Vous pouvez aussi consulter le site du diocèse : http://www.dioctims.ca/wp-content/uploads/2015/09/Priorité-pastorale-2015-2106-signed.pdf (pour le texte avec images en couleur)



Lettre pastorale

«Etre une Église catholique plus visible et dynamique, lieu de miséricorde»

Priorité pastorale 2015-2016


Depuis plusieurs années, après avoir réfléchi sur les besoins du diocèse, le Conseil diocésain de pastorale propose à l’Évêque une priorité, un thème, qui oriente et unifie les activités pastorales pour les prochains mois. C’est ainsi qu’en 2013-2014, nous avons cherché à nous mettre « En chemin avec Jésus », en nous inspirant de sa rencontre avec les disciples d’Emmaüs; l’an dernier (2014-2015), avec le thème « Devenir une Église catholique plus visible et
dynamique
», nous avons regardé l’Église que Jésus a fondée comme son Corps visible dans le monde : chaque personne baptisée y est appelée à prendre au sérieux sa foi, à se changer ellemême, comme le suggérait Mère Teresa; nous avons pris davantage conscience des oeuvres que les fidèles ont faites au nom de leur foi et qui ont changé le monde.

Dans ce contexte, j’ai débuté en octobre dernier la visite pastorale du Diocèse. C’est une excellente opportunité pour saisir comment notre Église est toujours visible et dynamique dans notre milieu. On découvre ainsi que de nombreuses personnes sont engagées au service de la foi : la foi annoncée, la foi célébrée, la foi vécue. On s’occupe des jeunes, des pauvres, des malades, des personnes âgées. De leur côté, les jeunes de nos écoles catholiques sont aussi
impliqués : je pense ici au bénévolat que plusieurs effectuent dans le cadre de leur formation générale ou encore lors de la préparation à la confirmation; ils prennent conscience des problèmes ou des misères que vivent les gens, ici ou ailleurs; ils apprennent à donner d’euxmêmes, par exemple avec le projet d’aide en Jamaïque que des élèves du secondaire réalisent.

Cette année (2015-2016), le Conseil diocésain de pastorale veut prolonger l’élan de l’an dernier. Il désire cependant le faire en tenant compte de deux événements marquants : le premier est l’Année sainte de la Miséricorde, promulguée par le Pape et qui commencera en décembre prochain; le second est la célébration du centenaire de notre diocèse qui débutera le 7 janvier 2016. La priorité pastorale se formule donc ainsi : « Être une Église catholique plus visible et dynamique, lieu de miséricorde ».


Par la présente Lettre, je désire offrir quelques éléments de réflexion pour sa mise en application.


I- La miséricorde

Le mot ‘miséricorde’ provient de deux termes latins : ‘miseria’ (malheur, adversité) et ‘cor’ (coeur) : on peut la définir comme un ‘coeur qui se penche sur la misère, les difficultés’ des autres, un ‘coeur qui est sensible aux malheurs’ des autres.


Pour annoncer l’Année sainte de la Miséricorde, notre Saint-Père le Pape François a publié le 11 avril 2015 la Bulle Vultus Misericordiae (le Visage de la Miséricorde), dans laquelle nous trouvons un précieux enseignement; je vais m’y référer. Le Pape lui-même renvoie aussi à l’Encyclique Dives in misericordia de saint Jean-Paul II (30 novembre 1980).


1- Notre Dieu s’est fait connaître comme miséricordieux. C’est ainsi qu’il se présente lors de sa première rencontre avec Moïse (Ex. 3, 7- 10) :

« J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu ses cris sous les coups des surveillants. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens et le faire monter de ce pays vers un beau et vaste pays, vers un pays, ruisselant de lait et de miel … Maintenant, le cri des fils d’Israël est parvenu jusqu’à moi, et j’ai vu l’oppression que leur font subir les Égyptiens. Maintenant donc, va ! Je t’envoie chez Pharaon : tu feras sortir d’Égypte mon peuple, les fils d’Israël. »


Notre Dieu n’est pas un être lointain, assis sur son trône, isolé dans un bonheur égoïste; au contraire, il voit la misère, il entend les cris, il connaît les souffrances, il descend pour sauver. Il est réellement Amour (I Jn 4, 8) : profondément attaché à son peuple, il s’intéresse à sa situation concrète, il voit sa misère et met tout en oeuvre pour l’en délivrer. Moïse devient son instrument à cet effet.


Le prophète Osée décrit ainsi cet amour : « Mon coeur se retourne contre moi; en même temps, mes entrailles frémissent… Je suis Dieu et non pas homme; au milieu de vous, je suis le Dieu saint, et je ne viens pas pour exterminer » (11, 8-9). Comme des parents qui sont touchés aux entrailles par les souffrances de leurs enfants, Dieu se laisse toucher par les misères de son peuple et veut qu’il vive !

2- La miséricorde de Dieu s’exprime dans le pardon des péchés. Ainsi, lorsque le peuple a adoré un veau d’or au lieu du Dieu véritable, le Seigneur pardonne. Il se décrit ainsi à Moïse: « Le Seigneur, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité, qui garde sa fidélité jusqu’à la millième génération, supporte faute et transgression et péché, mais ne laisse rien passer, car il punit les fautes des pères sur les fils et les petits-fils jusqu’à la troisième génération » (Ex 34, 6-7). Dieu agit comme le font les parents : ceux-ci désapprouvent la mauvaise conduite de leurs enfants, qui a des conséquences négatives chez eux et les autres; mais ils leur conservent leur amour et espèrent leur amélioration. Dieu rejette le péché qui détruit l’humanité, mais il conserve son amour à ses enfants: il distingue en effet l’action et la personne, l’action qu’il déteste et la personne qu’il aime.


