13-14).

c. Prier le psaume I : « Heureux est l'homme qui … se plaît dans la loi du Seigneur et murmure sa loi jour et nuit ! Il est comme un arbre planté près d'un ruisseau, qui donne du fruit en son temps, et jamais son feuillage ne meurt ; tout ce qu'il entreprend réussira ».

d. Relire la méditation du Pape Benoît XVI : « La relation fondamentale est la relation avec le Créateur, sinon les autres sont fragiles. Choisir Dieu donc, tel est l’essentiel. Un monde vide de Dieu, un monde qui a oublié Dieu, perd la vie et tombe dans une culture de la mort… Une société qui oublie Dieu, qui exclut Dieu précisément pour avoir la vie, tombe dans une culture de la mort. C’est précisément en voulant la vie que l’on dit ‘non’ à l’enfant, car il ôte quelque chose de ma vie; on dit ‘non’ à l’avenir, pour avoir tout le présent; on dit ‘non’ tant à la vie qui naît qu’à la vie qui souffre, qui va vers la mort... Tout est lié : l’option la plus profonde pour le Christ crucifié, avec l’option la plus totale pour la vie, du premier au dernier moment » (2 mars 2006).


15 - Parce que nous reconnaissons en Jésus le propre Fils de Dieu, nous acceptons son enseignement qui bénéficie d’une autorité unique. Saint Paul le rappelle :

a - « Nous ne cessons de rendre grâce à Dieu, de ce que, une fois reçue la Parole de Dieu que nous vous faisions entendre, vous l’avez accueillie, non comme une parole d’hommes, mais comme ce qu’elle est réellement, la parole de Dieu » (I Th 2, 13).

b - « Le Christ, tel que vous l’avez reçu, Jésus le Seigneur, c’est en lui qu’il vous faut marcher, enracinés en lui, édifiés en lui, appuyés sur la foi, telle qu’on vous l’a enseignée  et débordant d’actions de grâces » (Col 2, 6-7).


16 -L’enseignement du Christ nous est transmis par l’Église. C’est en effet Jésus lui-même qui a déclaré : « Celui qui vous écoute m’écoute; celui qui vous rejette me rejette; et celui qui me rejette rejette celui qui m’a envoyé » (Lc 10, 16). «Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église» (Mt 16, 18).

a. Le Christ a confié au Magistère de l’Église (le Pape et les Évêques en union avec lui) la responsabilité de transmettre son enseignement de façon autorisée. La révélation est terminée avec la mort du dernier apôtre; cependant la compréhension du message évangélique est toujours en cours. « Le Saint-Esprit vous conduira vers la vérité tout entière » (Jn 16, 13). « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (Mt 28, 20).

b . Le Catéchisme de l’Église catholique décrit cette responsabilité du Pape et des Évêques

889 Pour maintenir l’Église dans la pureté de la foi transmise par les apôtres, le Christ a voulu conférer à son Église une participation à sa propre infaillibilité, Lui qui est la Vérité. Par le " sens surnaturel de la foi ", le Peuple de Dieu" s’attache indéfectiblement à la foi ", sous la conduite du Magistère vivant de l’Église (cf. LG 12 ; DV 10).

 890 La mission du Magistère est liée au caractère définitif de l’alliance instaurée par Dieu dans le Christ avec son Peuple ; il doit le protéger des déviations et des  défaillances, et lui garantir la possibilité objective de professer sans erreur la foi authentique. La charge pastorale du Magistère est ainsi ordonnée à veiller à ce que le Peuple de Dieu demeure dans la vérité qui libère. Pour accomplir ce service, le Christ a doté les pasteurs du charisme d’infaillibilité en matière de foi et de mœurs.


