Lettre pastorale

«Visite pastorale : réflexions sur l'avenir»


Automne 2016


D'octobre 2014 à novembre 2015, j’ai effectué la visite pastorale du diocèse. Cela m’a permis de connaître de plus près nos communautés paroissiales, leur vie concrète, avec ses richesses et ses défis. Plusieurs fidèles m’ont confié que cette visite avait été aussi pour eux l’occasion
d’un échange plus profond avec les autres personnes engagées dans leur communauté : trop souvent en effet, nous voyons de manière superficielle les gens que nous croisons régulièrement, nous ne connaissons pas leurs valeurs et leurs désirs les plus profonds. Les gens ont bien voulu
s’ouvrir pour partager personnellement leurfoi; ce fut un réel cadeau pour moi et, j’en suis convaincu, pour les autres participants et participantes; ce fut un moment qui réchauffe le coeur et nous relance sur notre route avec le Seigneur (cf. Lc 24, 32).


Suite à ma visite, j’ai envoyé à chaque paroisse un rapport dans lequel j’ai exprimé mes perceptions et proposé quelques pistes de réflexion. J’ai pensé qu’un tel exercice à l’échelle du diocèse pourrait intéresser l’ensemble des fidèles, d’autant plus que nous avons célébré cette année le centenaire du diocèse: nous avons pris davantage conscience de l’oeuvre remarquable de ceux et celles qui ont construit la société et l’Église dans
lesquelles nous vivons. Ce regard sur le passé, qui nous incite à la reconnaissance, nous invite aussi à nous tourner vers l’avenir : quel héritage voulons-nous laisser à nos enfants ? Quelle Église voulons-nous construire ?

Par ma présente lettre, je désire donc d’une part faire écho à ma visite pastorale et, d’autre part, inviter chaque fidèle et chaque communauté à réfléchir sur l’avenir de l’Église que nous sommes appelés à construire ici et maintenant.

I- Quelques considérations sur notre Église diocésaine

1- Tout au cours de ma visite, j’ai rencontré des gens heureux de leur foi et, en lien avec les priorités pastorales des deux dernières années, soucieux d’être une Église catholique plus visible et plus dynamique. Les paroisses, grandes ou petites, expriment ce que j’appelle une « volonté de vivre » : pour tous, la paroisse et l’église paroissiale demeurent des éléments importants de la vie de la société et de
l’Église; elles sont des points de repère majeurs, une ressource constante. On s’interroge évidemment sur l’avenir : devant l’absence régulière des nouvelles générations, on se demande qui prendra la relève. Dans quelques années quel visage l’Église aura-t-elle en notre coin de pays? Combien de temps encore pourrons-nous entretenir nos églises qui exigent toujours plus de dépenses, assumées généreusement par un nombre décroissant de donateurs?

a- Au service des communautés, j’ai rencontré les prêtres, avec leurs collaborateurs et collaboratrices : diacres, personnes mandatées en pastorale, secrétaires, préposés à l’entretien des lieux. Ces personnes gèrent la vie quotidienne des paroisses, leurs requêtes et leurs besoins diversifiés : accompagnement des personnes, célébrations liturgiques, entretien des immeubles... Là aussi, on se soucie de l’avenir : qui servira nos communautés dans quelques années ?

b- En plus de ce personnel stable, nos paroisses peuvent compter sur les précieux et indispensables services de bénévoles dévoués, impliqués dans la préparation sacramentelle, la liturgie, l’attention aux pauvres, aux personnes seules, malades ou âgées. D’autres servent avec compétence et générosité dans les Conseils paroissiaux : conseil de pastorale, conseil des affaires économiques, comités (liturgie, malades…) Des mouvements, comme les Chevaliers de Colomb, les Filles d’Isabelle, le Catholic Women’s League, Mess’aje, contribuent aussi au bien
commun. Certaines paroisses offrent aux fidèles différents programmes de formation spirituelle. Partout se pose la question de la relève.

c- Nos communautés présentent des visages culturels distincts : francophones, anglophones, premières nations, autres nationalités. En relation quotidienne les unes avec les autres, elles sont bien organisées, autour d’un noyau de personnes convaincues, impliquées, généreuses.

d- J’ai visité nos édifices religieux: églises, presbytères, salles paroissiales, ainsi que les quelques cimetières que nous gérons toujours.

e- J’ai eu aussi la chance de visiter nos écoles catholiques, primaires et secondaires; j’ai pu apprécier les convictions chrétiennes de la direction et du personnel; j’ai dialogué avec les jeunes dont plusieurs avaient préparé des questions.

f- Bien qu’elles ne soient pas sous notre responsabilité immédiate, j’ai visité les résidences de personnes âgées, de même que les hôpitaux et des centres d’hébergement; j’ai noté le respect accordé à la dimension catholique des bénéficiaires et des intervenants; j’y ai croisé de nombreux bénévoles.

g- En certains milieux, j’ai pu découvrir les ressources locales de travail, de détente, les industries, les commerces, les installations sportives, touristiques, culturelles, la complexité des aménagements urbains, certains problèmes sociaux… En fait, l’Église est incarnée dans le monde concret, qui se situe par rapport à elle en différentes zones de proximité ou de distance (‘périphérie’, comme dirait le Pape François).

A ma connaissance, il n’existe pas de ‘fidomètre’, un appareil qui mesurerait le degré de foi, comme le thermomètre qui donne la température ambiante. Cependant, certains indices révèlent la vitalité de la foi. La visite pastorale m’a donc permis, ainsi qu’aux personnes que j’ai rencontrées, d’en percevoir quelques-uns.

