Lettre pastorale


 « A l’exemple du Dieu saint qui vous a appelés, 

devenez saints, vous aussi, dans toute votre conduite  » 

(I Pi 1, 15)

 

Réflexions sur la vocation universelle à la sainteté

 

Carême 2017 



Au cours de l’été dernier, plusieurs d’entre nous ont suivi de près les Jeux olympiques de Rio de Janeiro, au Brésil. C’était un grand spectacle, diffusé dans le monde entier ! Après un entraînement intense et exigeant, souvent obscur et parfois douloureux, les athlètes y ont donné le meilleur d’eux-mêmes, dans l’espérance d’obtenir la fameuse médaille d’or. C’est le désir de la gloire, de battre des records, qui les a motivés et a déclenché leurs innombrables efforts. 

Lorsque je regarde ces athlètes, la réflexion de saint Paul se présente à mon esprit : « Dans le stade, tous les coureurs participent à la course, mais un seul reçoit le prix. Alors vous, courez de manière à l’emporter. Tous les athlètes à l’entraînement s’imposent une discipline sévère; ils le font pour recevoir une couronne de laurier, qui va se faner, et nous, pour une couronne qui ne se fane pas » (I Co 9, 24-25). Nous pouvons alors nous poser une question : Sommes-nous prêts à courir pour la couronne qui ne se fane pas ? Sommes-nous prêts à investir pour la vie éternelle ?  

C’est facile de regarder et de connaître les exploits des autres, d’être des ‘sportifs de salon’, confortablement assis devant le téléviseur; c’est beaucoup plus difficile d’être sportif sur le terrain, de dépenser de l’énergie, de transpirer, de se blesser à l’occasion, de connaître des moments de gloire et des moments de défaite. On n’a jamais vu un ‘sportif de salon’ monter sur le podium et recevoir une médaille d’or; seuls les athlètes de terrain y parviennent.

Dans le même sens, il est facile de se déclarer chrétiens, de connaître le Christ et son Évangile, d’admirer saint François d’Assise ou sainte Teresa de Calcutta; c’est beaucoup plus exigeant de prendre la foi au sérieux, de s’engager réellement à la vivre à chaque instant. Jésus veut des disciples engagés sur le terrain, des gens qui ne soient pas des tièdes (Apo 3, 16); le monde aussi attend des chrétiens qu’ils vivent intégralement, radicalement, l’Évangile à la suite de Jésus; en réalité, le monde a besoin de saints, de saintes. 

 La sainteté est en effet la couronne, la médaille d’or qui nous est proposée : la désirons-nous vraiment? Désirons-nous faire les efforts requis, travailler sur nous-mêmes, transformer nos manières de penser et d’agir, pour être réellement des chrétiens, c’est-à-dire des reflets du Christ?  


1- Si nous le voulons, nous pouvons profiter du Carême, ce temps privilégié que l’Église nous offre pour vivre notre vie chrétienne de manière plus intense et nous engager énergiquement à devenir de meilleurs disciples de Jésus, des personnes qui laissent transparaître davantage en elles la lumière de l’Évangile. Nous sommes ainsi invités à enlever de notre vie ce qui empêche la lumière de Dieu de passer. Nous comprenons cela facilement dans une région comme le nôtre : les différentes intempéries de l’hiver ternissent les fenêtres de nos maisons et réduisent le rayonnement du soleil;  nous avons hâte au grand ménage du printemps, pour que les vitres laissent passer pleinement la lumière du soleil. Il en va de même pour notre vie chrétienne : notre fragilité humaine et toutes sortes d’influences plus ou moins bonnes obscurcissent en nous la présence du Seigneur; nous avons besoin de nous purifier, de travailler sur nous-mêmes pour devenir davantage à l’image du Christ. De même que nous désirons l’air pur et un monde sans pollution, ainsi pouvons-nous aspirer au véritable air pur provenant de Dieu, au monde authentique dépourvu de mal : en un mot, à la sainteté.


2- Cette année, notre Carême peut revêtir une coloration particulière. En effet, il se situe dans le cadre de la réflexion que j’ai amorcée avec ma lettre pastorale de l’automne dernier : « Visite pastorale : réflexions sur l’avenir ». J’y ai invité à réfléchir sur le futur de notre Église diocésaine. Je demandais comment nous pouvons avoir une Église qui réponde plus totalement au projet du Seigneur; il me semble que la première condition est d’avoir une Église pleine de disciples convaincus de leur foi et désireux de la diffuser, ce qui veut dire des missionnaires ; une Église où en chaque paroisse et en chaque personne se retrouvent les quatre caractéristiques avec lesquelles saint Luc décrivait la première communauté chrétienne: « fidélité à l’enseignement des apôtres, à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » (Ac 2,42). 


3- La vitalité de l’Église et son renouveau dépendent en fait de l’engagement de chacun de ses membres à vivre conformément à l’Évangile; c’est ce qu’on appelle la ‘sainteté’.  Dans son exhortation apostolique Christifideles laici, saint Jean-Paul II disait en ce sens: « Les saints et les saintes ont toujours été source et origine de renouvellement dans les moments les plus difficile des l’histoire de l’Église » (n. 16, 3); la ‘sainteté est la source secrète et la mesure infaillible de son activité apostolique et de son élan missionnaire » (17, 3) (textes cités dans le Catéchisme de l’Église catholique, n. 828). 


4- Par la présente Lettre pastorale, je désire ainsi offrir quelques réflexions sur la sainteté, cette médaille d’or que nous devons rechercher avec ardeur, cette pureté de vie qui laisse transparaître en nous la lumière du Christ, cette source de renouveau pour la vie de l’Église, et par conséquent pour notre diocèse. Je me trouve évidemment bien audacieux d’écrire sur la sainteté, moi qui suis loin d’y être parvenu; mais je me rappelle à cet égard l’expérience de Tertullien, un grand écrivain chrétien des premiers siècles, qui s’était mis à écrire un traité sur la ‘patience’. Un ami lui faisait alors remarquer : «Comment peux-tu écrire un livre sur la patience, toi qui en est si dépourvu ? » Avec lucidité et humour, Tertullien avait répondu : « Ce n’est pas parce qu’on est malade qu’on ne peut pas aspirer à la santé »; ainsi, ce n’est pas parce qu’on est pécheur qu’on ne peut pas aspirer à la sainteté, qui est la santé véritable. C’est le sens de ma réflexion : aider chaque fidèle à aspirer à devenir meilleur disciple de Jésus, transformé par lui. Pour que ma réflexion soit fiable, je puiserai non pas dans ma propre expérience limitée, mais à trois sources sûres : la Parole de Dieu, la vie des saints et des saintes, l’enseignement de l’Église (Papes, Conciles, liturgie, Catéchisme).

  

«En Toi est la source de vie par Ta lumière» (Ps 35)


I- Tout le monde est appelé à la sainteté


5- Dieu désire que nous soyons des saints et des saintes. Saint Paul exprime magnifiquement ce projet dans l’épître aux Éphésiens : Dieu, dit-il, « nous a choisis dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans l’amour » (Ep 1, 4). «La volonté de Dieu, écrit-il dans le texte le plus ancien du Nouveau Testament, c’est que vous viviez dans la sainteté » (I Th 4, 3). Ainsi, quand dans le Notre Père Jésus nous enseigne à dire : « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel », pouvons-nous demander que la volonté de sanctification de Dieu se réalise en nous, déjà en ce monde, et qu’elle demeure pour l’éternité. 