17 - Si les disciples de Jésus veulent « une prédication et un enseignement conformes à la vérité qui est en Jésus » (Eph 4, 20-21), ils doivent demeurer unis au Magistère de l’Église qui présente le contenu de la foi. Dans cette ligne, suite au Concile Vatican II qui a eu lieu de 1962 à 1965, le Pape et les Évêques ont proposé l’essentiel de la foi dans un volume, le Catéchisme de l’Église catholique, que saint Jean-Paul II a promulgué en 1992; nous en célébrons donc le 25e anniversaire en 2017. Alors que nous désirons cette année intensifier notre vie de disciples du Christ par un approfondissement de nos connaissances de foi, nous pouvons redécouvrir ce texte majeur qui comprend quatre parties :

i. la profession de foi, le Je crois en Dieu. Dieu s’adresse à l’humanité et se donne à elle; la foi, c’est l’accueil de ce mystère. « La foi est la réponse de l’homme à Dieu qui se révèle et se donne à lui, en apportant en même temps une lumière surabondante à l’homme en quête du sens de sa vie » (n. 26).

ii. les sacrements : le salut rendu réalisé par le Christ nous est communiqué.

iii. la vie de foi : l’homme est créé pour la béatitude. Les chemins pour y parvenir sont les commandements de Dieu et la grâce.

iv. la prière. C’est la relation personnelle avec Dieu, le dialogue avec lui; le Notre Père est le modèle parfait.


18 - Application spirituelle :

a. Redécouvrir la valeur du message chrétien : il apporte la lumière sur l’origine et la fin de l’univers; il éclaire la nature de l’homme et de la femme, leurs composantes (âme et corps), le lien personne-communauté, les relations interpersonnelles (dignité de chacun, respect), la présence du mal et du péché, la relation au travail, à la création, l’argent.

b. Se procurer un Catéchisme de l’Église catholique, en lire des articles, pour approfondir nos connaissances du message chrétien. 

c. Utiliser le ‘Compendium du Catéchisme de l’Église catholique’ : c’est une sorte de synthèse du Catéchisme, présentée en 598 questions et réponses.

d. Vivre en enfants de lumière : Jésus demande de ne pas laisser s’obscurcir la lumière qui est à l’intérieur de nous (Mt 6, 22 s) mais plutôt de rayonner la lumière divine, dont le fruit principal est l’amour fraternel (I Jn 2, 8-11).


e. Devenir des gens qui annoncent la joie de l’Évangile et montrent la transformation de la vie apportée par Jésus. Reprendre la lettre pastorale du carême 2017 qui traitait de la sainteté : le projet de Dieu sur nous, vivre de sa vie, à la manière du Christ; le péché est la résistance à ce projet.


IV - Le message du Christ et ses défis

19 - Dans le message que Jésus offre au monde, certaines pages passent bien : le berger qui se lance à la recherche des brebis perdues, le bon samaritain qui secourt la personne blessée; « aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés » (Jn 13, 34); « ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui croient en moi, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40)…

a- Dans l’histoire de l’Église, ce message a suscité l’engagement des chrétiens qui ont su inventer d’innombrables œuvres : écoles, dispensaires, hôpitaux, droits des personnes...

b - Ce message a eu un grand impact sur la vie quotidienne, par exemple dans le respect de la vie humaine, du mariage, de la famille. ‘Maris, aimez votre femme comme le Christ a aimé l’Église’ (Ep 5, 25) : ce texte de saint Paul est quelque chose de radicalement nouveau, reconnaissant l’égale dignité de la femme qui n’est pas la propriété de l’homme, mais avec laquelle un juste rapport doit être établi, fondé sur l’amour du Christ. Les chrétiens ont mis fin à l’infanticide, répandu dans l’Empire Romain; ils ont rejeté l’avortement; ils ont accompagné les malades et les mourants; sous l’influence de l’Évangile, on a progressivement aboli l’esclavage, indigne d’une personne créée à l’image et à la ressemblance de Dieu; Dieu invite en fait les êtres humains à se considérer comme des frères et de sœurs.

c - Tout au cours de l’histoire, plusieurs chrétiens ont vécu l’amour évangélique avec héroïsme. Au XIIe siècle, les religieux Trinitaires et Mercédaires se sont engagés à racheter les chrétiens réduits à l’esclavage dans les pays islamiques. Saint Damien de Veuster (1840-1849) est aussi un grand témoin de l’héroïsme de la charité chrétienne; il est allé vivre sur l’île de Molokai, où les personnes atteintes de la lèpre étaient isolées et laissées à elles-mêmes; sa présence leur a rendu leur dignité; il a donné sa vie pour elles, étant lui-même atteint lui-même par leur terrible maladie. Plus près de nous, sainte Theresa de Calcutta (1910-1997) s’est occupée des plus pauvres parmi les pauvres, de ceux dont personne ne voulait; elle a déclenché un grand mouvement de charité, de service aux plus misérables.