2- La foi est annoncée. Des chrétiens et chrétiennes témoignent de leur foi en vivant l’Évangile au quotidien; chaque jour nous croisons des gens qui se laissent transformer par le Seigneur, dans le don, le service, le pardon, l’attention aux misères de toutes sortes. Ces gens le font sans aucune prétention, naturellement, en laissant jaillir de leur coeur cette source de vie qu’est le Seigneur.

La foi est annoncée aussi par la liturgie et, de façon spéciale, par l’homélie dans laquelle les prêtres et les diacres expliquent la Parole de Dieu. Dans nos écoles catholiques, l’enseignement religieux communique aux jeunes les différentes facettes de la foi; l’animation pastorale leur permet de vivre des expériences significatives. La préparation aux sacrements (baptême, eucharistie, pardon, confirmation, mariage) constitue un élément majeur d’évangélisation; une liturgie adaptée aux enfants leur permet d’approfondir leurs connaissances.

Le bulletin paroissial transmet des informations sur la foi et sa pratique; plusieurs sites internet alimentent aussi la faim spirituelle des fidèles.

L’équipe de nouvelle évangélisation a amorcé ses rencontres et propose aux paroisses des expériences de foi.

3- La foi est célébrée. Pour de nombreuses personnes, la liturgie est le point principal, sinon unique, de contact avec la communauté chrétienne : en plus de la messe dominicale ou quotidienne, plusieurs viennent à l’église pour des événements particuliers : funérailles, mariages, premières communions, confirmations… C’est là une excellente opportunité pour l’évangélisation. Les paroisses offrent des moments d’adoration eucharistique, la récitation du chapelet, le chemin de la croix. Plusieurs personnes s’engagent dans la préparation et l’animation des liturgies : accueil à l’église, proclamation de la Parole de Dieu, chant, musique, cueillette des offrandes, distribution de la communion (à l’église ou auprès des personnes malades ou âgées)…

Les horaires des célébrations ne sont pas toujours faciles à fixer, en particulier dans les paroisses où un prêtre doit desservir plusieurs communautés et églises, avec les exigences linguistiques et les distances.

4- La foi est vécue. Je signalais plus haut le témoignage quotidien des fidèles qui démontrent que leur foi transforme leur vie, car elle est un principe nouveau qui change le monde, en y infusant le dynamisme de la grâce. Cela s’effectue d’abord dans la vie quotidienne: la vie de couple, de famille, le travail, la détente.

La foi se vit aussi dans le service des autres. L’année sainte de la miséricorde et ma Lettre pastorale de l’automne dernier ont invité à ouvrir les yeux, les coeurs et les mains sur les misères de toutes sortes. De nombreux bénévoles s’engagent à visiter les personnes malades ou handicapées ou âgées, chez elles, dans les hôpitaux, dans les résidences spécialisées, en se plaçant à leur service sur le plan humain comme sur le plan spirituel. Ces personnes s’offrent pour les nécessités quotidiennes (toutes sortes d’achats), faire du ménage, accompagner lors des visites chez le médecin. On collecte des vêtements, on collabore avec les banques de nourriture, souvent en union avec des non catholiques, on confectionne des paniers de Noël. On se soucie des personnes en prison.

Les communautés entretiennent le dialogue et le partage : entre paroisses, entre groupes linguistiques (francophones, anglophones, allophones, premières nations).

5- Application spirituelle :

a. Remercions le Seigneur pour toutes ces personnes qui sont engagées dans leur foi catholique et rayonnent de charité.
b. Remercions directement ces personnes qui servent généreusement la communauté, l’Évangile, l’Église. Un merci ne coûte pas cher !
c. Demandons-nous personnellement comment rendre notre foi plus convaincue, plus visible, plus dynamique; cherchons nos propres lieux d’engagement.

Après ces considérations sur la vie chrétienne au diocèse de Timmins et ses richesses, nous sommes invités à nous tourner vers l’avenir, à regarder les défis qui nous attendent. Nous voulons en effet transmettre la foi catholique, de sorte qu’elle continue d’être une inspiration pour la vie du monde. Pour y parvenir, nous nous laisserons interpeller par la Parole de Dieu ainsi que par des réflexions de notre Saint-Père le Pape François dans son Exhortation Apostolique post-synodale Evangelii Gaudium (EG), en date du 24 novembre 2013.

II- Pour construire l’Église aujourd’hui : puiser aux sources de la foi

L’Église est le Corps du Christ. Si nous voulons collaborer à sa construction dans notre coin de pays, il nous faut repartir du mandat que le Seigneur lui-même a donné à ses apôtres. Au moment de les quitter et de retourner dans la gloire de son Père, il leur dit en effet: « Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 19-20).