3- Dieu invite l’humanité à entrer dans son attitude de miséricorde. Par le prophète Amos, il dénonce l’égoïsme matérialiste, l’indifférence des riches: «Couchés sur des lits d’ivoire, vautrés sur leurs divans, ils mangent les agneaux du troupeau, les veaux les plus tendres de l’étable; ils improvisent au son de la harpe, ils inventent comme David, des instruments de musique; ils boivent le vin à même les amphores, ils se frottent avec des parfums de luxe, mais ils ne se tourmentent guère du désastre d’Israël » (Amos 6, 4-6). Reproche toujours actuel : nous pouvons encore vivre dans un monde fermé, dans notre bulle de confort, être centrés sur nos propres plaisirs et insouciants de la misère des autres. C’est un danger qui guette les individus comme les groupes et même les pays !


4- Dieu dénonce aussi les pasteurs insensibles aux malheurs de leurs brebis. « Vous n’avez pas rendu des forces à la brebis chétive, soigné celle qui était malade, pansé celle qui était blessée. Vous n’avez pas ramené la brebis égarée, vous n’avez pas cherché celle qui était perdue. Vous les avez gouvernées avec violence et dureté. Elles se sont dispersées, faute de berger, pour devenir la proie de toutes les bêtes sauvages… Personne ne les cherche, personne ne part à leur recherche » (Ex 34, 4-6).


5- Le Seigneur montre le vrai chemin qu’il faut emprunter pour lui ressembler. « Le jeûne qui me plaît, n’est-ce pas ceci : faire tomber les chaînes injustes, délier les attaches du joug, rendre la liberté aux opprimés, briser tous les jougs ? N’est-ce pas partager ton pain avec celui qui a faim, accueillir chez toi les pauvres sans abri, couvrir celui que tu verras sans vêtement, ne pas te dérober à ton semblable ? Alors ta lumière jaillira comme l’aurore, et tes forces reviendront vite. Devant toi marchera ta justice, et la gloire du Seigneur fermera la marche. Alors, si tu appelles, le Seigneur répondra ; si tu cries, il dira : « Me voici. » Si tu fais disparaître de chez toi le joug, le geste accusateur, la parole malfaisante, si tu donnes à celui qui a faim ce que toi, tu désires, et si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera lumière de midi. Le Seigneur sera toujours ton guide. En plein désert, il comblera tes désirs et te rendra vigueur. Tu seras comme un jardin bien irrigué, comme une source où les eaux ne manquent jamais» (Is 58, 6-11).


6- Applications spirituelles :

a. Se laisser imprégner du visage miséricordieux de notre Dieu. Relire et méditer les quelques extraits de la Parole de Dieu cités dans les paragraphes précédents.


b. Prier le psaume 102 (103) : un chant à Dieu miséricordieux !


Bénis le Seigneur, ô mon âme, bénis son nom très saint, tout mon être !
Bénis le Seigneur, ô mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits !
Car il pardonne toutes tes offenses et te guérit de toute maladie ;
il réclame ta vie à la tombe et te couronne d'amour et de tendresse ;
il comble de biens tes vieux jours : tu renouvelles, comme l'aigle, ta jeunesse.
Le Seigneur fait oeuvre de justice, il défend le droit des opprimés.
Il révèle ses desseins à Moïse, aux enfants d'Israël ses hauts faits.
Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d'amour ;
il n'est pas pour toujours en procès, ne maintient pas sans fin ses reproches ;
il n'agit pas envers nous selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses.
Comme le ciel domine la terre, fort est son amour pour qui le craint ;
aussi loin qu'est l'orient de l'occident, il met loin de nous nos péchés ;
comme la tendresse du père pour ses fils,
la tendresse du Seigneur pour qui le craint !
Il sait de quoi nous sommes pétris, il se souvient que nous sommes poussière.
L'homme ! ses jours sont comme l'herbe ; comme la fleur des champs, il fleurit :
dès que souffle le vent, il n'est plus, même la place où il était l'ignore.
Mais l'amour du Seigneur, sur ceux qui le craignent, est de toujours à toujours,

et sa justice pour les enfants de leurs enfants,
pour ceux qui gardent son alliance et se souviennent d'accomplir ses volontés.
Le Seigneur a son trône dans les cieux : sa royauté s'étend sur l'univers.
Messagers du Seigneur, bénissez-le,

invincibles porteurs de ses ordres, attentifs au son de sa parole !
Bénissez-le, armées du Seigneur, serviteurs qui exécutez ses désirs !
Toutes les oeuvres du Seigneur, bénissez-le, sur toute l'étendue de son empire ! Bénis le Seigneur, ô mon âme !


c. Prier le psaume 50 : « Pitié pour moi, mon Dieu dans ton amour; selon ta grande miséricorde, efface mon péché ».

d. Remercier le Seigneur pour sa miséricorde envers moi.

e. Lire et méditer la Bulle Vultus Misericordiae du Pape François.

f. Lire et méditer l’Encyclique Dives in misericordia de saint Jean-Paul II.

g. On peut se demander si nous sommes entrés dans l’attitude de miséricorde de Dieu? Sommes-nous enfermés dans notre bulle de confort ? Sommes-nous sensibles aux misères des autres ?


II- Jésus, visage de la miséricorde de Dieu


Dans la Bulle Vultus Misericordiae (VM), le Pape François présente Jésus comme le visage de la miséricorde de Dieu. « Jésus-Christ est le visage de la miséricorde du Père. Le mystère de la foi chrétienne est là tout entier… A travers ses paroles, ses gestes et toute sa personne, Jésus de Nazareth révèle la miséricorde de Dieu » (VM 1). Cela n’a rien d’étonnant, puisque le nom de Jésus lui-même signifie en effet : « Yahvé sauve ». Prenons le temps de contempler son visage.

7- Jésus est venu « porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés » (Lc 4, 18). Les exemples de sa miséricorde abondent dans l’Évangile: « Il guérit beaucoup de gens de leurs maladies, de leurs infirmités et des esprits mauvais dont ils étaient affligés, et à beaucoup d’aveugles, il accorda de voir » (Lc 7, 21); le chapitre 15 de saint Luc révèle un Dieu plein de miséricorde, qui part à la recherche de la brebis perdue, de la drachme perdue, qui accueille le fils prodigue. Nous pouvons donc aller à Jésus, lui présenter nos fardeaux : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos » (Mt 11, 28).