d - Cet héroïsme de la charité, le Pape François lui a récemment reconnu une importance nouvelle dans le processus de reconnaissance des saints et des saintes. Dans son Motu Proprio Maiorem hac dilectionem, du 11 juillet 2017, il a ainsi affirmé : «Nul n’a plus grand amour que celui-ci: donner sa vie pour ses amis» (Jn 15, 13). Les chrétiens qui, suivant de plus près les pas et les enseignements du Seigneur Jésus, ont offert volontairement et librement leur vie pour les autres et ont persévéré jusqu’à la mort dans cette intention, sont dignes d’une considération et d’un honneur particuliers. Il est certain que l’offrande héroïque de la vie, suggérée et soutenue par la charité, exprime une imitation véritable, pleine et exemplaire du Christ, et mérite donc une admiration que la communauté des fidèles réserve d’ordinaire à ceux qui ont accepté volontairement le martyre du sang ou ont exercé de façon héroïque les vertus chrétiennes».


20 - Cependant d’autres pages de l’Évangile et du message chrétien connaissent de la résistance. On le voit dans l’évangile déjà : lorsque Jésus rejette le divorce, certains disent « qu’il vaut mieux ne pas se marier » (Mt 19, 10); quand il invite le jeune homme riche à laisser ses biens pour le suivre, celui-ci «part tout triste » (Mc 10, 17-22); lorsqu’il présente l’Eucharistie comme son Corps et son Sang à consommer, plusieurs partent : « À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner » (Jn 6, 66). Le rejet de plusieurs aspects du message de Jésus en amènera certains à le condamner à mort et à le faire mourir sur la croix.

a. Jésus nous avertit que vivre l’Évangile ne sera pas facile. « Je vous envoie  comme des brebis au milieu des loups » (Mt 10, 16). « Méfiez-vous des hommes. Ils vous livreront aux tribunaux… Vous serez détestés de tous à cause de mon nom » (Mt 10, 17. 22). « Rappelez-vous la parole que je vous ai dite : un serviteur n’est pas plus grand que sont maître. S’ils m’ont persécuté,  ils vous persécuteront aussi » (Jn 15, 20).

b.  Saint Paul reprend cet enseignement : « L’homme, par ses seules capacités, n’accueille pas ce qui vient de l’Esprit de Dieu; pour lui, cela n’est que folie » (I Co 2,14). « Un temps viendra où les gens ne supporteront plus l’enseignement de la saine doctrine, mais au gré de leurs caprices, ils iront se chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d’entendre du nouveau. Ils refuseront d’entendre la vérité pour se tourner vers des fables mythologiques » (2 Tm 4, 3-4).

 c. L’Évangile connaît des résistances, qui conduisent jusqu’au martyre : dans son encyclique Veritatis Splendor (6 août 1993), saint Jean-Paul II rappelle que le martyre montre la sainteté inviolable de la loi de Dieu (n. 90-94). « L’Église propose l’exemple de nombreux saints et saintes qui ont rendu témoignage à la vérité morale et l’ont défendue jusqu’au martyre, préférant la mort à un seul péché mortel. En les élevant aux honneurs des autels, l’Église a canonisé leur témoignage et déclaré vrai leur jugement, selon lequel l’amour de Dieu implique obligatoirement le respect de ses commandements, même dans les circonstances les plus graves, et le refus de les transgresser, même dans l’intention de sauver sa propre vie » (n. 91).

d. Le Pape François également déclare que les chrétiens sont des hommes et des femmes à contre-courant (28 juin 2017).