6- La première condition pour construire l’Église comme le Seigneur la veut, c’est d’être son disciple. Un disciple, c’est quelqu’un qui se laisse inspirer par un maître qu’il choisit et qu’il cherche à suivre de près. En ce sens les gens prennent des modèles, des leaders : politiciens, philosophes, prophètes, gourous, vedettes, entraîneurs, qui deviennent sources d’inspiration dans leur vie quotidienne; il serait intéressant d’identifier ces différents modèles que suivent nos contemporains et surtout de regarder les résultats qu’ils suscitent.

a- Comme catholiques, nous sommes les disciples de Jésus ! Nous croyons qu’il est le ‘chemin, la vérité, la vie’ (Jn 14, 6); à la suite de saint Pierre, nous lui disons : « Seigneur, à qui irions-nous? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons et nous savons que tu es le Saint de Dieu » (Jn 6, 68-69).

b- C’est lui que nous suivons, c’est lui qui inspire nos vies, lui qui est venu nous révéler que Dieu est notre Père, lui qui nous a aimés jusqu’à mourir sur la Croix, lui qui est ressuscité d’entre les morts et nous offre d’entrer dans la vie éternelle.

c- L’Église est la famille de ceux qui acceptent de suivre Jésus, de marcher sur ses traces. Personne ne peut donc construire l’Église sans une forte adhésion personnelle au Christ.

d- Application spirituelle :

a. Où en suis-je dans mon lien personnel avec Jésus?
b. Est-il vraiment celui qui m’inspire constamment, celui que j’essaie de suivre à tout instant ?
c. Redire lentement le ‘Je crois en Dieu’.

7- Jésus demande de baptiser ses disciples «au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit ». Ainsi le baptême est nécessaire. Cependant il ne faut pas le voir simplement comme un rite; au contraire, il faut le comprendre dans son sens profond : être baptisé, c’est s’engager envers Dieu (I Pi 3, 22), c’est être immergé dans le mystère de Dieu, comme le nageur qui plonge dans le lac; c’est entrer en relation intime avec Dieu, qui est Père, Fils et Esprit-Saint; c’est le rencontrer personnellement. Car la foi chrétienne n’est pas
d’abord un ensemble de règles ou d’interdictions; elle est la rencontre de deux amours : l’amour de Dieu qui cherche chaque personne pour lui offrir le vrai bonheur, l’amour pour Dieu en qui chaque personne trouve sa réalisation parfaite.

Nous pouvons nous demander où nous en sommes dans notre histoire personnelle d’amour avec Dieu, avec ses hauts et ses bas, avec ses joies et ses difficultés.

8- Après avoir rencontré le Seigneur, le véritable disciple de Jésus ne peut faire autrement qu’être missionnaire. Le Pape François rappelle cela clairement: «Tout chrétien est missionnaire dans la mesure où il a rencontré l’amour de Dieu en Jésus Christ …. La samaritaine, à peine eut-elle fini son dialogue avec Jésus, devint missionnaire, et beaucoup de samaritains crurent en Jésus ‘à cause de la parole de la femme’ (Jn 4, 39). Saint Paul aussi, à partir de sa rencontre avec Jésus Christ, ‘aussitôt se mit à prêcher Jésus’ (Act 9, 20). Et nous, qu’attendons-nous ?» (EG 120)

9- Si notre rencontre avec le Seigneur est réelle et profonde, nous désirerons que les autres le connaissent aussi; nous désirerons leur offrir ce trésor qui habite nos coeurs. «La première motivation pour évangéliser, écrit le Pape, est l’amour de Jésus que nous avons reçu, l’expérience d’être sauvés par lui qui nous pousse à l’aimer toujours plus. Mais quel est cet amour qui ne ressent pas la nécessité de parler de l’être aimé, de le montrer, de le faire connaître ? Si nous ne ressentons pas l’intense désir de le communiquer, il est nécessaire de prendre le temps de lui demander dans la prière qu’il vienne nous séduire. Qu’il est doux d’être devant un crucifix, ou à genoux devant le Saint-Sacrement, et être simplement sous son regard ! Quel bien cela nous fait qu’il vienne toucher notre existence et nous pousse à communiquer sa vie nouvelle ! Par conséquent, ce qui arrive, en définitive, c’est que ’ce que nous avons vu et entendu, nous l’annonçons’ (1 Jn 1, 3). Si nous l’abordons de cette manière, sa beauté nous surprend, et nous séduit chaque fois. Donc, il est urgent de retrouver un esprit contemplatif, qui nous permette de redécouvrir chaque jour que nous sommes les dépositaires d’un bien qui humanise, qui aide à mener une vie nouvelle. Il n’y a rien de mieux à transmettre aux autres » (EG 264).

10- Dans le monde, certaines gens proposent aisément la voie du mal. De leur côté, des catholiques peuvent être hésitants et timides pour proposer la foi, craignant peut-être d’imposer quelque chose aux autres ! En fait, les gens sont en recherche spirituelle; nous avons un
trésor à leur partager, un trésor que plusieurs attendent sans même le savoir : « Parfois, écrit le Pape, nous perdons l’enthousiasme pour la mission en oubliant que l’Évangile répond aux nécessités les plus profondes des personnes, parce que nous avons tous été créés pour ce que l’Évangile nous propose : l’amitié avec Jésus et l’amour fraternel. Quand on réussira à exprimer adéquatement et avec beauté le contenu
essentiel de l’Évangile, ce message répondra certainement aux demandes les plus profondes des coeurs. Le missionnaire est convaincu qu’il existe déjà, tant chez les individus que chez les peuples, grâce à l’action de l’Esprit, une attente, même inconsciente, de connaître la vérité  sur Dieu, sur l’homme, sur la voie qui mène à la libération du péché et de la mort. L’enthousiasme à annoncer le Christ vient de la  conviction que l’on répond à cette attente
» (EG 265).