8- Le Pape scrute les attitudes et les actions de Jésus : « Face à la multitude qui le suivait, Jésus, voyant qu’ils étaient fatigués et épuisés, égarés et sans berger, éprouva au plus profond de son coeur, une grande compassion pour eux (cf. Mt 9, 36). En raison de cet amour de compassion, il guérit les malades qu’on lui présentait (cf. Mt 14, 14), et il rassasia une grande foule avec peu de pains et de poissons (cf. Mt 15, 37). Ce qui animait Jésus en toute circonstance n’était rien d’autre que la miséricorde avec laquelle il lisait dans le coeur de ses interlocuteurs et répondait à leurs besoins les plus profonds. Lorsqu’il rencontra la veuve de Naïm qui emmenait son fils unique au tombeau, il éprouva une profonde compassion pour la douleur immense de cette mère en pleurs, et il lui redonna son fils, le ressuscitant de la mort (cf. Lc 7, 15). Après avoir libéré le possédé de Gerasa, il lui donna cette mission : ‘ Annonce tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde’ (Mc 5, 19).

L’appel de Matthieu est lui aussi inscrit sur l’horizon de la miséricorde. Passant devant le comptoir des impôts, Jésus regarda Matthieu dans les yeux. C’était un regard riche de miséricorde qui pardonnait les péchés de cet homme, et surmontant les résistances des autres disciples, il le choisit, lui, le pécheur et le publicain, pour devenir l’un des Douze. Commentant cette scène de l’Évangile, saint Bède le Vénérable a écrit que Jésus regarda Matthieu avec un amour miséricordieux, et le choisit : ‘miserando atque eligendo’. Cette expression m’a toujours fait impression au point d’en faire ma devise » (VM 8).

9- Par le pardon, Jésus libère de la grande misère du péché (Mt 9, 1-7) : il montre qu’il a ce pouvoir en guérissant le paralytique. C’est l’Église qui, aujourd’hui en son nom, par le ministère des prêtres, exerce ce ministère du pardon, de la miséricorde.

10- Jésus nous invite à « être miséricordieux comme le Père est miséricordieux » (Lc 6, 36), d’autant plus que nous serons jugés sur nos actes de miséricorde (Mt 25, 31-46). « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » (Mt 5, 7). Saint Jean prolonge cette invitation : « Celui qui a de quoi vivre en ce monde, s’il voit son frère dans le besoin sans faire preuve de compassion, comment l’amour de Dieu pourrait-il demeurer en lui ? » (I Jn 3, 17). Le Pape résume ainsi: la miséricorde de Dieu est le ‘coeur battant de l’Évangile’ (VM 12).

11- Pour approfondir le message de Jésus, je vous invite à méditer un passage lumineux de l’Évangile, la parabole du Bon Samaritain (saint Luc 10, 25-37). Je rappelle d’abord le contexte dans lequel elle a été prononcée.

Voici qu’un docteur de la Loi se leva et mit Jésus à l’épreuve en disant : « Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » Jésus lui demanda : « Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ? Et comment lis-tu ? » L’autre répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même. » Jésus lui dit : « Tu as répondu correctement. Fais ainsi et tu vivras. » Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : « Et qui est mon prochain ? »

Jésus reprit la parole : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba sur des bandits ; ceux-ci, après l’avoir dépouillé et roué de coups, s’en allèrent, le laissant à moitié mort. Par hasard, un prêtre descendait par ce chemin ; il le vit et passa de l’autre côté. De même un lévite arriva à cet endroit ; il le vit et passa de l’autre côté. Mais un Samaritain, qui était en route, arriva près de lui ; il le vit et fut saisi de compassion. Il s’approcha, et pansa ses blessures en y versant de l’huile et du vin ; puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui. Le lendemain, il sortit deux pièces d’argent, et les donna à l’aubergiste, en lui disant : “Prends soin de lui ; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai.”

Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ? » Le docteur de la Loi répondit : « Celui qui a fait preuve de pitié envers lui. » Jésus lui dit : « Va, et toi aussi, fais de même. »

12- Le contexte qui précède la parabole est bien révélateur. Le légiste pose en effet une question essentielle: « Que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » C’est là la question la plus sérieuse : y a-t-il une vie éternelle, ou notre existence finit-elle avec la mort ? Si Dieu existe et qu’il nous offre de partager sa vie et son bonheur éternels, notre vie présente acquiert encore plus de valeur; en effet la foi en la vie éternelle ne nous déconnecte pas de notre vie actuelle, elle nous en montre toute la valeur; ce que nous vivons sur cette terre a des répercussions sur l’éternité; notre vie actuelle est en fait une préparation à la vie éternelle. Pour comprendre cela, l’image la plus parlante est celle de la femme enceinte : elle porte en elle un enfant qui naîtra un jour à une existence autonome; la femme sait bien que si elle veut que son enfant soit en bonne santé, elle doit elle-même être attentive à sa propre nourriture, aux activités qu’elle fait, pour ne pas affecter l’enfant; ses choix actuels ont ainsi des répercussions sur la vie future de son enfant. Il en va de même pour chacun de nous : ce que nous sommes présentement prépare ce que nous serons éternellement; nous nous engendrons nous-mêmes pour la vie éternelle.