6- Certains parmi nous peuvent penser que la sainteté est réservée à une élite, à un petit nombre de personnes, aux grands héros de la foi, aux saints et saintes que, par la canonisation, l’Église nous propose d’admirer et d’imiter. « En canonisant certains fidèles, c’est-à-dire en proclamant solennellement que ces fidèles ont pratiqué héroïquement les vertus et vécu dans la fidélité à la grâce de Dieu, l’Église reconnaît la puissance de l’Esprit de sainteté qui est en elle et elle soutient l’espérance des fidèles en les leur donnant comme modèles et intercesseurs » (Catéchisme n. 828; cf. Lumen Gentium n. 40. 48. 51). En fait, la sainteté est offerte à tous. Dans son Introduction à la vie dévote, saint François de Sales l’enseigne clairement; il invite tous les fidèles à la ‘dévotion’, c’est-à- dire à une vie chrétienne intense, en somme à la sainteté : « Dieu commanda en la création aux plantes de porter leurs fruits, chacune selon son genre : ainsi commande-t-il aux chrétiens, qui sont les plantes vivantes de son Église, qu'ils produisent des fruits de dévotion, un chacun selon sa qualité et vocation. La dévotion doit être différemment exercée par le gentilhomme, par l'artisan, par le valet, par le prince, par la veuve, par la fille, par la mariée; et non seulement cela, mais il faut accommoder la pratique de la dévotion aux forces, aux affaires et aux devoirs de chaque particulier…. C'est une erreur et une hérésie, de vouloir bannir la vie dévote de la compagnie des soldats, de la boutique des artisans, de la cour des princes, du ménage des gens mariés. …. Où que nous soyons, nous pouvons et devons aspirer à la vie parfaite » (texte cité dans l’office des lectures de sa fête, le 24 janvier).  


7- Dans la constitution dogmatique Lumen Gentium, le Concile Vatican II a consacré le chapitre V à la «vocation universelle à la sainteté dans l’Église » (n. 39-42). « L’appel à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité s’adresse à tous ceux qui croient au Christ, quel que soit leur état ou leur forme de vie » (n. 40). Ainsi, on est appelé à être des saints ou des saintes à tout âge, dans tout état de vie (célibataire, marié, religieux, prêtre), dans toute profession. D’ailleurs, quand on regarde les saints canonisés, on est frappé par la diversité extraordinaire des visages, comme j’ai voulu l’illustrer en page couverture avec le tableau de Fra Angelico; certains, comme les Saints Innocents, meurent en bas âge; d’autres à différents âges : sainte Agnès (12 ans), saint Dominique Savio (15 ans), sainte Thérèse de l’Enfant Jésus (24 ans), saint Alphonse de Liguori (90 ans); on trouve des saints et saintes mariés, des religieux et des religieuses, des martyrs et des martyres, des prêtres, des personnes célibataires ou veuves; des agriculteurs, bergers, artisans, chefs d’État, des reines, des infirmières, des éducatrices; des écrivains de génie comme saint Thomas d’Aquin ou d’autres qui n’ont laissé aucun écrit. Le visage de la sainteté est multiple. La célébration du centenaire du diocèse a été l’occasion, j’espère, de découvrir ou de redécouvrir les visages de la sainteté chez nous; s’ils n’ont pas encore été reconnus par l’Église, ils n’en sont pas moins réels; ces visages innombrables et connus de Dieu, qui nous interpellent, l’Église les célèbre tous ensemble le jour de la Toussaint. 


8- Application spirituelle


a- Méditer sur les textes de saint Paul qui rappellent que Dieu veut que nous soyons des saints et des saintes (cf. ci-dessus n. 5).

b-  Chacun, chacune peut se demander : dans ma condition actuelle, dans ma profession, dans mon état de vie, est-ce que je me sens interpellé à devenir un saint, une sainte ? 


II- La sainteté se trouve d’abord en Dieu


La sainteté appartient en propre à Dieu, lui qui est le Bien absolu, exempt de tout mal. La Bible le rappelle à pleines pages. « Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint » (Lv 19, 2). Je voudrais rappeler quelques passages particulièrement significatifs à cet égard.


9- Le premier est celui de la rencontre de Dieu avec Moïse, dans l’épisode du buisson ardent (Ex 3, 2-6). «L’ange du Seigneur lui apparut dans la flamme d’un buisson en feu. Moïse regarda : le buisson brûlait sans se consumer. Moïse se dit alors : ‘Je vais faire un détour pour voir cette chose extraordinaire : pourquoi le buisson ne se consume-t-il pas ?’ Le Seigneur vit qu’il avait fait un détour pour voir, et Dieu l’appela du milieu du buisson : ‘Moïse ! Moïse !’ Il dit : ‘Me voici !’ Dieu dit alors : ‘N’approche pas d’ici ! Retire les sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte !’  Et il déclara : ‘Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob.’ Moïse se voila le visage car il craignait de porter son regard sur Dieu ».


10- Ce passage biblique offre plusieurs aspects à notre réflexion. On note d’abord que c’est Dieu qui a l’initiative, c’est lui qui fait les premiers pas vers Moïse : Dieu nous précède toujours. Il se révèle dans le feu. Pourquoi ? Le feu attire notre regard; il fascine nos yeux; cependant on ne peut pas le prendre dans nos mains. Cela s’applique bien à Dieu : il attire notre intelligence, on cherche à le connaître, à le comprendre; mais on ne peut le saisir comme on le voudrait : il nous échappe d’une certaine manière, il est toujours au-delà de ce qu’on peut comprendre. Dieu demande ensuite à Moïse d’enlever ses sandales, qui lui donnent de l’assurance dans sa marche; il lui fait ainsi prendre conscience de sa fragilité. En présence de Dieu, nous devenons conscients d’une double distance: la première est celle qui existe entre le Créateur et sa créature, la deuxième est celle qu’il y a entre le bien absolu et le mal. Toutefois, Dieu ne se révèle pas à Moïse pour l’écraser, mais pour le sauver et sauver son peuple : il désire en effet l’arracher au mal qui l’affecte, il désire entrer en alliance avec lui et lui offrir la Terre promise où il ne sera plus esclave. 


11- Le prophète Isaïe a vécu une expérience semblable à celle de Moïse. Il la décrit dans les termes suivants : « Je vis le Seigneur qui siégeait sur un trône très élevé; les pans de son manteau remplissaient la terre. Des séraphins se tenaient au-dessus de lui… Ils se criaient l’un à l’autre : Saint ! Saint ! Saint ! le Seigneur, Dieu de l’univers ! Le ciel et la terre sont remplis de sa gloire!... Je dis alors : ‘Malheur à moi ! je suis perdu : car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures; et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l’univers’. L’un des séraphins vola vers moi, tenant un charbon brûlant… Il s’approcha de ma bouche et dit : ‘Ceci a touché tes lèvres, et maintenant ta faute est enlevée, ton péché est pardonné’ » (Is 6, 1-7). Isaïe découvre à son tour la grandeur et la sainteté de Dieu; il entend les anges la louer. Devant ce spectacle impressionnant, il prend conscience de ses propres limites. Mais encore là, ce qu’il y a d’extraordinaire, c’est que la sainteté de Dieu lui est communiquée et elle le débarrasse de son péché. En effet, de même que le feu rayonne et apporte la chaleur, de même la sainteté de Dieu se diffuse et transforme ce qu’elle touche : elle débarrasse du mal, ne laisse subsister que le bien. 