11- Comment être ces disciples-missionnaires ? Par notre vie quotidienne d’abord et avant tout. Le Pape précise : « Être disciple, c’est avoir la disposition permanente de porter l’amour de Jésus aux autres, et cela se fait spontanément en tout lieu : dans la rue, sur la place, au travail, en chemin » (EG 127).

a- Cela débute par l’attention à l’autre personne, l’écoute bienveillante, à la manière de Jésus qui accompagne les disciples d’Emmaüs (Lc 24, 15). Le Pape décrit ainsi cette attitude : « Le premier moment consiste en un dialogue personnel, où l’autre personne s’exprime et partage ses joies, ses espérances, ses préoccupations pour les personnes qui lui sont chères, et beaucoup de choses qu’elle porte dans son coeur » (EG 128). Apprendre à regarder, à écouter.

b- Le deuxième pas consiste à proposer le message évangélique dans toute sa beauté : « C’est seulement après cette conversation, qu’il est possible de présenter la Parole, que ce soit par la lecture de quelque passage de l’Écriture ou de manière narrative … toujours en rappelant l’annonce fondamentale : l’amour personnel de Dieu qui s’est fait homme, s’est livré pour nous, et qui, vivant, offre son salut et son amitié » (EG 128). Annoncer à l’autre personne que Dieu s’intéresse à elle, quelle que soit sa situation !

c- Finalement, conclut le Pape, « si cela semble prudent et si les conditions sont réunies, il est bon que cette rencontre fraternelle et missionnaire se conclue par une brève prière qui rejoigne les préoccupations que la personne a manifestées. Ainsi, elle percevra mieux qu’elle a été écoutée et comprise, que sa situation a été remise entre les mains de Dieu, et elle reconnaîtra que la Parole de Dieu parle réellement à sa propre existence » (EG 128). Prier pour l’autre personne, la placer dans les mains du Seigneur, de sorte que son Esprit-Saint l’éclaire !

12- Les disciples de Jésus sont missionnaires et ne peuvent se contenter de rester dans leurs bulles de confort. Jésus les envoie à ‘toutes les nations’.

a- Le Pape François reprend cette même exigence avec le mot ‘périphéries’ : il nous faut aller rejoindre les personnes et les zones plus ou moins éloignées qui ont besoin de la lumière de l’Évangile (EG 20). Nous pouvons ainsi proposer le Christ et son Évangile aux pratiquants réguliers, aux personnes qui ont pris leurs distances, et à celles qui ne connaissent pas l’Évangile ou le rejettent (EG 14).

b- Dans notre région, on trouve plusieurs ‘nations’ : francophones, anglophones, autochtones, allophones. Plusieurs partagent la même foi catholique et fréquentent nos paroisses : nous sommes invités à nous connaître, à apprécier nos héritages culturels distincts, à nous respecter, à bâtir des ponts les uns vers les autres.

c- Nous rencontrons aussi des personnes et des communautés qui ne sont pas catholiques (dénominations protestantes, Mennonites, Mormons, Musulmans…). Sur chacune nous portons le regard bienveillant de Dieu lui-même.

13- Notre approche missionnaire suppose en fait une mentalité de ‘semeurs. Jésus la décrit bien dans l’évangile de saint Matthieu (Mt 13, 3-23) : le semeur jette abondamment la semence, tout en sachant qu’elle rencontrera différents terrains : réceptifs, encombrés ou fermés; elle sera en concurrence avec la mauvaise herbe (Mt 13, 24-29).

a- Le Pape écrit dans le même sens : « La parole a en soi un potentiel que nous ne pouvons pas prévoir. L’Évangile parle d’une semence qui, une fois semée, croît d’elle-même, y compris quand l’agriculteur dort (cf. Mc 4, 26-29). L’Église doit accepter cette liberté insaisissable de la Parole, qui est efficace à sa manière, et sous des formes très diverses, telles qu’en nous échappant elle dépasse souvent nos prévisions et bouleverse nos schémas » (EG 22). Le disciple de Jésus ne peut se dispenser d’être un semeur, confiant en la valeur du grain et en sa capacité de fructifier au moment opportun.

b- Saint Paul s’exprime ainsi: « J’ai planté; Apollos a arrosé; mais c’est Dieu qui donnait la croissance. Donc celui qui plante n’est pas important, ni celui qui arrose; seul est important celui qui donne la croissance : Dieu » (I Co 3, 6-7).

c- Application spirituelle :

a. Je dois être missionnaire dans ma vie quotidienne : comment est-ce que j’exprime mes convictions chrétiennes ?
b. Chaque jour, je rencontre des gens qui sont familiers de l’Évangile, d’autres plus éloignés ou même réticents. Comment je les approche ?
c. Je vis avec des personnes d’autres cultures. Quels ponts est-ce que je construis des ponts pour les rejoindre ?
d. Jésus me demande d’être un semeur, qui souvent ne voit pas le grain pousser : « Nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment » (Mc 4, 27). Suis-je un semeur ? un semeur confiant?
e. Méditer sur ces paroles de saint Paul : « A semer trop peu, on récolte peu; à semer largement, on récolte largement » (2 Co 9, 6).


III- Quatre pôles de la vie de l’Église

Le livre des Actes des Apôtres raconte comment les premiers disciples ont appliqué le mandat de Jésus, rappelé en saint Matthieu (28, 19-20). Écoutons la prédication de saint Pierre :
« Convertissez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ pour le pardon de ses péchés ; vous recevrez alors le don du Saint-Esprit… Par bien d’autres paroles encore, Pierre les adjurait et les exhortait en disant : « Détournez-vous de cette génération tortueuse, et vous serez sauvés. »

Alors, ceux qui avaient accueilli la parole de Pierre furent baptisés. Ce jour-là, environ trois mille personnes se joignirent à eux.