13- La question du légiste ne porte donc pas sur des choses secondaires mais sur l’essentiel. Qu’est-ce qui est fondamental pour obtenir la vie éternelle ? Jésus l’invite à regarder ce que Dieu a déjà révélé dans la Loi, dans ce que nous appelons maintenant l’Ancien Testament. Le légiste trouve : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même ». L’essentiel consiste donc en un seul acte (aimer), qui correspond en fait à la nature même de Dieu (Dieu est Amour : I Jn 4, 8); il faut d’abord aimer Dieu, puis aimer le prochain comme on s’aime soi-même. Ce dernier aspect correspond à la Règle d’or que nous connaissons bien : « Ne fais pas à personne ce que tu ne voudrais pas subir » (Tobie 4, 15), ou encore « Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux » (Mt 7, 12). Ne pas faire le mal qu’on n’aimerait pas subir; faire le bien qu’on aimerait recevoir de la part des autres : si on pensait davantage à cette règle, le monde s’en porterait mieux. Par la suite, Jésus ouvrira cette règle sur une plus grande plénitude : pour ses disciples, il ne s’agit pas seulement d’aimer les autres comme soi-même, mais de les aimer comme lui nous a aimés : « Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres » (Jn 13, 34), dans le don total et gratuit !

14- Jésus confirme la justesse de la réponse du légiste: « Tu as répondu correctement. Fais ainsi et tu vivras. » Pour décrire qui est le prochain, Jésus nous offre une perle, un texte extraordinaire, la parabole du Bon Samaritain. Au point de départ, on voit un homme blessé : des bandits l’ont dépouillé, roué de coups, abandonné en le laissant à moitié mort, le long de la route. Deux personnes passent : un prêtre et un lévite (serviteur du culte liturgique) : ils le voient, mais détournent le regard et ne font rien pour lui venir en aide; de nos jours, ils seraient accusés de « non assistance à une personne en danger »; évidemment, ils n’ont rien fait de mal, puisque ce n’est pas eux qui ont volé et blessé le voyageur; mais ils ne lui ont pas fait le bien qu’ils auraient pu lui faire : on appelle cela le péché d’omission : ne pas faire le bien qu’on est en mesure de faire. Pourquoi ce prêtre et ce lévite ne font-ils rien ? Ils ont sans doute une mauvaise conception de Dieu : ils pensent l’honorer en lui rendant le culte liturgique et ils ignorent son appel à la charité. Pour honorer Dieu, il faut aussi aimer ceux qu’il aime. « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui acquittez la dîme de la menthe, du fenouil et du cumin, après avoir négligé les points les plus graves de la Loi, la justice, la miséricorde et la bonne foi; c’est ceci qu’il fallait pratiquer, sans négliger le reste » (Mt 23, 23).

15- Pour les Juifs, le Samaritain est un étranger; c’est un ennemi; c’est quelqu’un dont on n’attend rien. Saint Luc utilise un bel adjectif pour le décrire : « saisi de compassion ». Strictement dit, le Samaritain est ‘pris aux entrailles’. C’est la réaction, c’est le sentiment que ressentent les personnes quand le malheur touche les membres de leurs familles ou leurs amis : elles en ont mal au ventre !

16- Ce Samaritain se laisse déranger dans ses projets : il s’arrête dans son voyage, il prend sur lui le blessé, le soigne (vin et huile), le confie à l’aubergiste, investit de l’argent; assure qu’il paiera les dépenses supplémentaires lors de son prochain passage. Il est donc un modèle remarquable de générosité.

17- Les premiers chrétiens ont reconnu dans cette figure du Bon Samaritain le visage et la mission de Jésus. Un premier indice se trouve dans l’adjectif utilisé pour décrire son sentiment : ‘saisi de compassion’. Le même mot est employé uniquement pour décrire Jésus, pris de pitié : Mt 9, 36; 14, 14; 15, 32; 20, 34 : Mc 6, 34; 8, 2; 9, 22; Lc 7, 13; 15, 20. En outre, on peut aisément interpréter cette Parabole comme un résumé de l’histoire du Salut : devant l’humanité blessée, Jésus, poussé par son amour, vient la prendre sur ses épaules, il lui offre les médicaments que sont les sacrements (huile et vin); il la confie à l’Église, cette auberge qui accueille et soigne tous les maux; il reviendra à la fin des temps pour récompenser tous ceux qui ont fait le bien aux autres.

18- Avec cette parabole, Jésus offre aussi un enseignement unique. Le prochain, ce n’est une catégorie de personnes, réparties en cercles qui s’étendent progressivement (membres des nos familles, amis, compatriotes, coreligionnaires…) Le prochain, c’est chacun, chacune de nous, lorsque nous sommes confrontés à la misère d’une autre personne : nous sommes invités à regarder la souffrance de l’autre, à en prendre conscience, à éprouver de la compassion, à nous engager, à donner de nous-mêmes. Le livre des Proverbes dit en ce même sens : « Ne refuse pas un bienfait à qui est en droit de demander, quand tu as dans ta main de pouvoir agir. Ne dis pas à ton prochain : reviens demain » (3, 27-29). « Que ta main ne soit pas tendue pour prendre, et fermée lorsqu’il faut rendre » (Si 4, 31).

19- Jésus rappelle aussi le double commandement que l’on ne peut séparer l’un de l’autre. Je ne peux aimer Dieu qui est invisible sans aimer le prochain qui est visible (I Jn 4, 20-21); je ne peux aimer authentiquement le prochain sans aimer Dieu : le Seigneur est le modèle dont je m’inspire; il est aussi la source qui me permet de sortir de mon égoïsme et d’aller au-delà de mes limites.

20- Applications spirituelles :

a. Méditer sur la figure de Jésus, visage de la miséricorde du Père.

b. Exprimer mon amour envers son Sacré-Coeur: « Ô Jésus, doux et humble de coeur, rendez mon coeur semblable au vôtre » (chant traditionnel).

c. Reconnaître en Jésus ‘mon’ sauveur, celui qui est venu me rejoindre dans ‘ma’ propre misère : de quoi m’a-t-il sauvé dans l’histoire de ma vie (péché, maladie, difficultés…) ?

d. Nommer et prier pour les personnes qui m’ont manifesté de la miséricorde :

- Mes parents.
–Mon conjoint ou conjointe.
– Mes enfants.
– Les collègues de travail.
– Les personnes qui m’ont aidé dans mes moments difficiles.