12- Ce chant des Anges, l’Église le reprend toujours au cœur de chaque messe : elle y loue le Dieu trois fois saint; cette triple mention proclame la sainteté du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Nous pouvons méditer ce chant qui exprime l’union de l’Église de la terre avec celle du ciel dans la sainteté et la gloire de Dieu :


Saint ! Saint ! Saint! Le Seigneur Dieu de l’univers!

Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire! 

Hosanna au plus haut des cieux !

Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !

Hosanna au plus haut des cieux !


13-  Qui est celui qui vient au nom du Seigneur ? C’est bien sûr son propre Fils Jésus. En lui,  la sainteté de Dieu nous est communiquée de manière totale et définitive, comme le dit saint Jean dans son Évangile: « Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous…. Tous nous avons eu part à sa plénitude… La grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ. Dieu, personne ne l’a jamais vu. Le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui nous l’a fait connaître » (Jn 1, 14. 16-18). Dès avant sa naissance, l’ange Gabriel annonce à la Vierge Marie la sainteté de son Fils: « Celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu » (Lc 1, 35; Mt 1, 20). En sa présence, les disciples éprouvent un sentiment semblable à celui que Moïse et Isaïe ont expérimenté : « Simon-Pierre tomba   aux pieds de Jésus, en disant : ‘ Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur’ » (Lc 5, 8). Les démons perçoivent sa sainteté avec une grande perspicacité : « Je sais qui tu es : le Saint de Dieu » (Mc 1, 24).


14- Jésus lui-même est bien conscient de sa sainteté. «Qui de vous pourrait faire la preuve que j’ai péché?», demande-t-il (Jn 8, 46). Cependant, sa mission de Sauveur consiste précisément à arracher l’humanité au mal qui la touche et à lui communiquer la sainteté qui jaillit de Dieu comme d’une source intarissable : « De son cœur couleront des fleuves d’eau vive » (Jn 7, 38). Il l’exprime clairement dans la solennelle prière qu’il adresse au Père lors de la dernière Cène (Jn 17, 1-26) : il « donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés » (v. 2); « Père saint, garde-les dans on nom, le nom que tu m’as donné » (v. 11) ; « sanctifie-les dans la vérité; ta parole est vérité… Pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité » (v. 17. 19).


15- Jésus se présente ainsi comme l’Envoyé du Père, celui en qui est présente la sainteté de Dieu puisqu’il est son Fils, celui qui la communique au monde, puisqu’il est le sauveur. Voilà la grande nouvelle : en Jésus nous sommes sanctifiés; il nous donne l’Esprit de sainteté, qui demeure en nous. Le Concile Vatican II résume ainsi sa mission : 

« Maître divin et modèle de toute perfection, le Seigneur Jésus a prêché à tous et chacun de ses disciples, quelle que soit leur condition, cette sainteté de vie dont il est à la fois l’initiateur et le consommateur : « Vous donc, soyez de vie dont il est à la fois l’initiateur et le consommateur : « Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 48). 

Et en effet à tous il a envoyé son Esprit pour les mouvoir de l’intérieur à aimer Dieu de tout leur cœur, de toute leur âme, de toute leur intelligence et de toutes leurs forces (cf. Mc 12, 30), et aussi à s’aimer mutuellement comme le Christ les a aimés (cf. Jn 13, 34 ; 15, 12). 

Appelés par Dieu, non au titre de leurs œuvres mais au titre de son dessein gracieux, justifiés en Jésus notre Seigneur, les disciples du Christ sont véritablement devenus par le baptême de la foi, fils de Dieu, participants de la nature divine et, par la même, réellement saints. Cette sanctification qu’ils ont reçue, il leur faut donc, avec la grâce de Dieu, la conserver et l’achever par leur vie. 


C’est l’apôtre qui les avertit de vivre « comme il convient à des saints » (Ep 5,3), de revêtir «comme des élus de Dieu saints et bien-aimés, des sentiments de miséricorde, de bonté, d’humilité, de douceur, de longanimité » (Col 3, 12), portant les fruits de l’Esprit pour leur sanctification (cf. Ga 5, 22 ; Rm 6, 22). Cependant comme nous nous rendons tous fautifs en bien des points (cf. Jc 3, 2), nous avons constamment besoin de la miséricorde de Dieu et nous devons tous les jours dire dans notre prière : « Pardonne-nous nos offenses » (Mt 6, 12) (LG 40). 


16- Application spirituelle : méditer le texte du Concile :


Jésus est le maître que nous devons écouter : son enseignement est sûr, puisqu’il est Dieu. Il est le modèle que nous devons suivre : nous sommes assurés que son chemin conduit à la vraie vie (Jn 14, 6).

Jésus est au point de départ et au point d’arrivée. Il est l’Alpha et l’Oméga. Il est celui qui marche à nos côtés, comme il l’a fait avec les disciples d’Emmaüs (Lc 24, 15 ss).

Il nous donne son Esprit qui agit à l’intérieur de nous-mêmes : si nous lui sommes attentifs, nous avons la lumière pour découvrir le bien qu’il faut faire et la force pour passer à l’action.

La sanctification est reçue au baptême, comme un germe; nous avons la responsabilité de la faire grandir à chaque instant, par une vie transformée, pleine de miséricorde, de bonté, d’humilité, de douceur, de patience…

Le péché nous guette; mais il n’a pas le dernier mot.


III- La sainteté de Dieu nous est communiquée par les sacrements


17- La sainteté de Dieu nous est communiquée d’abord et avant tout par le baptême, qui fait de nous les enfants du Père, les membres du Corps du Christ et les temples de l’Esprit-Saint. C’est la raison pour laquelle saint Paul n’hésite nullement à donner aux premiers chrétiens le titre de saints : « Paul… à l’Église de Dieu qui est à Corinthe, à ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus et sont appelés à être saints » (I Co 1, 1-2); « à ceux qui sont sanctifiés et habitent Éphèse » (Ep 1, 1); « à tous ceux qui sont sanctifiés dans le Christ Jésus et habitent Philippes » (Ph 1, 1) (Col 1, 1). L’idée fondamentale est la même : en quelque lieu de la terre que ce soit (Corinthe, Éphèse, Philippes), le Christ sanctifie ses disciples, qu’il a agrégés à son Corps par le baptême et à qui il a fait don de son Esprit.


18- Nous ne pouvons pas maintenir en nous la vie divine sans le secours des sacrements. Ils sont en effet « les signes et les instruments par lesquels l’Esprit-Saint répand la grâce du Christ, qui est la Tête, dans l’Église qui est son Corps » (Catéchisme n. 774). « Assis à la droite du Père, et répandant l’Esprit Saint en son Corps qui est l’Église, le Christ agit désormais par les sacrements, institués par lui pour communiquer sa grâce. Les sacrements sont des signes sensibles (paroles et actions), accessibles à notre humanité actuelle. Ils réalisent efficacement la grâce qu’ils signifient en vertu de l’action du Christ et par la puissance de l’Esprit Saint » (ibid. n. 1084).


19- Ainsi, il est impensable de pouvoir parvenir à la sainteté sans les sacrements; d’une part, c’est prétentieux, car c’est penser pouvoir obtenir la vie de Dieu sans Dieu lui-même, comme Adam et Ève ont voulu le faire à l’origine de l’humanité. De plus, c’est ingrat et méprisant à l’égard du Christ qui a choisi ce moyen pour nous partager sa vie. La vie sacramentelle est absolument nécessaire pour faire grandir en nous la sainteté qui y a été déposée en germe au baptême. De même que nous entretenons notre vie physique par toutes sortes de moyens (nourriture, activités, air), de même devons-nous laisser à Dieu la possibilité de faire grandir en nous sa vie, par les sacrements. 