Ils étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » (Act 2, 38-42).
es Apôtres invitent donc les gens à entrer en contact avec Jésus par le baptême, à recevoir son Esprit, à changer de vie.

Saint Luc mentionne quatre éléments qui décrivent la première communauté chrétienne: assiduité à l’enseignement des apôtres, à la communion fraternelle, à la fraction du pain, aux prières. Elles conservent une valeur permanente et doivent nous inspirer encore aujourd’hui; elles sont comme les quatre roues d’une voiture : si l’une fait défaut, la voiture ne peut plus avancer. Regardons-les de plus près; nous pourrons ainsi vérifier dans quelle mesure nos paroisses actuelles sont conformes à la première communauté chrétienne; nous pourrons voir quels ajustements nous devons opérer pour répondre à notre vraie mission en Église.

A- La fidélité à l’enseignement des Apôtres

14- Le message du Christ nous a été transmis depuis les Apôtres, pendant 2000 ans sans interruption. Il comprend l’Ancien Testament qui l’avait préparé, puis les quatre évangiles et les écrits des apôtres, lesquels, inspirés par l’Esprit-Saint, nous l’ont communiqué. L’Église en présente les diverses facettes par la vie des saints et saintes, la liturgie, le Magistère.

15- La parole de Dieu est proclamée dans les célébrations liturgiques; elle est commentée dans l’homélie qui en décrit les effets dans nos vies quotidiennes. Les théologiens et auteurs spirituels en étudient certains aspects particuliers; des groupes de réflexion aident à approfondir nos connaissances et notre compréhension. De nombreuses publications sont une ressource précieuse à cet égard, de même que des sites internet spécialisés. Dans cette masse de messages, le Magistère de l’Église constitue le phare sûr pour nous guider. J’encourage les fidèles à perfectionner leurs connaissances de la Parole de Dieu, du message de Jésus.

16- L’enseignement des Apôtres doit être offert aux nouvelles générations. Elles ont besoin d’entendre la Parole de Dieu, d’être mises en contact avec le Seigneur, de rencontrer des témoins qui les conduisent au Christ. A cet égard, la famille occupe la place primordiale : les parents et les grands-parents, les parrains et marraines ont la grande responsabilité d’être les premiers évangélisateurs de leurs enfants. C’est dans la famille en effet que se font les premiers apprentissages de la foi; c’est là qu’on apprend à prier, à connaître Jésus, à vivre comme lui, à partager, à s’entraider, à s’ouvrir aux autres. Les jeunes ont besoin de voir que la foi inspire nos vies de chaque jour. Plusieurs  reconnaissent que le témoignage de foi de leurs parents ou grands-parents les a marqués.

17- Les paroisses sont un lieu majeur pour la transmission de la foi : c’est là que, dès ses premières années, le jeune enfant fait l’expérience de la communauté chrétienne, constituée de personnes de tous les milieux et de tous les âges, rassemblées par leur foi dans le Seigneur et soucieuses de vivre à sa manière. La paroisse accompagne les personnes à toutes les étapes de leur vie, de la naissance au décès, en passant par toutes sortes d’événements, certains réguliers (comme le rassemblement dominical), d’autres plus occasionnels (première communion, première confession, confirmation, graduation, mariage…); en certaines paroisses, les jeunes assument des responsabilités liturgiques (service de l’autel, lectures, chant, musique); lors de la préparation aux sacrements, ils rencontrent de plus près diverses personnes engagées, ils découvrent d’autres facettes de la vie ecclésiale. Les parents sont invités à mettre leurs enfants en contact avec la paroisse et ses activités.

18- De leur côté, nos écoles catholiques remplissent un rôle essentiel dans l’évangélisation de nos jeunes. Elles dispensent en effet un enseignement qui permet progressivement aux jeunes de connaître le Seigneur, l’ensemble du message évangélique, les différentes composantes de la foi (prière, liturgie, engagement); elles aménagent des moments de prière et de célébration, elles offrent des activités d’apprentissage des valeurs chrétiennes (foi, espérance, charité, respect de l’autre, accueil, don, pardon, partage, service, gratuité..).

a- La direction, le personnel enseignant et de soutien, les animateurs et animatrices de pastorale, ont une grande influence sur les jeunes qui leur sont confiés pendant des années. Il importe donc que tout éducateur et éducatrice dans une école catholique cherche à être un témoin authentique de la foi, par une vie quotidienne imprégnée de la présence du Seigneur.

b- Les programmes d’enseignement religieux sont un lieu important de dialogue entre parents et enfants. Il est bon en effet pour les parents de connaître l’enseignement religieux qui est dispensé à leurs enfants : ils peuvent alors partager leurs propres convictions de foi, offrir un moment de prière, trouver des champs d’application. Ce dialogue est important dans les premières années comme dans
l’adolescence, alors que surgissent les grandes questions sur le sens de la vie. Je signale à ce sujet le nouveau curriculum d’éducation physique et de santé, promulgué par le Gouvernement provincial; nos écoles le présentent dans une perspective catholique qu’il importe de connaître et de promouvoir.

c- Je note avec plaisir que nos jeunes sont progressivement appelés à s’engager, de manière particulière par le bénévolat; ce faisant, ils ouvrent leurs yeux sur les autres; ils découvrent que la misère existe même dans nos milieux; ils entrent en contact avec des personnes engagées dans le service des autres; ils expérimentent la joie de donner, dont nous parle le Seigneur (Act 20, 35). Pour ne pas demeurer limités à une approche purement humaine ou philanthropique, ils doivent trouver près d’eux des personnes qui les aident à faire le lien entre ce qu’ils vivent et l’Évangile, des éducateurs et éducatrices capables d’interpréter la vie à la lumière de la foi qui suscite toujours des dépassements (Lc 24, 27).