III- Les visages de la misère

Jésus s’identifie aux personnes dans le besoin : « J’avais faim et vous m’avez donné à manger » (Mt 25, 35). Dans notre désir d’être une Église catholique plus visible et dynamique, lieu de miséricorde, nous sommes invités à identifier les différentes formes de misère qui existent dans notre milieu, dans nos familles, nos rues, nos paroisses, nos villes, notre pays, le monde. « la miséricorde est le pilier qui soutient la vie de l’Église », nous dit le Pape (VM 10).

Je m’arrête tout d’abord sur une misère à laquelle nous ne pensons pas spontanément et qui est pourtant fondamentale : l’absence de Dieu.

21- Une des plus grandes misères actuelles est l’indifférence religieuse, le rejet de Dieu, le manque d’amour envers lui.

a. Le légiste soulevait la question de la vie éternelle et du chemin pour y parvenir. Elle se pose encore à nous aujourd’hui, même si dans notre monde superficiel et agité, nous risquons de ne plus l’entendre.

b. Plusieurs personnes s’intéressent de nos jours à la généalogie pour connaître leurs origines. Nous pouvons faire la même chose pour comprendre le sens de l’existence humaine. Nous ne sommes pas le fruit du hasard; nous avons été créés par Quelqu’un qui nous aime et qui veut nous faire partager sa vie pour toujours. C’est en Dieu que se trouve le sens de la vie : notre origine, notre destinée, notre bonheur véritable. « Le désir de Dieu est inscrit dans le coeur de l’homme, car l’homme est créé par Dieu et pour Dieu; Dieu ne cesse d’attirer l’homme vers lui et ce n’est qu’en Dieu que l’homme trouvera la vérité et le bonheur qu’il ne cesse de chercher » (Catéchisme de l’Église catholique n. 27).

c. Si nous oublions Dieu, notre vie est privée de son sens. Le Seigneur le rappelle en Jérémie: « Ils m’ont abandonné, moi la source d’eau vive, et ils se sont creusé des citernes, des citernes fissurées qui ne retiennent pas l’eau » (Jr 2, 13). Jésus reprend le même enseignement : «Vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie » (Jn 5, 40).

d. Pour comprendre ce drame, je me sers d’une image : quelqu’un trouve un oeuf d’aigle, l’apporte dans son poulailler, le fait couver par sa poule; lorsque le petit aiglon se développe, ses grandes ailes dérangent ses voisins; le propriétaire les coupe et alors l’aiglon ne gêne plus; ne pouvant plus voler, il est malheureux, car il est fait pour voler et ne peut y parvenir. Il en va ainsi pour l’être humain : il est fait pour Dieu, pour l’union avec lui : quand on le prive de Dieu, on lui coupe les ailes : on l’empêche de réfléchir sur l’essentiel, on l’étourdit dans une recherche inlassable de divertissements, dans « des citernes fissurées qui ne retiennent pas l’eau ».

e. La parabole du Bon Samaritain peut être interprétée dans le même sens : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba sur des bandits ; ceux-ci, après l’avoir dépouillé et roué de coups, s’en allèrent, le laissant à moitié mort ». Ces bandits peuvent représenter l’Adversaire de l’humanité, celui qui, depuis l’origine, fait tout pour l’éloigner de Dieu, pour la dépouiller de son lien avec lui : il la limite aux horizons de ce monde matériel.

f. Dans la parabole du Bon Pasteur, Jésus parle encore d’un voleur qu’il décrit ainsi: « Le voleur ne vient que pour voler, égorger, faire périr. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance » (Jn 10, 10). Il y a plusieurs années, je lisais un texte éclairant du Vénérable Pape Pie XII qui évoque ce même voleur : « L’ennemi décourage les jeunes, en éteignant la flamme des idéaux suprêmes; il prive les enfants d’innocence, les réduisant en petits forcenés révoltés contre Dieu et les hommes… Quand vous verrez les pauvres privés de leurs espérances les plus hautes, et certains riches enfermés en un égoïsme obstiné; quand vous demeurerez attristés devant des foyers où les époux gémissent de froid, parce que s’est éteint le feu de l’amour, vous direz : Voilà, le voleur est venu; voilà l’ennemi est venu pour voler, égorger, faire périr, pour voler et apporter le désordre et la mort » (Allocution, 27 mars 1953).

22- Applications spirituelles :

En fidélité à l’Évangile, nous sommes, à juste titre, sensibles à l’amour pour le prochain; mais cela ne doit pas nous faire oublier l’amour pour Dieu.

Au coeur de ses nombreuses activités, Jésus trouvait du temps pour rencontrer son Père dans la prière; il voulait aussi que le Temple demeure une « maison de prière » (Mt 21, 13). Il confirme explicitement le commandement : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute intelligence » (Lc 10, 27-28).