20- Une image peut aider à comprendre le rôle des sacrements. Nous possédons de nombreux appareils électriques, aux usages variés (éclairage, chauffage, air climatisé, téléviseurs, cuisinières, micro-ondes…) : chacun d’eux fonctionne dans la mesure où il reçoit l’énergie qui provient de la centrale électrique, grâce au réseau de transmission; si la centrale fait défaut, les appareils ne fonctionnent plus; si le réseau de transmission est perturbé, les appareils ne fonctionnent plus; si nous ne branchons pas les appareils, ils ne fonctionnent pas. En outre, l’énergie électrique est une, mais ses effets sont différents en chaque appareil : selon les cas, l’électricité devient chaleur, musique, image, repas… Il en va un peu ainsi pour la vie chrétienne. Le Christ peut être comparé à la centrale électrique : c’est en lui que se trouve l’énergie spirituelle, la sainteté que Dieu offre; cette énergie parvient jusqu’à nous par le Saint-Esprit qui nous la transmet à travers les sacrements; cette énergie divine nous permet de réaliser pleinement ce que nous sommes, dans la diversité des personnes et des vocations. Du côté de Dieu, nous sommes assurés que l’énergie est toujours offerte; il n’y a jamais de panne; de notre côté, il nous appartient d’accepter ou non cette énergie, de l’activer ou non; la personne qui ne met pas son appareil en mode ‘on’ ne peut pas se plaindre qu’il ne fonctionne pas; de même, la personne qui ne s’ouvre pas à l’action de Dieu ne peut pas lui reprocher ses propres lacunes. Regardons maintenant chacun des sacrements et leurs effets sur notre sanctification.


21- Le sacrement de confirmation fortifie le don du baptême : il donne la maturité pour témoigner de la foi. « Le lien des baptisés avec l’Église est rendu plus parfait, ils sont enrichis d’une force spéciale de l’Esprit-Saint et obligés ainsi plus strictement à répandre et à défendre la foi par la parole et par l’action en témoins du Christ » (Catéchisme, n. 1285). L’Esprit-Saint communique les fruits de sa présence : « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur, maîtrise de soi » (Ga 5, 22-23; cf. Catéchisme n. 1832). 


22- Le sacrement du pardon nous libère du mal qui s’insinue dans nos vies. J’ai approfondi son rôle dans ma lettre pastorale « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile », lors du Carême 2015. 


23-  L’Eucharistie est l’instrument principal de notre sanctification. Je m’y suis arrêté en deux lettres pastorales : « Ceci est mon Corps, donné pour vous » (13 juin 2014) et « Faites cela en mémoire de moi » (27 mars 2016). Je veux simplement mentionner ici un élément  important, en lien avec notre présente réflexion. Dans la prière eucharistique II, tout de suite après le chant du ‘Sanctus’, l’Église s’adresse au Père dans les termes suivants :


« Toi qui es vraiment saint,

toi qui es la source de toute sainteté,

Seigneur, nous te prions :

Sanctifie ces offrandes en répandant sur elles ton Esprit

afin qu’elles deviennent pour nous

le Corps et le Sang de Jésus, le Christ, notre Seigneur ».


 L’Église reconnaît que Dieu seul est saint, vraiment saint. 

 Sa sainteté,  il ne la garde pas pour lui; il veut la communiquer : il est alors source et  origine de sainteté.

 Il fait cela de façon toute particulière dans l’Eucharistie : l’Esprit-Saint y transforme le  pain et le vin pour qu’ils deviennent le Corps et le Sang du Christ. Lorsque nous les  recevons à la communion, c’est cette puissance de sanctification qui nous atteint, qui  devient réellement ‘pour nous’.  


24- Avec l’onction des malades, le Seigneur vient rejoindre les personnes aux prises avec la maladie; il les accompagne dans ce moment d’épreuve. C’est un « don particulier de l’Esprit qui confère une grâce de réconfort, de paix et de courage pour vaincre les difficultés propres à l’état de maladie grave ou à la fragilité de la vieillesse. C’est un don du Saint-Esprit qui renouvelle la confiance et la foi en Dieu et fortifie contre les tentations du malin, tentation de découragement et d’angoisse de la mort» (Catéchisme n. 1520). Ce sacrement unit à la passion du Christ (n. 1521); il rayonne sur l’Église (n. 1522) et prépare au dernier passage (n. 1523).


25- Le sacrement de mariage constitue un lieu important de la présence du Seigneur. Le Concile Vatican II le rappelle : « Quant aux époux et aux parents chrétiens, il leur faut, en suivant leur propre route, s’aider mutuellement dans la fidélité de l’amour avec l’aide de la grâce, tout le long de leur vie, inculquant aux enfants qu’ils ont reçus de Dieu, avec amour, les vérités chrétiennes et les vertus de l’Évangile. Par là, en effet, ils donnent à tous l’exemple d’un amour inlassable et généreux, ils contribuent à l’édification de la charité fraternelle et apportent à la fécondité de l’Église notre Mère, leur témoignage et leur coopération, en signe et participation de l’amour que le Christ a eu pour son Épouse et qui l’a fait se livrer pour elle »  (LG  41; cf. Catéchisme n. 1641). Le Christ est présent aux époux: « Il leur donne la force de le suivre en prenant leur Croix sur eux, de se relever après leurs chutes, de se pardonner mutuellement, de porter les fardeaux les uns des autres, d’être soumis les uns aux autres dans la crainte du Christ, et de s’aimer d’un amour surnaturel, délicat et fécond » (Catéchisme n. 1642).


26-  Le sacrement de l’Ordre confère à ceux qui en sont investis la capacité d’agir au nom du Christ Tête pour son Corps qui est l’Église; il a pour but la sanctification des fidèles. Cependant il constitue pour les évêques, les prêtres et les diacres une source particulière de leur propre sanctification (LG 41); en effet, par l’exercice quotidien de leur ministère, ils apprennent à se conformer davantage aux mystères qu’ils célèbrent. Quelqu’un utilisait une belle image: «Le flacon s’imprègne de la bonne odeur du parfum qu’il contient; de même le prêtre s’imprègne de la grâce qu’il transmet aux autres». Les ministres sont stimulés à la sainteté pour que leur ministère soit plus fructueux : ils sont le vase par lequel passe l’eau pure de la grâce de Dieu; les fidèles boiront plus facilement cette eau si le vase qui la leur présente est propre, ce qui veut dire si les ministres se sont débarrassés réellement de leur propre péché. Qui en effet veut boire de l’eau pure dans un verre sale ?


27- Quant aux religieux et aux religieuses, les vœux qu’ils ont prononcés sont enracinés dans le baptême qu’ils vivent radicalement. « Dans la vie consacrée, les fidèles du Christ se proposent, sous la motion de l’Esprit-Saint, de suivre le Christ de plus près, de se donner à Dieu aimé par-dessus tout et, poursuivant la perfection de la charité au service du Royaume, de signifier et d’annoncer dans l’Église la gloire du monde à  venir » (Catéchisme n. 916). « La vie consacrée apparaît comme un signe particulier du mystère de la Rédemption. Suivre et imiter le Christ ‘de plus près’, manifester ‘plus clairement’ son anéantissement, c’est se trouver ‘plus profondément’ présent, dans le cœur du Christ, à ses contemporains. Car ceux qui sont dans cette ‘voie plus étroite’ stimulent leurs frères par leurs exemples, ils rendent ce témoignage éclatant ‘que le monde ne peut être transfiguré et offert à Dieu sans l’esprit des béatitudes’» (Catéchisme n. 932).