d- Les prêtres sont les bienvenus dans nos écoles catholiques. Par leur présence régulière ils s’intègrent à la famille éducative.

e- C’est grâce à la concertation famille-paroisse-école que les jeunes pourront percevoir la beauté de la foi : une famille en lien avec l’école et la paroisse, une école qui se soucie des familles et de la paroisse, une paroisse qui rejoint les familles et intègre l’école.

f- Nous avons en Ontario la chance d’avoir des écoles confessionnelles, conformément à la Constitution Canadienne. Nous devons oeuvrer pour les maintenir, de sorte que nos jeunes puissent bénéficier d’une ambiance qui leur permette d’approfondir leur foi et
de la vivre. Nous devons préserver nos écoles catholiques; nous devons aussi garder catholiques nos écoles.

g- Application spirituelle :

a. Lire personnellement la Bible, le Catéchisme de l’Église catholique;
b. S’abonner à des revues religieuses, fréquenter des sites internet d’évangélisation;
c. Participer à des groupes locaux de formation biblique ou autre; groupes de partage spirituel…
d. Vivre l’expérience offerte par l’équipe diocésaine de la Nouvelle Évangélisation;
e. Travailler le lien famille-paroisse-école.

B- Communion fraternelle

Le deuxième pôle du visage de l’Église est la communion fraternelle. Avec la venue du Christ et son message, un principe nouveau d’existence est apparu dans le monde : à l’image de la Sainte Trinité et sous son influence, les êtres humains sont appelés à entrer en communion les uns avec les autres.

19- Cette communion se vit d’abord dans le couple et la famille : l’homme et la femme se donnent l’un à l’autre dans l’union conjugale d’où jaillissent de nouvelles vies; l’Écriture Sainte décrit bien cette réalité. La famille constitue la base de la société et de l’Église et elle mérite toute notre considération et notre engagement, afin qu’elle puisse remplir sa mission fondamentale. Elle est une « Église domestique ».

20- Les familles sont en contact les unes avec les autres, selon différents facteurs (voisinage, amitié, culture, travail, loisir, foi). Les familles croyantes se retrouvent dans l’unité de la paroisse. Le Pape François la décrit ainsi :

a- « Elle continuera à être ‘ l’Église elle-même qui vit au milieu des maisons de ses fils et de ses filles’. Cela suppose que réellement elle soit en contact avec les familles et avec la vie du peuple…

b- La paroisse est présence ecclésiale sur le territoire, lieu de l’écoute de la Parole, de la croissance de la vie chrétienne, du dialogue, de l’annonce, de la charité généreuse, de l’adoration et de la célébration. À travers toutes ses activités, la paroisse encourage et forme ses membres pour qu’ils soient des agents de l’évangélisation.

c- Elle est communauté de communautés, sanctuaire où les assoiffés viennent boire pour continuer à marcher, et centre d’un constant envoi missionnaire.

d- Mais nous devons reconnaître que l’appel à la révision et au renouveau des paroisses n’a pas encore donné de fruits suffisants pour qu’elles soient encore plus proches des gens, qu’elles soient des lieux de communion vivante et de participation, et qu’elles s’orientent complètement vers la mission » (EG 28).

21- En plus des familles, la paroisse se soucie de différentes catégories de personnes : celles qui sont seules, malades ou âgées; celles qui
sont aux prises avec des difficultés économiques, des problèmes de boisson, de drogue, de violence, d’exploitation. Elle se préoccupe des misères sous toutes ses formes, proches ou lointaines. La réalité de communion s’exprime dans un partage, une mise en commun des ressources, qui n’a pas de frontière. C’est impressionnant de voir les gens engagés à soulager les misères qu’ils croisent et aider aussi de parfaits inconnus, lors de sinistres ou cataclysmes éloignés.

22- Avec leur personnel, leurs bénévoles, les différents services qu’elles offrent, nos paroisses constituent ainsi un élément fondamental de la vie de l’Église.

a- La paroisse n’est pas un club sélect de gens qui se retrouvent ensemble à cause de leurs intérêts communs. Lieu d’accueil pour toute personne et toute situation, elle rend présente l’Église universelle qui comprend des saints et des pécheurs, des pauvres et des riches,
des savants et des simples d’esprit, des gens de diverses nationalités et de tous les âges de la vie… Elle est en contact avec les institutions qu’elle rencontre dans son voisinage: hôpitaux, résidences de personnes âgées ou malades, écoles, lieu de travail, de loisirs…

b- Elle entretient des liens avec les autres paroisses, les communautés linguistiques, les autres dénominations religieuses. À cet effet, notre diocèse regroupe les paroisses en trois régions pastorales (deux géographiques, au nord et au sud; et une linguistique, anglophone); on peut y partager les expériences et travailler des projets communs.

c- Le diocèse lui-même est lié aux autres diocèses de la province et du pays; en même temps, par son union avec le Pape, il est en lien avec l’Église universelle. Pour cette raison, un rassemblement paroissial n’est jamais clos sur lui-même : au contraire, il est ouvert à l’Église diocésaine, à l’Église universelle, à l’Église des saints.

d- La communion fraternelle demeure ainsi un élément essentiel de l’Église qui cherche à rejoindre les gens en tous les lieux et tous les temps.

e- Application spirituelle :

a. Regarder comment je vis la communion avec les personnes dans ma famille, mon milieu de travail, avec mes voisins…
b. Préciser quels ponts je construis avec les gens d’autres milieux ou cultures;
c. Identifier les différents groupes qui oeuvrent pour unir les gens; apporter ma collaboration;
d. La communion fraternelle, c’est la mise en commun des biens : indiquer les biens matériels et biens spirituels que je partage concrètement.