  •  Être catholique, ce n’est pas seulement aimer les autres; c’est aussi aimer Dieu. Les parents, les parrains et marraines, les éducateurs catholiques, les prêtres, ont la responsabilité d’aider les jeunes à établir, à rétablir, à approfondir leur lien avec le Seigneur; ils doivent leur apprendre à aimer Dieu. «Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi » (Mt 10, 37). « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure » (Jn 14, 23).
  • Chacun peut se demander : comment je montre mon amour pour Dieu ? Quel temps j’accorde à la prière personnelle, à la lecture de sa Parole, à la réflexion ? Pour approfondir cet aspect, nous pouvons lire le magnifique Traité de l’amour de Dieu, de saint François de Sales.
  • L’amour pour Dieu se manifeste dans le langage quotidien par le respect de son Nom et des choses sacrées.
  • L’amour pour Dieu s’exprime aussi par le respect du jour qui lui est consacré, le dimanche, par la pratique religieuse, par la réception des sacrements, en particulier l’Eucharistie et la Pénitence. Participer à la messe du dimanche est également une façon de rendre l’Église catholique plus visible et dynamique.
  • L’amour pour Dieu se démontre aussi par le maintien de l’église paroissiale : plusieurs personnes s’impliquent généreusement pour assurer son entretien, afin qu’elle soit un lieu digne du Seigneur, qui y réside de façon toute spéciale dans le tabernacle; les fidèles apprécient leur église pour sa beauté, sa propreté, parce qu’elle inspire la prière.
  • Nous avons la liberté nécessaire pour exprimer notre foi. Nous vivons en effet dans un pays qui garantit la liberté religieuse. La Charte canadienne des droits et libertés reconnaît en son préambule « la suprématie de Dieu » et, en son article 2, « la liberté de conscience et de religion ». La Déclaration des droits de l’homme, adoptée par l’ONU en 1948, stipule: « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites » (n. 18). Portons dans notre prière nos chefs politiques afin que nous puissions continuer à exprimer publiquement notre foi en Dieu.
  • Plusieurs de nos frères et soeurs n’ont pas cette liberté d’exprimer leur foi, parce qu’ils vivent dans des régimes de persécution; la foi chrétienne demeure la plus persécutée dans le monde. Prions pour nos frères et soeurs qui souffrent à cause de leur foi, certains même au prix de leur vie; pensons ainsi à ces Égyptiens décapités par l’État islamique. Soutenons les personnes et les groupes qui oeuvrent pour le respect de la liberté religieuse ici et dans le monde entier.


En plus de cette misère fondamentale que constituent l’indifférence et le rejet de Dieu ainsi que le manque d’amour envers lui, il existe d’autres misères que nous rencontrons chaque jour et que nous pouvons contribuer à soulager. L’Église, chacun et chacune de ses membres, doit être un lieu, un instrument de miséricorde.

La misère du péché peut être soulagée par le sacrement de pénitence. Un proverbe dit : « A tout péché, miséricorde ». Dieu accueille chacun de ses enfants, quoi qu’ils aient fait; il les rétablit dans son amitié, dans leur dignité. J’ai traité ce sujet dans ma Lettre pastorale « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile», au Carême 2015.

Le Catéchisme énumère les oeuvres de miséricorde corporelle et spirituelle (n. 2447), que le Pape lui-même mentionne aussi dans Vultus Misericordiae (VM 15).

23- Les oeuvres de miséricorde corporelle : elles s’inspirent du texte du Jugement dernier (Mt 25, 31-46).

a. Nourrir les affamés

De nos jours encore, de nombreuses personnes souffrent de la faim, même dans nos villes généralement bien nanties. Certaines familles, des personnes âgées ou seules n’ont pas les ressources pour se nourrir adéquatement. Plusieurs bénévoles s’engagent à soulager la faim : certains donnent des denrées alimentaires ou de l’argent; d’autres recueillent la nourriture ou la distribuent selon les besoins; nos jeunes découvrent cette misère proche d’eux, que souvent ils ne connaissent pas. On trouve des personnes généreuses dans toutes les paroisses. Différents organismes oeuvrent dans ce domaine : je pense à la Société Saint-Vincent-de-Paul, à des services locaux, comme le Lord’s Kitchen à Timmins, les banques alimentaires.

Au niveau mondial, d’autres organismes procurent une nourriture de qualité, de l’eau potable et des conditions d’hygiène élémentaire. Les pays riches partagent leurs ressources avec des pays en développement, dans les situations de guerre ou de désastre naturel (inondations, tremblements de terre….), alors que leurs infrastructures sont détruites. De nombreux fidèles soutiennent les campagnes à cet effet, dès que les sinistres sont connus.

b. Loger les sans-logis

Certaines personnes habitent des logements délabrés; des itinérants dorment dans la rue, démunis dans le froid. Des fidèles aident ces personnes à trouver un toit; d’autres effectuent certaines réparations aux appartements; d’autres travaillent dans les centres d’hébergement et offrent des services d’hygiène, des contacts humains, la rééducation, le cas échéant.

c. Vêtir les pauvres

Certaines personnes ne disposent pas de vêtements suffisants. Des gens généreux donnent ceux qu’ils n’utilisent plus; des centres de bénévoles les recueillent, les nettoient, les offrent à prix modique ou gratuitement afin de répondre aux nécessités des personnes, dans le respect de leur dignité. Il y a là tout un travail auquel beaucoup collaborent aussi par des subventions en argent.

d. Visiter les malades et les prisonniers

La maladie est un moment difficile, qui apporte des interrogations et engendre l’angoisse. Les malades ont grand besoin d’être écoutés dans leurs
souffrances, leurs inquiétudes; les membres de leurs familles, leurs amis leur donnent du temps, les portent dans leur prière. Plusieurs fidèles
visitent régulièrement les malades, en particulier lorsqu’ils n’ont plus de famille; le personnel hospitalier dispense ses soins avec compétence et
dévouement. Chacun voit la personne malade dans son ensemble et non seulement dans sa maladie ou comme un numéro de dossier.

La maladie peut être physique ou mentale et demande de l’accompagnement. Certains malades traversent des phases dépressives ou même suicidaires; des soins spécifiques sont requis. On s’occupe aussi des grands malades aux soins palliatifs ou en phase terminale, qui ont encore plus besoin de soutien humain et spirituel.

Des bénévoles, en lien avec les pasteurs, assurent les soins spirituels, un moment de prière, la sainte communion; on offre aussi le sacrement de pénitence ou l’onction des malades.

D’autres aident les personnes handicapées : elles les visitent, les nourrissent, les accompagnent dans leurs sorties. Certains prennent soin des personnes âgées, en perte d’autonomie, leur rendent les services les plus humbles et les plus nécessaires.

Les prisonniers aussi ont besoin de soutien. Ils ont commis des crimes plus ou moins graves; on les aide à retrouver le sens de leur vie, de leur dignité humaine; plusieurs redécouvrent le Seigneur.