« Dans l’Évangile, quand Jésus envoie ses disciples en mission, il ne les trompe pas par des illusions de succès facile; au contraire, il les avertit clairement que l’annonce du Royaume de Dieu comporte toujours une opposition. Et il utilise également une expression extrême: «Et vous serez haïs de tous — haïs! — à cause de mon nom» (Mt 10, 22). Les chrétiens aiment, mais ils ne sont pas toujours aimés. Dès le début, Jésus nous met face à cette réalité: dans une mesure plus ou moins forte, la confession de la foi a lieu dans un climat d’hostilité.

Les chrétiens sont donc des hommes et des femmes «à contre courant». C’est normal: étant donné que le monde est marqué par le péché, qui se manifeste sous diverses formes d’égoïsme et d’injustice, celui qui suit le Christ marche en direction opposée.

L’unique force du chrétien est l’Évangile. Dans les temps de difficultés, il faut croire que Jésus se trouve devant nous, et ne cesse d’accompagner ses disciples. La persécution n’est pas une contradiction avec l’Évangile, mais elle en fait partie: si on a persécuté notre Maître, comment pouvons-nous espérer que la lutte nous soit épargnée? Mais, au beau milieu du tourbillon, le chrétien ne doit pas perdre l’espérance en pensant avoir été abandonné. Jésus rassure les siens en disant: «Vos cheveux mêmes sont tous comptés!» (Mt 10, 30).

Les chrétiens doivent donc toujours se trouver de «l’autre côté» du monde, celui choisi par Dieu: pas des persécuteurs, mais des persécutés; pas des arrogants, mais des doux; pas des vendeurs d’illusions, mais soumis à la vérité; pas des imposteurs, mais des personnes honnêtes.

Cette fidélité au style de Jésus — qui est un style d’espérance — jusqu’à la mort, sera appelée par les chrétiens d’un très beau nom: «», qui signifie «. Il y avait tant d’autres possibilités, offertes par le dictionnaire: on pouvait l’appeler héroïsme, abnégation, sacrifice de soi. En revanche, les chrétiens de la première heure l’ont appelé par un nom qui a le parfum de l’état de disciple. Les martyrs ne vivent pas pour eux, ils ne combattent pas pour affirmer leurs propres idées, et ils acceptent de devoir mourir uniquement par fidélité à l’Évangile ».


21 - Application spirituelle

a - Quels sont les passages de l’Évangile qui m’attirent le plus spontanément?

b - Quels sont les saints ou les saintes qui m’inspirent, qui constituent pour moi des modèles attirants ?

c - Quels sont les passages de l’Évangile que je trouve difficiles à accepter, à vivre ?

d - Dans les débats actuels de la société, quelle place j’accorde à la lumière de l’Évangile ?

e - Est-ce que j’accepte de ne pas suivre le courant, de ne pas être à la mode ?

f - Quelle est ma position sur l’avortement, le mariage, l’aide médicale à mourir?


22 - Ainsi nous devons être conscients que vivre en disciples du Christ est une lutte, à l’intérieur comme à l’extérieur :

i. Nous pouvons affronter la persécution extérieure : depuis ses origines, comme le Christ lui-même, l’Église est persécutée. On connaît en effet d’innombrables martyrs de tous les âges, de toute condition sociale, à toutes les époques. Au siècle dernier, de nombreuses personnes ont été tuées à cause de leur foi au Christ, par les régimes communistes par exemple. De nos jours encore, en plusieurs pays, nos frères et sœurs chrétiens sont marginalisés, discriminés, blessés ou tués; ils préfèrent mourir que de trahir le Christ et son message.

Dans nos pays, il n’y a évidemment pas de persécution ouverte; mais plusieurs voudraient reléguer la foi à l’église ou à la maison, interdire toute manifestation ou influence dans les débats publics; certains par exemple trouvent ‘intolérant’ le message chrétien, en particulier lorsqu’il promeut le respect de la vie depuis sa conception jusqu’à sa fin naturelle, ou encore lorsqu’il propose la sainteté de l’union conjugale de l’homme et de la femme. La doctrine sociale de l’Église en dérange plusieurs, surtout lorsqu’elle rappelle la dignité des travailleurs, le danger du consumérisme effréné, la responsabilité écologique, la course aux armements, la violence internationale…

ii. Un danger plus sournois encore que la persécution guette les disciples du Christ : la séduction. Alors que la persécution agit à l’extérieur de l’Église et est facilement identifiable par le bruit qu’elle fait, la séduction est plus insidieuse; elle s’infiltre dans l’esprit des fidèles : en y trouvant des connivences, elle amène des glissements progressifs, un peu comme la grenouille dans l’eau chaude : si on la plonge tout d’un coup dans l’eau bouillante, elle meurt immédiatement (persécution); si on la plonge dans l’eau tiède et qu’on réchauffe celle-ci progressivement, la grenouille s’habitue : elle meurt plus lentement (séduction).