23- Nos églises paroissiales sont un élément important dans les villes, et peut-être encore davantage dans les villages où elles constituent un point de référence majeur. Dans un monde porté à oublier Dieu, elles sont une évangélisation palpable, une prédication immédiate: elles proclament que Dieu existe, que la communauté chrétienne se rassemble, dans les moments de joie comme dans les jours difficiles. Nos églises ne sont pas des musées, mais des lieux de vie. Merci à toutes les personnes qui travaillent à leur maintien.

24- Nos paroisses connaissent des fragilités :

a- Je pense en particulier au personnel, tant permanent que bénévole. Les personnes engagées vieillissent, doivent se retirer et ne sont pas remplacées. En fait, ce sont les fidèles qui manquent: si chaque personne baptisée prenait sa foi au sérieux, bien des difficultés disparaîtraient.

b- Les paroisses ne peuvent plus fonctionner en vase clos; elles ne sont plus en mesure d’offrir tous les services. En collaboration avec d’autres, elles pourraient peut-être se concentrer sur quelques-uns: une équipe de préparation au baptême pourrait rencontrer les parents de plusieurs paroisses; à certains endroits, les services de secrétariat pourraient être communs…

c- Certaines paroisses se trouvent en bonne condition financière, alors que d’autres vivent modestement ou vivotent. Il faudra réfléchir sur la situation économique : sensibiliser la population en général (des personnes distantes de l’Église tiennent souvent à contribuer au maintien des paroisses), augmenter les contributions lors des quêtes dominicales ou les offrandes de messes, instaurer la quête automatisée (par prélèvement bancaire pré-autorisé), quête aux funérailles, legs testamentaires… Des bénévoles travaillent déjà généreusement pour offrir des revenus supplémentaires (Bazars…).

C- Fraction du pain

Le troisième élément que mentionne saint Luc dans les Actes des Apôtres pour décrire la communauté chrétienne est ‘fraction du pain.’ C’estle nom que les premiers chrétiens utilisaient pour parler de l’Eucharistie; ils se référaient ainsi au geste de Jésus qui « prit le pain, le rompit et le donna » à ses disciples (Mt 26, 26); c’est à ce geste que les disciples d’Emmaüs l’ont reconnu au soir de Pâques (Lc 24,30-31). Dans ma Lettre pastorale du carême dernier, je me suis arrêté sur le mystère de l’Eucharistie dont plusieurs de nos frères et soeurs ne voient plus l’importance; je vous invite à y retourner. L’Eucharistie n’est pas quelque chose de secondaire dans la vie chrétienne; au contraire, elle doit se situer en son centre, puisqu’elle est le don que le Seigneur nous fait de lui-même; elle est le sacrement de l’alliance nouvelle et éternelle qu’il nous offre.

25- Sous le mot ‘fraction du pain’, je veux inclure les autres sacrements, élément essentiel dans l’Église catholique. Le Catéchisme enseigne en effet : « Les sept sacrements sont les signes et les instruments par lesquels l’Esprit Saint répand la grâce du Christ, qui est la Tête, dans l’Église qui est son Corps » (n. 774); ils sont des « signes efficaces de la grâce, institués par le Christ et confiés à l’Église, par lesquels la vie divine nous est dispensée » (n. 1131). Par les sacrements, nous sommes en communion avec le Christ.

a- Pourtant, depuis plusieurs années, les fidèles sont moins nombreux à célébrer l’eucharistie le dimanche : le taux de ‘pratique’ a considérablement baissé.

b- La même diminution se vérifie aussi avec les autres sacrements : en 1975, on a célébré 1035 baptêmes dans le diocèse; en 2015, on en compte 242 (le taux de natalité a lui aussi considérablement chuté); en 1975, il y a eu 536 mariages, contre 25 en 2015. On assiste à une augmentation du nombre de funérailles en dehors de l’église, en certains cas sans aucune forme de célébration religieuse.

c- Ces dernières années, on a réaménagé les paroisses : il y en avait 37 en 1975, contre 24 en 2015; c’est parce que moins de fidèles les fréquentent qu’on doit fermer certaines églises.

26- On observe en fait la diffusion de l’indifférence sur le plan religieux, et même un athéisme pratique. Tout en se déclarant catholiques, certains ne fréquentent plus la paroisse et l’église qu’en de rares occasions : Noël et Pâques, funérailles, premières communions. Les jeunes sont généralement absents de nos rassemblements liturgiques, sauf pour certains événements précis; très peu reviennent après leur première communion ou leur confirmation; les centres sportifs ou de divertissement sont plus fréquentés. Quant au sacrement de mariage, ses difficultés sont connues : cohabitation sans engagement, séparations, divorces, couples reconstitués, familles recomposées…

27- La situation des prêtres n’est guère reluisante non plus : ils étaient 55 en 1975, et 17 en 2015. Sans le précieux apport des confrères africains (ils sont présentement 6 dans le diocèse), 11 paroisses et 2 missions seraient privées de prêtres; aucun séminariste n’est présentement en formation.