28-  Ainsi les sacrements demeurent indispensables pour la sanctification. Certains ne sont reçus qu’une fois (baptême, confirmation, ordre), mais leur effet permanent peut être constamment activé. Le mariage conserve aussi la même permanence pendant la vie terrestre. Dans chaque état de vie, à tout âge, les sacrements du pardon et de l’Eucharistie peuvent être reçus régulièrement; ils transforment peu à peu les fidèles qui les reçoivent avec conviction. 


29- Application spirituelle :


Je me demande quelle importance j’accorde aux sacrements dans ma vie personnelle. Comment est-ce que je vis les exigences de mon baptême et de ma confirmation? Peut-on voir en moi un vrai disciple du Christ ?

Comment je vis les engagements du mariage, du sacerdoce, ou de la vie religieuse, selon le cas? Comment je me ressource régulièrement à ces sources permanentes?

La place du sacrement du pardon et de l’Eucharistie comme moyens réguliers pour ma sanctification.

Je médite sur une pensée de saint Poemen, moine du désert, décédé en 451, cité dans le Magnificat d’août 2016 :


« La nature de l’eau est molle, celle de la pierre est dure.

Une outre suspendue au-dessus d’une pierre,

faisant tomber l’eau goutte à goutte, transperce la pierre.

Ainsi en est-il de la parole de Dieu.

Elle est tendre et le cœur de l’homme est dur.

Mais la parole de Dieu peut le transpercer ».


IV- La sainteté comme conformité au Christ


30-  La sainteté consiste fondamentalement à imiter le Christ; saint Pierre le rappelait dans l’extrait que j’ai placé comme titre de la présente lettre : « A l’exemple du Dieu saint qui vous a appelés, devenez saints, vous aussi, dans toute votre conduite » (I Pi 1, 15). Saint Jean de la Croix proposait la même vision : « Ne rien dire, ne rien faire, que le Christ ne puisse dire ou faire, s’il était dans l’état où je me trouve, s’il avait l’âge et la santé que j’ai » (Les degrés de perfection, 3). 


31- Le Christ constitue le modèle insurpassable de nos vies. Tous les saints et saintes se sont employés à l’imiter. Ainsi on a dit de saint François d’Assise qu’il était une des copies les plus ressemblantes du Christ, dans sa pauvreté, sa joie, sa liberté, son amour universel; il est même le premier à avoir reçu dans son corps les marques de la Passion de Jésus, qu’on appelle les stigmates. Au cours des cinq derniers siècles, de très nombreux fidèles se sont laissés inspirer par l’Imitation de Jésus-Christ, un livre qui a connu d’innombrables éditions et qui a constitué la lecture de chevet de bien des saints et saintes, comme Thérèse de l’Enfant-Jésus.


32-  L’imitation du Christ demande d’abord un regard contemplatif : il faut en effet connaître la vie du Christ, pour s’imprégner de ses attitudes. Par la suite, il faut traduire ses attitudes dans un contexte différent : c’est pour cela qu’il faut se poser la question sur ce qu’il ferait dans ma condition. Prenons un exemple : lorsque je vois Jésus assis sur un âne lors de son entrée à Jérusalem, cela ne veut pas dire que je dois désormais utiliser un âne comme moyen de transport; en fait Jésus se sert d’un animal qui était accessible à beaucoup de gens simples; il choisit un moyen humble; c’est cette même humilité et modestie que je dois rechercher dans ma situation personnelle. Pour imiter concrètement le Christ, l’Esprit-Saint est nécessaire; en effet ses dons éclairent l’intelligence pour lui montrer le bien à faire et ils agissent dans le cœur pour y infuser la force requise pour passer à l’action. L’imitation du Christ grâce au Saint-Esprit est possible à tout âge, dans toute condition; l’enfant, l’adolescent et l’adolescente, les personnes adultes, mariées ou célibataires, les prêtres et les personnes consacrées, tous et toutes peuvent imiter le Christ là où ils sont, dans leur vie quotidienne.


33-  La méditation de la Passion du Christ  constitue un lieu inspirant pour la sanctification. Saint Thomas d’Aquin, par exemple, y apprend les vertus du Christ qui inspirent le comportement. Voici son texte éclairant.


La passion du Christ nous fournit un modèle valable pour toute notre vie. En effet, celui qui veut mener la vie parfaite n'a rien d'autre à faire qu'à mépriser ce que le Christ a méprisé sur la croix et à désirer ce que le Christ a désiré. Car aucun exemple de vertu n'est absent de la croix.

 Si tu cherches un exemple de charité : ‘Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis’. C'est ce que le Christ a fait sur la croix. Et par conséquent, s'il a donné sa vie pour nous, il ne doit pas être trop dur de supporter n'importe quel mal pour lui.~

 Si tu cherches la patience, c'est sur la croix qu'on la trouve au maximum. En effet la patience est grande pour deux motifs: ou bien lorsqu'on souffre patiemment de grands maux, ou bien lorsqu'on souffre des maux qu'on aurait pu éviter, et que l'on n'évite pas. Or le Christ a souffert de grands maux sur la croix, et avec patience, puisque ‘couvert d'insultes il ne menaçait pas ; comme une brebis conduite à l'abattoir, il n'ouvrait pas la bouche.’ ~ Elle est donc grande, la patience du Christ sur la croix : ‘Par la patience, courons au combat qui nous est proposé, les yeux fixés sur Jésus, qui est à l'origine et au terme de la foi. Renonçant à la joie qui lui était proposée, il a enduré, sans avoir de honte, l'humiliation de la croix’. 

 Si tu cherches un exemple d'humilité, regarde le crucifié. Car un Dieu a voulu être jugé sous Ponce Pilate, et mourir. ~

 Si tu cherches un exemple d'obéissance, tu n'as qu'à suivre celui qui s'est fait obéissant au Père jusqu'à la mort : ‘De même que la faute commise par un seul, c'est-à-dire Adam, a rendu tous les hommes pécheurs, de même tous deviendront justes par l'obéissance d'un seul’. 

 Si tu cherches un exemple de mépris pour les biens terrestres, tu n'as qu'à suivre

celui qui est le ‘Roi des rois et le Seigneur des seigneurs’, en qui sont cachés ‘tous les trésors de la sagesse et de la connaissance’ ; sur la croix, il est nu, tourné en dérision, couvert de crachats, frappé, couronné d'épines, enfin abreuvé de fiel et de vinaigre. 

 Ne sois donc pas attaché aux vêtements et aux richesses, car ‘ils se sont partagé mes habits’ ; ni aux honneurs, ‘car j'ai subi les moqueries et les coups’ ; ni aux dignités car, ‘tressant une couronne d'épines, ils l'ont enfoncée sur ma tête’ ; ni aux plaisirs car, ‘dans ma soif, ils m'ont abreuvé de vinaigre’. (Saint Thomas d’Aquin : office des lectures lors de sa fête, le 28 janvier).


34- D’autres auteurs décrivent avec des comparaisons évocatrices les effets de l’absence du Christ dans la vie humaine.


« Ainsi qu’une maison, si son maître ne l’habite plus, s’enfonce dans les ténèbres, le mépris et la ruine, se remplit de crasse et d’ordures ; de même, l’âme qui est délaissée par son Maître que le chœur des Anges accompagne, est remplie par les ténèbres du péché, la honte des mauvais désirs et un complet mépris.