Nous connaissons bien les mécanismes de la séduction, comme le rapporte l’expérience d’Ève, séduite par le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal : « La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable » (Gn 3, 6); elle voit quelque chose qui lui apparaît bien et elle se laisse entraîner petit à petit pour finalement en manger. Plusieurs textes de l’Ancien Testament invitent à la vigilance: « Gardez-vous de laisser séduire votre cœur » (Dt 11, 16); « prends garde d’être séduit par l’abondance » (Job 36, 18). Jésus dénonce lui aussi les séductions de la richesse, qui étouffent le bon grain (Mt 13, 22). Car existe un grand Séducteur, qui conduit à lui-même au lieu de Dieu (séduire signifie en fait ‘conduire à soi’); il trompe les fidèles et est même décrit comme le ‘séducteur du monde entier’ (Apo 12, 9).

iii - De nos jours, il faut être particulièrement vigilant pour ne pas se laisser séduire. Bien des valeurs proposées sont réelles et méritent considération; cependant lorsqu’elles deviennent absolues, déconnectées de Dieu, elles peuvent tout détruire : on est alors séduit par la liberté sans limite, le droit personnel sans devoir, les concepts de discrimination ou de stigmatisation, la tolérance, le refus du jugement… Nous devons garder la possibilité de juger si un comportement est bon ou non (le jugement des personnes relève de Dieu); nous devons choisir le bien (discerner); nous devons dénoncer le mal qui détruit les personnes et la société.


23 - Aucun disciple de Jésus ne peut faire l’économie du combat spirituel, que saint Paul décrit si bien (Eph 6, 10-20).

« Puisez votre énergie dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force. Revêtez l’équipement de combat donné par Dieu, afin de pouvoir tenir contre les manœuvres du diable. Car nous ne luttons pas contre des êtres de sang et de chair, mais contre les Dominateurs de ce monde de ténèbres, les Principautés, les Souverainetés, les esprits du mal qui sont dans les régions célestes. Pour cela,  prenez l’équipement de combat donné par Dieu ; ainsi, vous pourrez résister quand viendra le jour du malheur, et tout mettre en œuvre pour tenir bon. Oui, tenez bon, ayant autour des reins le ceinturon de la vérité, portant la cuirasse de la justice, les pieds chaussés de l’ardeur à annoncer l’Évangile de la paix, et ne quittant jamais le bouclier de la foi, qui vous permettra d’éteindre toutes les flèches enflammées du Mauvais. Prenez le casque du salut et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la parole de Dieu. En toute circonstance, que l’Esprit vous donne de prier et de  supplier : restez éveillés, soyez assidus à la supplication pour tous les fidèles. Priez aussi pour moi : qu’une parole juste me soit donnée quand j’ouvre la bouche pour faire      connaître avec assurance le mystère de l’Évangile dont je suis l’ambassadeur, dans mes chaînes. Priez donc afin que je trouve dans l’Évangile pleine assurance pour parler comme je le dois ».