Il y a encore d’autres formes de prison: les dépendances, comme l’alcool, la drogue. De nombreux bénévoles travaillent pour accompagner les personnes dans leurs efforts de rééducation, de réinsertion sociale. Les policiers, les ambulanciers, les thérapeutes sont souvent confrontés à des situations limites…

Nous ne pouvons pas non plus oublier les formes d’esclavage qui subsistent dans le monde actuel : la prostitution, l’exploitation économique, la maltraitance. Des fidèles interviennent dans ces situations difficiles.

e. Accueillir les pèlerins, les voyageurs, les migrants.

Il y a beaucoup de mobilité dans la société actuelle, avec la facilité des moyens de transport. Le tourisme est une excellente occasion de découvrir d’autres personnes, d’autres cultures, d’autres richesses; un esprit d’ouverture réciproque est requis. À certains endroits, on a mis sur pied des comités pour accueillir les nouveaux résidents dans la ville ou la paroisse.

Des personnes doivent quitter leur pays pour des raisons politiques, économiques, religieuses; des mécanismes d’accueil sont mis en oeuvre pour les accueillir.

f. Ensevelir les morts.

Nous sommes régulièrement confrontés à la mort, celle de personnes proches, celle causée par des catastrophes naturelles ou humaines.

La personne humaine est plus qu’un animal : même dans la mort, elle doit être entourée de respect. De nombreuses personnes se dévouent dans ce domaine. Des équipes paroissiales accompagnent les personnes en deuil, assurent une visite aux salons funéraires, offrent des célébrations liturgiques appropriées qui ouvrent sur l’espérance chrétienne.

D’autres oeuvrent pour un ensevelissement digne, entretiennent adéquatement le cimetière, qui demeure un lieu sacré, un mémorial de nos chers disparus, un espace ouvert à Dieu par le rappel de la Croix. Plusieurs expriment leur attachement à leurs défunts par les offrandes de messes à leur intention.


24- Les oeuvres de miséricorde spirituelle

a. Instruire : C’est la grande responsabilité de la formation de l’intelligence et de la personnalité qui appartient en premier lieu aux parents; ils s’y emploient avec dévouement, persévérance, patience, espérance.

De nombreuses personnes collaborent à l’éducation, pour aider les jeunes à découvrir le monde dans lequel ils vivent, trouver la profession qui leur permettra de vivre et d’être utiles; on se soucie aussi des jeunes décrocheurs, ou encore des adultes qui veulent acquérir une formation spécifique. On sait qu’il est plus facile de donner un poisson que d’apprendre à pêcher : c’est pourtant ce dernier aspect qui est le plus conforme à la dignité humaine.

L’instruction ouvre aussi sur la foi : ouverture au mystère de Dieu, de l’univers, de la vocation. De vrais éducateurs accompagnent les jeunes dans leur questionnement profond et leur proposent l’éclairage de la foi.

b. Consoler, conforter

Il n’est pas de journée où nous ne rencontrons pas quelqu’un qui vit des moments difficiles. À la suite de Jésus qui s’approche des disciples d’Emmaüs et les écoute (Lc 24, 15), de nombreux fidèles donnent de leur temps pour écouter les autres, leur ouvrir des chemins d’espérance; ils les portent dans leur prière, pour que le Dieu de toute consolation les touche (2 Co 1, 3).

c. Pardonner les offenses
La vie humaine est parsemée de situations difficiles : incompréhensions, haines, exploitation, violence. La réaction spontanée peut être de recourir à la vengeance, à la loi du talion.

De nombreuses personnes découvrent la force du pardon, devant les blessures de toutes sortes (physiques, affectives, psychologiques, spirituelles). Le Notre Père nous en rappelle la nécessité. De nombreuses personnes travaillent la réconciliation : dans les couples, les familles, les quartiers, les nations… En ce sens je signale les récentes démarches de réconciliation avec nos frères et soeurs des Premières Nations.

d. Corriger les pécheurs
Le Seigneur invite à ne pas juger, à ne pas condamner (MV 14). Cela signifie que tout en voyant le mal, nous n’enfermons pas la personne dans une image négative; nous laissons un chemin ouvert au progrès, au changement, à l’amélioration. C’est ce que font les parents : ils voient le mal que leur enfant a fait, et ils continuent de l’aimer ; ils font la différence entre leur enfant et son action. C’est ainsi que les fidèles agissent : ils voient la mauvaise action, mais ils ne rejettent pas, ne condamnent pas la personne; au contraire, ils lui ouvrent un chemin de liberté, de réalisation.

C’est tout un art de maintenir les exigences du bien et d’accompagner la personne dans son cheminement, même s’il est boiteux. Il s’agit de proposer l’Évangile et son chemin de la perfection. Comme avec les jeunes : l’école ne diminue pas les exigences scolaires pour que tout le monde passe; au contraire, elle accompagne les jeunes dans leurs efforts vers la compétence.

e. Supporter avec patience
Nous vivons avec des êtres humains qui, par définition, sont limités. Chacun a ses limites, ses défauts; chacun doit travailler à les corriger, sans se décourager.

On apprend aussi à accepter les limites des autres : entre époux, dans les familles, entre frères et soeurs, entre collègues de travail.

Supporter veut dire quelquefois ‘endurer, patienter’ mais aussi ‘donner du support’.

f. Prier pour les vivants et les morts

Les fidèles prient les uns pour les autres : ils remercient le Seigneur pour les gens qu’il a placés sur leur route, pour ceux qui leur font du bien; ils intercèdent pour ceux qui les blessent. Nous savons que le Seigneur agit dans les coeurs.

Nous prions aussi pour les personnes décédées : que leur purification s’achève et qu’ils paraissent devant Dieu, dans le bonheur éternel.