Malheur à la route où personne ne marche plus, où la voix de l’homme ne se fait plus entendre ! Elle devient un repaire de bêtes fauves. Malheur à l’âme, si le Seigneur n’y marche plus, et si la voix n’en fait pas fuir les bêtes fauves de la méchanceté spirituelle! Malheur à la maison que son maître n’habite plus ! Malheur à la terre qui n’a plus de cultivateur pour la travailler !      

Malheur au navire, s’il n’a plus de pilote, car il se perd, emporté par les flots et la tempête ! Malheur à l’âme, si elle n’a plus en elle le vrai pilote, le Christ, car, livrée sur la mer à la cruauté des ténèbres, ballottée par les flots de passions, secouée par les esprits mauvais, elle trouve finalement sa perte.

Malheur à l’âme, si elle n’a pas le Christ pour la cultiver attentivement, afin qu’elle puisse produire les fruits savoureux de l’Esprit! Car, abandonnée, remplie de ronces et de chardons, elle n’a de fruits que pour le feu. Malheur à l’âme, si elle n’a pas son Maître, le Christ, habitant en elle ! Car, déserte, elle est remplie par la puanteur des passions et elle devient l’auberge du vice » (Homélie du IVe siècle, office des lectures, mercredi 34e semaine). 


Ainsi le Christ prend soin de nous comme un propriétaire s’occupe de sa maison; il est le cultivateur qui veille sur son champ pour y faire grandir le bon grain; il est le vrai pilote qui conduit le navire de nos âmes au port de l’éternité.


V- La sanctification comme transformation de la vie


35- L’acquisition de la sainteté est un processus qu’on appelle ‘sanctification’, transformation progressive de la personne sous l’influence de la grâce de Dieu; saint Paul le décrit ainsi dans l’épître aux Romains: «Je vous exhorte donc, frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps – votre personne tout entière –, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu : c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte. Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait » (Rm 12, 1-2). 


36-  Dieu veut notre sanctification; sa volonté à cet égard se manifeste d’abord dans les balises que constituent les dix commandements (Ex 20, 1-17) : trois d’entre eux concernent Dieu et sept le prochain (Catéchisme, deuxième partie : n. 2052-2559). Lors d’une discussion avec les Pharisiens, Jésus les a résumés dans le double commandement de l’amour de Dieu et du prochain: « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? » Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Mt 22, 36-40). Dans le discours du jugement dernier, Jésus  rappelle que nous serons jugés sur l’amour (Mt 25, 31-46). À la dernière Cène, il déclare encore : «Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres » (Jn 13, 34). Il demeure le modèle et la source de l’amour authentique. Dès lors, il n’est pas étonnant que l’Église affirme que « la charité est l’âme de la sainteté à laquelle tous sont appelés. ‘Elle dirige tous les moyens de sanctification, leur donne leur âme et les conduit à leur fin’ (Catéchisme N. 826, citation de LG 42). 


37- C’est la personne tout entière qui doit être sanctifiée, transformée.Saint Paul le souligne : « Que le Dieu de la paix vous sanctifie tout entiers ; que votre esprit, votre âme et votre corps soient tout entiers gardés sans reproche » (I Th 5, 23). L’Église exprime la même réalité dans l’acte pénitentiel qui débute la messe : elle nous y invite en effet à reconnaître la possibilité de pécher ‘en pensée, en parole, par action et par omission’. Elle nous stimule en fait à vérifier si nous ons intégré l’Évangile dans toute notre vie. Regardons cela de plus près. 


38- La pensée (âme, esprit) est le point de départ : c’est en elle que se forment les projets bons ou mauvais. Jésus décrit cette réalité avec le mot ‘cœur’ : « C’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure » (Mc 7, 21-22). L’Église traduit : « Le cœur est le siège de la personnalité morale… La lutte contre la convoitise charnelle passe par la purification du cœur et la pratique de la tempérance » (Catéchisme n. 2517). Si nos pensées tiennent compte de Dieu, nos choix seront bons; si Dieu n’occupe pas nos pensées, nous ouvrons la porte à la destruction de nous-mêmes et des autres.


39- Nos paroles ont également une grande importance, comme le dit Jésus : « Ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur » (Lc 6, 45). Nos paroles manifestent ou non l’amour pour Dieu et nos frères et sœurs. Saint Jacques écrit que, bien que petite, la langue peut faire de grands ravages. «Notre langue est une petite partie de notre corps et elle peut se vanter de faire de grandes choses…Personne ne peut la dompter… Elle nous sert à bénir le Seigneur notre Père; elle nous sert aussi à maudire les hommes, qui sont créés à  l’image de Dieu. De la même bouche sortent bénédiction et malédiction » (Jc 3, 5. 8-10). Le disciple de Jésus doit faire en sorte que ses paroles soient une louange de Dieu, un stimulant, une consolation, un appui pour ses frères et sœurs, et non mensonge, médisance, calomnie, homicide.


40- Nos actions peuvent être bonnes ou mauvaises : il faut éviter évidemment de commettre des actes défendus, tels que nous les connaissons par les commandements de Dieu (ne pas tuer, ni voler, ni mentir ni commettre l’adultère…). Toutefois le disciple de Jésus ne se contente pas de ne pas faire ce qui est mal; il doit chercher à faire ce qui est bien; le péché d’omission consiste précisément à ne pas faire le bien qui est à notre portée : ne pas rendre service à qui le demande, ne pas faire l’aumône à la personne en besoin, détourner les yeux pour ne pas voir la personne en détresse, ne pas pardonner les offenses, ne démontrer aucune gratuité dans les relations humaines… La parabole du Bon Samaritain, que j’ai méditée dans ma lettre pastorale de l’automne 2015 et que le Pape François a approfondie au cours du Jubilé de la miséricorde, incite à ouvrir nos yeux, nos cœurs, nos mains pour nous pencher sur la misère des autres et à les secourir par les œuvres de miséricorde corporelle et spirituelle (Catéchisme, n. 2447).


41- La sainteté authentique consiste ainsi à laisser Dieu imprégner tout notre être, esprit, âme,  corps, pensées, paroles, actions, de sorte qu’il soit présent en tout et partout, conformément à ce que disait le prophète Isaïe : « Le pays sera rempli de la  connaissance du Seigneur, comme la mer que comblent les eaux » (Is 11, 9). Dieu nous comble, à un point tel que nous faisons tout par lui, avec lui et en lui, comme nous le disons à la messe.


42- L’intégration de tout notre être en Dieu, la réponse permanente à ses invitations, n’est pas une chose aisée, spontanée; elle exige en fait un effort, qu’on appelle combat spirituel. Jésus nous y a préparés dans le Notre Père, lorsqu’il nous invite à dire : « Ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal » (voir le commentaire du Catéchisme n. 2846. 2849. 2852); il sait que l’Adversaire veut nous arracher à Dieu; nous avons donc besoin de nous rattacher à Dieu plus fortement encore, pour recevoir sa force, en nous appuyant sur Jésus qui a déclaré : « J’ai vaincu le monde » (Jn 16, 33), le monde signifiant ici la résistance à Dieu. Saint Paul décrit le combat spirituel et ses armes : « Revêtez l’équipement de combat donné par Dieu, afin de pouvoir tenir contre les manœuvres du diable. Car nous ne luttons pas contre des êtres de sang et de chair, mais contre les Dominateurs de ce monde de ténèbres, les Principautés, les Souverainetés, les esprits du mal qui sont dans les régions célestes. Pour cela, prenez l’équipement de combat donné par Dieu ; ainsi, vous pourrez résister quand viendra le jour du malheur, et tout mettre en œuvre pour tenir bon. Oui, tenez bon, ayant autour des reins le ceinturon de la vérité, portant la cuirasse de la justice, les pieds chaussés de l’ardeur à annoncer l’Évangile de la paix, et ne quittant jamais le bouclier de la foi, qui vous permettra d’éteindre toutes les flèches enflammées du Mauvais. Prenez le casque du salut et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la parole de Dieu» (Ep 6, 10-17). 