24 - Application spirituelle :

a - Prendre conscience que les disciples du Christ doivent lutter contre les adversaires de la foi. Réactiver le don de force reçu à la confirmation.

b - Prendre conscience que le danger de la ‘séduction’ frappe à nos cœurs ; demander le don de conseil.

c - Un exemple : voir la séduction à l’œuvre dans la promotion de l’aide médicale à mourir ou suicide assisté. Le suicide assisté comporte une malice morale plus grande que le suicide ‘ordinaire’. En effet, comme l’indique le mot ‘assisté’, pour devenir effectif, il suppose l’assistance, l’aide d’autres personnes: médecins, pharmaciens, infirmiers ou infirmières doivent collaborer à l’acte. Les membres de l’entourage immédiat du malade peuvent même être invités à y assister ou du moins à l’approuver; les médias exercent sur ce plan une influence grandissante pour rendre la chose acceptable et même désirable: certains reportages montrent la personne qui semble s’endormir, entourée des siens, dans une ambiance plus ou moins festive. Il est bien certain toutefois qu’aucun membre des familles concernées n’accepterait d’être présent si celle qui désire mourir le faisait par pendaison ou par arme à feu; aucune n’accepterait d’aller acheter la corde indispensable. En fait, le recours aux médicaments injectés par intraveineuse dissimule, camoufle la violence extrême qui est à l’œuvre; le résultat, même aseptisé, est  identique : la personne meurt. Pour faire disparaître la souffrance, on fait disparaître la personne. Nous devons montrer clairement que nous ne pouvons pas approuver une telle action ni y collaborer : nous ne pouvons pas tuer directement une personne, même par ‘compassion’. Nous devons rappeler constamment le caractère sacré de la vie humaine et accompagner nos frères et sœurs malades,  en leur offrant en particulier l’accès aux soins palliatifs. Nous devons surtout leur offrir la lumière de la foi : notre Dieu est le Dieu de la vie; dans le mystère de sa mort et de sa résurrection, le Christ offre un éclairage extraordinaire sur la condition humaine et la souffrance et il nous accompagne au temps d’épreuve. Nous devons présenter le sens chrétien de la souffrance et de la mort, avec l’éclairage de la Croix du Christ; de manière immédiate, avec les personnes malades, nous devons les aider à s’ouvrir à la présence du Seigneur et à se laisser rencontrer par lui au sein de leurs épreuves.

d - Méditer sur la prière d’ouverture de la messe du XVe dimanche : « Dieu qui montres aux égarés la lumière de la vérité, pour qu’ils puissent reprendre le bon chemin, donne à tous ceux qui se déclarent chrétiens de rejeter ce qui est indigne de ce nom, et de rechercher ce qui lui fait honneur ».

e - Méditer sur la prière d’ouverture de la messe pour les fidèles laïcs : « Tu as voulu, Seigneur, que la puissance de l’Évangile travaille le monde à la manière d’un ferment ; veille sur tous ceux qui ont à répondre à la vocation chrétienne au milieu des occupations de ce monde ; qu’ils cherchent toujours l’Esprit du Christ, pour qu’en accomplissant leurs tâches d’hommes, ils travaillant à l’avènement de ton Règne».

f - Méditer sur la prière après la communion de la messe XVI : « Dieu très bon, reste auprès de ton peuple, car sans toi notre vie tombe en ruines ; fais passer à une vie nouvelle ceux que tu as initiés aux sacrements de ton royaume ».


V - Notre projet pastoral 2017-2018 : enseignement de la foi


25 - Notre projet pastoral pour l’année 2017-2018 consiste à rendre les fidèles du diocèse de Timmins plus conscients de leur vocation de disciples du Christ, à les affermir dans leur conviction fondamentale que c’est lui qui apporte à l’humanité la Sagesse véritable. Il s’agit par conséquent de le choisir avec plus de détermination, malgré les résistances que son message rencontre.


26 -Il faut en ce sens adopter une mentalité de nouvelle évangélisation : profiter de toutes les opportunités pour annoncer l’Évangile, se laisser inspirer par lui, former des disciples convaincus et missionnaires, et non seulement des consommateurs occasionnels. Des parcours spirituels seront offerts aux personnes intéressées.


27 - Nous allons approfondir nos connaissances dans le domaine de la foi : un dimanche par mois, les prêtres feront porter leur homélie sur un thème déterminé par le diocèse, en lien avec la Parole de Dieu; les bulletins paroissiaux présenteront certains aspects de l’enseignement de la foi, par exemple un extrait du Catéchisme, de sorte que les fidèles pourront se les rappeler plus facilement; on offrira des pistes de réflexion spirituelle lors des réunions des différents organismes paroissiaux, ainsi que des informations sur les sites religieux et des liens sur internet.