Ces oeuvres de miséricorde corporelle et spirituelle sont à la portée de chaque membre de l’Église. Les jeunes comme les vieux, les prêtres comme les laïcs, les parents comme les enfants, les malades comme les gens en bonne santé, tous peuvent être attentifs aux autres et être instruments de miséricorde dans leur vie quotidienne.

Parmi les situations qui connaissent aujourd’hui de grandes difficultés, je signale la famille. C’est un sujet très préoccupant pour l’Église, à un point tel d’ailleurs que le Saint-Père a convoqué un Synode sur ce sujet. La première phase de réflexion a eu lieu l’automne dernier; en octobre 2015, il y aura une seconde étape pour regarder la vie des couples aujourd’hui, les séparations, les divorces, les couples reconstitués, les familles recomposées. Portons dans notre prière les Pères du Synode afin que le Saint-Esprit les accompagne dans leur réflexion, que la lumière de l’Évangile éclaire et inspire les approches pastorales; prions pour les familles, que dans leurs blessures elles ressentent la présence du Seigneur; rendons grâce pour la vie que nos familles assurent et pour le service indispensable qu’elles rendent à la société.

D’autres situations de misère préoccupent nos fidèles : le respect de la vie depuis sa conception jusqu’à sa fin naturelle, le travail, la violence, la paix dans le monde. Plusieurs fidèles s’engagent à leur égard.

25- Applications spirituelles:

a. Les oeuvres de miséricorde sont présentes dans notre vie quotidienne, comme elles l’ont été dans la vie de nos prédécesseurs, de nos ancêtres. Alors que nous célébrons le centenaire de notre diocèse, il est bon de jeter un regard sur notre histoire pour nous rappeler comment les familles et les personnes ont rendu visible la miséricorde du Seigneur, en répondant aux nombreux besoins qui se présentaient. Dans cette ligne, nous pouvons remercier les religieux et les religieuses qui, en lien avec leur consécration totale au service de Dieu et de son royaume, ont apporté une contribution déterminante dans le domaine de l’éducation, de la santé, de l’aide aux miséreux. De nombreux organismes de charité agissent encore dans le même sens.

b. Il serait intéressant que chaque église, ou maison familiale, ou école, fasse une murale de la miséricorde : on pourrait y placer des images de personnes qui, au nom de leur foi, ont exprimé ou expriment la miséricorde du Seigneur, dans l’une ou l’autre oeuvre que j’ai mentionnée plus haut. Une murale à deux volets, l’un historique, l’autre actuel.

c. On pourrait faire un inventaire des ressources actuelles qui existent dans nos milieux pour combler ces différents besoins corporels et spirituels. On pourrait remercier les bénévoles qui y investissent temps et énergie.

d. Chaque fidèle peut s’engager à devenir un « lieu, un instrument de miséricorde », en s’impliquent plus totalement à soulager telle ou telle misère, par la prière, par le temps, par le soutien monétaire, par l’encouragement aux bénévoles.

e. Les jeunes de l’école apprennent la joie du don et du service; ils pourraient venir en paroisse témoigner de leur engagement caritatif.

f. Les bénévoles pourraient aussi témoigner en école de leur engagement caritatif.

g. Dans notre attention aux misères, aux périphéries existentielles (les situations de précarité, de souffrances, de blessures) (VM 15), gardons le coeur ouvert aussi sur soutenir par l’aide directe, et également par la réforme des institutions, par le développement complet de la société humaine (Catéchisme n. 2438-2442).

h. Demandons l’aide de la sainte Vierge, Mère de Miséricorde, comme la proclame la belle hymne Salve Regina.

i. Redisons la prière que le Saint-Père propose pour l’Année de la Miséricorde.


Au terme de cette Lettre pastorale, laissons-nous interpeller par le visage de notre Dieu qui est Amour, Miséricorde, comme il l’a si bien manifesté dans l’histoire du salut et par l’envoi de son Fils bien-aimé. A sa suite, de nombreux fidèles, de tout âge, de toute condition sociale, de toute époque, se sont laissés transformer et sont devenus ses instruments; j’en rencontre encore tous les jours et je les remercie de montrer le visage d’une Église catholique plus visible, plus dynamique, lieu de miséricorde.


Avec ma bénédiction.
┼Serge Poitras
Évêque de Timmins


15 septembre 2015, fête de Notre Dame des Douleurs.


Prière du Pape François pour le Jubilé de la Miséricorde


Seigneur Jésus-Christ,
jtoi qui nous as appris à être miséricordieux comme le Père céleste,
et nous as dit que te voir, c’est Le voir.
Montre-nous ton visage, et nous serons sauvés.
Ton regard rempli d’amour a libéré Zachée et Matthieu de l’esclavage de l’argent,
la femme adultère et Madeleine de la quête du bonheur à travers les seules créatures ;
tu as fais pleurer Pierre après son reniement,
et promis le paradis au larron repenti.
Fais que chacun de nous écoute cette parole dite à la Samaritaine comme s’adressant à nous :
Si tu savais le don de Dieu !
Tu es le visage visible du Père invisible,
du Dieu qui manifesta sa toute-puissance par le pardon et la miséricorde :
fais que l’Eglise soit, dans le monde, ton visage visible, toi son Seigneur ressuscité dans la gloire.
Tu as voulu que tes serviteurs soient eux aussi habillés de faiblesse
pour ressentir une vraie compassion à l’égard de ceux qui sont dans l’ignorance et l’erreur :
fais que quiconque s’adresse à l’un d’eux se sente attendu, aimé, et pardonné par Dieu.
Envoie ton Esprit et consacre-nous tous de son onction
pour que le Jubilé de la Miséricorde soit une année de grâce du Seigneur,
et qu’avec un enthousiasme renouvelé, ton Église annonce aux pauvres la bonne nouvelle
aux prisonniers et aux opprimés la liberté,
et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue.
Nous te le demandons par Marie, Mère de la Miséricorde,
à toi qui vis et règnes avec le Père et le Saint Esprit, pour les siècles des siècles. Amen.