43- L’épitre aux Hébreux nous demande même de « résister jusqu’au sang dans (la) lutte contre le péché» (He 12, 4; cf. I Pi 4, 1-6). Il faut d’abord fuir le péché mortel, qui « détruit la charité dans le cœur de l’homme par une infraction grave à la Loi de Dieu; il détourne l’homme de Dieu qui est sa fin ultime et sa béatitude en Lui préférant un bien inférieur » (Catéchisme, n. 1855); il requiert trois conditions : matière grave, pleine connaissance et plein consentement (n. 1857-1859). Il faut chercher à éviter le péché véniel (n. 1862) qui « affaiblit la charité, traduit une affection désordonnée pour des biens créés, empêche le progrès de l’âme…. Le péché véniel délibéré et resté sans repentance nous dispose peu à peu à commettre le  péché mortel » (n. 1863). Le sacrement du pardon est nécessaire pour retrouver la grâce après avoir commis le péché mortel; il est grandement utile pour fortifier dans la lutte contre les péchés véniels.


44- L’Église enseigne ainsi que «le chemin de la perfection passe par la Croix. Il n’y a pas de sainteté sans renoncement et sans combat spirituel» (Catéchisme n. 2015; 2516). Cela se comprend bien si on se rappelle l’image de la compétition olympique que j’ai évoquée au début de ma lettre: l’athlète ne peut parvenir à la médaille d’or sans efforts et renoncements, sans tenir compte de ses propres fragilités. Pour sa part, le disciple de Jésus sait que sa nature est affaiblie par le péché originel, dont les racines, qu’on appelle ‘péchés capitaux’, sont présentes en chaque personne (Catéchisme n. 1866) : « Ignorer que l’homme a une nature blessée, inclinée au mal, donne lieu à de graves erreurs dans le domaine de l’éducation, de la politique, de l’action sociale et des mœurs » (Catéchisme n. 407). Le combat spirituel se situe donc d’abord à l’intérieur de chacun de nous, affaibli, fragilisé. « L’homme doit sans cesse combattre pour s’attacher au bien; et non sans grands efforts, avec la grâce de Dieu, il parvient à réaliser son unité intérieure » (Catéchisme n. 409, citation de Gaudium et Spes no. 37 § 2).


45- Je voudrais maintenant m’arrêter sur le lieu où nous devons réaliser notre sanctification : nous devons acquérir la sainteté dans notre vie quotidienne, dans ce qu’on appelle le devoir  d’état. «Tous les fidèles du Christ sont invités et tenus à chercher et à atteindre la sainteté et la perfection propre à leur état » (Lumen Gentium n. 42). On est une personne célibataire ou mariée, un ministre de l’Église, un religieux ou une religieuse; on a tel ou tel âge, telle ou telle santé; on exerce telle ou telle profession. C’est à l’intérieur de  ces éléments qu’on cherche la sainteté : devenir un saint époux ou une sainte épouse, de saints parents, un saint prêtre ou diacre ou évêque, un saint religieux ou une sainte religieuse, un saint étudiant, une sainte infirmière, un saint camionneur, une sainte avocate. La sainteté a des effets même sur le plan simplement humain : « Dans la société terrestre elle-même, cette sainteté contribue à promouvoir plus d’humanité dans les conditions d’existence » (LG 40).


46- Dans cette ligne,  je pense à une histoire que j’ai lue quelque part et qui peut apporter un certain éclairage.  Trois hommes travaillaient dans un chantier. Quelqu’un leur demande de décrire leur travail. Le premier répond : « Je taille des pierres ». Le second dit : « Je gagne le pain pour ma femme et pour mes enfants ». Le troisième déclare : «Je construis une cathédrale pour mon Dieu ». Ainsi, les trois font le même travail; le premier s’arrête sur la description matérielle : tailler des pierres, avec tel et tel instrument, tel nombre d’heures, tel salaire. Le second, qui fait le même travail, y met un peu plus de cœur : il voit la dimension sociale de son œuvre : il est habité par l’amour de sa femme et de ses enfants; lors des moments de fatigue, il peut puiser dans cet amour une énergie nouvelle. Le troisième assume sans doute les propos des deux premiers : mais il voit aussi une dimension spirituelle, la présence de Dieu.


47- Cette petite histoire peut nous aider à comprendre concrètement comment vivre la sainteté au quotidien, dans le devoir d’état. Chacun a son travail : une tâche précise à exécuter, un nombre d’heures à travailler, un contrat à respecter; à ce niveau, le disciple de Jésus démontre compétence et justice, faisant ce qu’on attend de lui. Il peut aussi mettre davantage de cœur: établir des liens avec les autres personnes, les traiter comme des frères et sœurs, apporter sa contribution et respecter la leur. Il peut finalement donner une dimension spirituelle : avoir conscience de remplir la mission que Dieu a confiée à l’humanité (dominez la terre et soumettez-la), dans la joie de préparer le monde nouveau.


48- Application spirituelle :

a. Prendre conscience de l’invitation du Seigneur à imprégner de sa présence tout mon être et toute ma vie : ma famille, mon travail, mes loisirs.

b. Accepter le combat spirituel.

c. En me rappelant les sept péchés capitaux (orgueil, avarice, impureté, envie, gourmandise,  colère, paresse), identifier celui qui me trouble le plus; quels moyens je prends pour qu’il ne domine pas.

d. Vivre mon devoir d’état en présence de Dieu : comme personne célibataire ou mariée, prêtre ou religieuse, dans ma profession, mon âge, ma santé, mes conditions matérielles.

e. Exercer ma profession avec un esprit chrétien.


VI- Je crois à la communion des saints


49- Nous connaissons tous cet article du ‘Je crois en Dieu’. Comme catholiques, nous savons que les saints et les saintes occupent une place fondamentale dans la foi ; ils et elles en illustrent la beauté et les effets. Lors de leurs fêtes, la préface de la messe le proclame clairement : « Dans leur vie, tu nous procures un modèle ; dans la communion avec eux une famille; dans leur intercession un appui ». Les saints démontrent qu’il est effectivement possible de parvenir à la sainteté ; nous pouvons alors nous laisser inspirer par leur exemple. Ils et elles vivent désormais et pour toujours en Dieu ; cependant nous leur sommes unis, parce que nous sommes membres de la même famille. Ils et elles sont nos frères et sœurs qui ont réussi : nous pouvons compter sur leur appui, car ils prient pour nous qui sommes encore dans la lutte et l’effort. La préface poursuit dans la même veine: « afin que soutenus par cette foule immense de témoins, nous courions jusqu’au bout l’épreuve qui nous est proposée et recevions avec eux l’impérissable couronne de gloire ».  Nous sommes dans la course du stade, dans le temps de la lutte et de l’effort ; ils nous encouragent dans la poursuite de la médaille d’or qu’ils et elles ont obtenue ! 