a- La situation du diocèse dans 5 ans est grandement préoccupante : les prêtres vieillissent et ne sont pas remplacés; les plus jeunes en service sont Africains et peuvent être rappelés par leurs communautés.

b- Or les prêtres sont nécessaires à l’Église : eux seuls peuvent célébrer l’Eucharistie, pardonner les péchés, administrer l’onction des malades, confirmer en certaines occasions. Aurons-nous une Église sans prêtres?

c- Je suis convaincu que le Seigneur continue d’appeler au sacerdoce; mais je pense aussi que certains appelés revivent l’expérience du
« jeune homme riche » (Mc 10, 17-31), incapable de laisser ses richesses pour suivre le Christ : la perspective de renoncer au mariage ou à des professions payantes en empêche sans doute plusieurs de répondre à l’invitation du Seigneur.

28- La diminution du nombre de pratiquants et de pratiquantes, de prêtres et d’autres ministres (diacres permanents, personnes mandatées en pastorale), a des répercussions sur la vie quotidienne de nos paroisses. Il est de plus en plus difficile d’assurer le même nombre de célébrations qu’auparavant : certains aménagements de l’horaire sont à prévoir de sorte qu’un prêtre puisse desservir la paroisse voisine lorsque le confrère est absent (maladie, vacances…); les paroisses desservies par un même prêtre doivent faire des ‘concessions’ qui tiennent compte des besoins des autres communautés et du prêtre lui-même; en certains endroits, on organise des assemblées dominicales en attente de célébration eucharistique (adace).

29- Application spirituelle :

a. Redécouvrir la place de la vie sacramentelle dans l’Église catholique : elle en est un élément essentiel, puisque les sacrements sont des actions du Christ qui construit son Église.
b. Aider les jeunes familles et les jeunes à prendre conscience de l’importance de l’eucharistie dominicale.
c. Promouvoir une forte pastorale des vocations au mariage et au sacerdoce.
d. Amener les fidèles laïques à s’impliquer davantage dans les services de la communauté qui ne demandent pas l’ordination.
e. Favoriser la présence du prêtre auprès des jeunes : le témoignage personnel interpelle.

D- Prière

Le quatrième élément de la communauté chrétienne est la prière. J’en ai traité dans ma lettre pastorale « Pendant qu’il priait, son visage devint autre », lors du Carême 2014; on pourra s’y référer.

La prière est un dialogue personnel et aimant avec Dieu, que l’on écoute, auquel on exprime nos sentiments d’adoration, nos remerciements, nos demandes et nos intercessions pour les autres.

On lui consacre certains moments de la journée, en particulier le matin et le soir, ou lors des repas; on prie dans la nature, à la maison, sur la route, à l’église; on prie devant des images saintes (comme le crucifix, une icône, une statue), on prie dans le silence, en lisant la Parole de Dieu, devant le Saint-Sacrement; on prie seul, en couple, en famille, en paroisse…. On prie lors de certains événements : naissance, baptême, mariage, décès; lors de grands cataclysmes (désastres naturels, guerres, épidémies…).

Les jeunes doivent être éduqués à la prière, à la suite des disciples qui demandaient à Jésus : « Enseigne-nous à prier » (Lc 11, 2).

De même qu’on voit des gens constamment ‘branchés’ sur leur ‘iphone ou cellulaire ou blackberry’ pour demeurer en contact avec leurs proches, de même pourrait-on trouver une façon de se ‘brancher’ régulièrement sur le Seigneur !

Conclusion

Au terme de cette réflexion sur notre Église diocésaine et l’avenir que nous devons lui préparer, nous nous rappellerons que les quatre éléments avec lesquels saint Luc décrit la première communauté chrétienne sont essentiels et reliés les uns aux autres : il faut maintenir ensemble la fidélité à l’enseignement des apôtres, la communion fraternelle, la fraction du pain et les prières. Se priver de l’une ou de l’autre de ces quatre roues motrices, c’est empêcher la voiture de l’Église d’avancer sur les routes de ce temps. Chaque personne comme chaque communauté doit s’examiner sur ce plan, voir quelle roue lui semble plus fragile dans sa propre réalité et faire les correctifs qui s’imposent pour être fidèle à l’expérience chrétienne authentique.

Je remercie les personnes engagées dans la vie de nos paroisses; elles sont nombreuses à exprimer « la volonté de vivre » des communautés.

J’invite les fidèles laïques à redécouvrir leur vocation de ‘disciples-missionnaires’ et à y répondre en s’engageant dans l’annonce de la foi, dans sa célébration, dans l’animation et le service de leurs communautés. Nous sommes tous invités à retrouver le dynamisme missionnaire de l’Évangélisation : porter l’Évangile dans notre vie quotidienne, le transmettre aux nouvelles générations par une éducation catholique de qualité.

Retrouvons le sens de la communauté chrétienne : personne ne devient chrétien seul; personne ne demeure chrétien seul; chacun a besoin de l’Église pour naître à la vie de Dieu et en vivre; chacun est précieux pour l’Église; chacun apporte sa contribution irremplaçable !

Redécouvrons la nécessité incontournable de la vie sacramentelle, centre et sommet de votre vie chrétienne !

Oeuvrons à une pastorale des vocations, en particulier au mariage et au sacerdoce.

Que l’Esprit-Saint donné en la Pentecôte, comme le rappelle l’image-couverture de cette lettre, nous éclaire et nous embrase.

Avec ma bénédiction.


┼Serge Poitras

Évêque de Timmins