28 - Nous porterons une grande attention aux jeunes couples et aux jeunes familles, en profitant particulièrement des rencontres d’accompagnement pour la préparation sacramentelle des jeunes (baptême, confirmation, eucharistie, réconciliation). Des instruments leur seront offerts pour assurer un suivi régulier.


29 - A plusieurs reprises, j’ai parlé de l’importance cruciale de nos écoles catholiques (voir par exemple ma Lettre pastorale de septembre 2016, aux numéros 16 et 18).

i.  Nous inviterons les parents et les grands-parents à prendre davantage conscience de leurs responsabilités dans la transmission de la foi aux nouvelles générations. Pour accompagner leurs jeunes, ils chercheront à connaître les programmes d’enseignement religieux qui leur sont dispensés.

ii. Nos écoles catholiques disposent de différents moyens pour aider les jeunes à devenir disciples du Christ : en plus de l’enseignement religieux et des activités pastorales, on trouve les signes religieux (crucifix, statues, images saintes), la prière quotidienne, les célébrations liturgiques, la présence du prêtre. Le témoignage du personnel enseignant constitue un élément déterminant pour la transmission de la foi. Ces différents moyens contribuent à créer une ambiance de foi, que les visiteurs notent et dont les jeunes bénéficient dans leur croissance spirituelle.    

iii. Il est aussi fondamental d’intensifier les communications école-paroisse-famille : diffuser à l’école les informations sur la paroisse, diffuser à l’église les informations sur l’école et ses activités. D’autres éléments sont très précieux  à cette fin: échanges avec les professeurs d’enseignement religieux et les animateurs et animatrices de pastorale; participation aux ‘portes ouvertes’ avec un kiosque d’informations sur les activités paroissiales; messe mensuelle avec les jeunes; animation de la prière et expérimentation de ses diverses formes. On peut développer les intérêts des enfants : leur offrir des livres et des objets religieux; les inviter à servir la messe, à lire, à chanter à l’église; organiser des activités ponctuelles selon le calendrier de l’année (semaine de l’éducation, de la famille, mois du rosaire ou de Marie, semaine sainte).

iv. Il serait intéressant de faire témoigner en paroisse les jeunes qui ont vécu des expériences de bénévolat, des projets spirituels et humanitaires: en effet, ils ont ouvert leurs yeux sur la misère qui affecte certaines personnes, leurs cœurs sont touchés et ils peuvent ouvrir leurs mains pour apporter leur propre contribution et vivre réellement le message évangélique. Ils apprennent la valeur de la conviction, de l’effort, de la persévérance.


30 - Nos paroisses veilleront à devenir toujours plus vivantes, en profitant de chaque occasion pour établir un contact évangélique, en soignant constamment à l’église comme au presbytère l’accueil des personnes, en particulier les nouveaux paroissiens, en favorisant la rencontre de témoins prêts à partager leur expérience, en valorisant les personnes impliquées (prêtres, diacres, personnes mandatées, personnes laïques responsables des groupes paroissiaux). Il sera par exemple stimulant d’organiser une rencontre où les différents organismes paroissiaux pourront se faire connaître et découvrir les autres. On intégrera une dimension spirituelle dans les différentes réunions, grâce à un partage fraternel sur un thème évangélique. Certaines  personnes pourront se sentir appelées à mettre sur pied des groupes plus stables de partage spirituel, d’approfon-  dissement de la foi, d’études du Catéchisme, de réflexion chrétienne sur les grandes questions morales de l’heure.


Ainsi, si chaque fidèle investit davantage dans sa vie de disciple du Christ, nous pouvons être assurés, avec la grâce de Dieu, que notre diocèse de Timmins conservera et intensifiera son visage de Corps du Christ ici et maintenant, préparant un avenir de foi pour les générations à venir.


Que saint Antoine de Padoue, disciple et missionnaire, nous accompagne et intercède pour nous dans cette responsabilité.

          

┼  Serge Poitras

Évêque de Timmins


21 septembre 2017, fête de saint Matthieu, apôtre et évangéliste.