50- À chaque messe, nous exprimons notre communion avec les saints et les saintes. Au début, dans le ‘je confesse à Dieu’, nous leur demandons leur intercession pour échapper au poids du péché ; au Sanctus, nous nous unissons à eux et aux anges pour chanter la gloire du Dieu trois fois saint; au cours de la prière eucharistique, nous en mentionnons certains de manière plus explicite: la Vierge Marie, saint Joseph, les apôtres, les martyrs, les saints du  jour. Tout au cours l’année liturgique, l’Église les honore, en général au jour anniversaire de leur décès, appelé ‘dies natalis’,  jour de leur naissance définitive au ciel ; un livre, le martyrologe, offre chaque jour de nombreuses figures de saints et saintes, de tout âge, de toute condition sociale, race, époque.


51-  Parmi les saints, l’Église accorde évidemment une place primordiale à la Sainte Vierge, Mère de Dieu. Du haut de la Croix, Jésus nous l’a donnée comme Mère (Jn 19, 27) : à la suite de saint Jean, nous sommes invités à la prendre chez nous (ibid.). L’Église reconnaît en elle une « sainteté éclatante, absolument unique » (Catéchisme n. 492) ; elle « est pour l’Église le modèle de la foi et de la charité. Par là elle est un membre suréminent et  absolument unique de l’Église ; elle constitue même la ‘réalisation exemplaire’ de l’Église » (Catéchisme n. 967). Il n’est donc pas étonnant qu’elle occupe une place importante dans le calendrier liturgique : l’Église souligne ainsi son Immaculée Conception (8 décembre), sa nativité (8 septembre), son saint nom (12 septembre), sa présentation au temple (21 novembre), sa maternité divine (1er janvier), sa charité (Visitation : 31 mai), ses souffrances (Notre-Dame des douleurs : 15 septembre), son cœur immaculé (juin), son Assomption (15 août) ; Marie Reine (22 août); d’autres fêtes rappellent ses grâces que son intercession nous obtient, en lien avec sa demande aux Noces de Cana (Jn 2, 1-12) : Notre-Dame de Lourdes (11 février), Notre-Dame de Fatima (13 mai) ; Notre-Dame du Mont Carmel (16 juillet); Notre-Dame du Rosaire (7 octobre). Chaque samedi est un jour marial. Le mois de mai lui est consacré, ainsi que celui d’octobre qui honore le Rosaire. Le chapelet en effet, avec les mystères joyeux, douloureux, glorieux et lumineux, nous fait entrer dans le mystère de Jésus avec les yeux et le cœur de Marie « qui méditait tous ces événements »,  nous dit saint Luc (Lc 2, 19. 51). D’innombrables églises sont érigées en son honneur ; plusieurs nations ont un sanctuaire marial national (au Canada, il se trouve au Cap de la Madeleine). Chaque église possède sa statue de la Sainte Vierge. Bien des femmes portent son nom. 


52- Nous sommes ainsi invités à honorer la Sainte Vierge, Mère de Dieu, toute sainte, notre Mère. Saint Joseph occupe aussi une place importante, lui qui a été l’époux de Marie et le père adoptif de ’Enfant Jésus. Nous nous laissons inspirer également par les apôtres, les martyrs, les pasteurs, les vierges, les époux canonisés ; nous n’oublions pas non plus les personnes de notre entourage, non encore canonisées, dont l’exemple de vie chrétienne authentique nous interpelle. 


53- Nous honorons également nos saints patrons : d’abord saint Joseph (patron de l’Église universelle et de l’Église du Canada) et les saints martyrs canadiens (patrons secondaires du Canada) ; saint Antoine de Padoue (patron du diocèse), les patrons de nos paroisses et les saints ou saintes dont nous portons le nom.  «Le patronage du saint offre un modèle de charité et assure de son intercession. Les parents, les parrains et le curé veilleront à ce que ne soit pas donné de prénom étranger au sens chrétien» (Catéchisme n. 2156 ; cf Canon  855). J’ai connu des gens qui, au moment de leur confirmation, ont ajouté à leur prénom usuel le nom d’un saint ou d’une sainte dont ils ou elles désiraient s’inspirer dans leur vie. 


54- Les paroisses actuelles du diocèse offrent à notre vénération les figures suivantes : d’abord  la Très Sainte Trinité (Englehart); puis Notre Seigneur Jésus Christ : Holy Name of Jesus (Kirkland Lake), Très Saint Rédempteur (Holtyre), Sacré Coeur de Jésus (New Liskeard), Sacred Heart of Jesus(Timmins), Nativity of our Lord (Elk Lake), Sainte-Croix (Haileybury). La Sainte Vierge est bien honorée aussi : Immaculée-Conception (Val-Gagné), Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie (Kirkland Lake), Marie Reine du Monde (Matheson), Notre-Dame-de-Bon-Secours (Belle-Vallée), Our Mother of Perpetual Help (New Liskeard), Notre-Dame-du-Lac (Larder  Lake), Notre-Dame de la Paix (Timmins), Our Lady Queen of Poland (Timmins). D’autres membres de la famille humaine de Jésus sont aussi mis en évidence : saint Joseph (Timmins), sainte Anne (Iroquois Falls), saint Joachim (South Porcupine), saint Jean Baptiste (Earlton); un apôtre : saint Pierre (Virginiatown). On trouve aussi un diacre (saint Laurent : Ramore), deux prêtres (saint Antoine de Padoue : cathédrale et diocèse; et saint Dominique (Timmins), des prêtres et des laïcs (les saints Martyrs Canadiens : Iroquois Falls), un évêque (saint Patrick : Cobalt).


55- Nous pouvons développer une intimité spirituelle avec un saint ou une sainte, connaître sa vie, pour nous en laisser inspirer, pour en faire nos compagnons de route.  Nous pouvons redire avec l’Église la préface II pour les saints : «  Tu ravives les forces de ton Église; leur exemple nous stimule, leur prière fraternelle nous aide à travailler pour que ton règne arrive ».


56- Application spirituelle :

a. Connaître et entrer dans le projet de Dieu sur nous : devenir saints et saintes dans le Christ, par lui et avec lui, grâce à son Esprit de sainteté.

b. Méditer les paroles de saint Jean de la Croix : « O âmes créées pour de telles grandeurs! ô vous qui êtes appelées à les posséder ! Que faites-vous ? A quoi vous occupez-vous? Les yeux de votre âme ne voient plus ! En présence d’une lumière si éclatante vous restez aveuglés ! Quand des voix si puissantes se font entendre, vous restez sourds! »,  (Cantique spirituel, cité à l’office des lectures, vendredi 18). 

c. Accentuer notre vie de prière : reprendre ma lettre pastorale du carême 2013 qui en rappelle l’importance et les formes variées.

d. Puiser notre sanctification à sa source : les sacrements de baptême, confirmation, mariage, ordre, pénitence, eucharistie, onction. 

e. Imiter le Christ dans notre vie quotidienne, dans notre devoir d’état.

f. Reconnaître la sainteté présente chez nos frères et sœurs.

g. Nous laisser inspirer par et compter sur l’intercession de la sainte Vierge, des saints patrons. 


Ce sont les saints et les saintes qui constituent le vrai visage de l’Église, une, sainte, catholique et apostolique.  


Puissions-nous devenir ce visage ici et maintenant, pour construire l’Église de demain. 


Serge Poitras

Évêque de Timmins



21 janvier 2017, fête de sainte Agnès, martyre en 305, à l’âge de 12 ans.