POSITION DE L’ÉGLISE CATHOLIQUE
ET MÉMOIRE DES ÉVÊQUES CATHOLIQUES DU CANADA
SUR « LE FAIT D’AIDER QUELQU’UN À SE DONNER LA MORT »


Mémoire présenté par le Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada au Comité externe sur les options de réponse législative à Carter c. Canada


1. Sur le bien commun, l’Église catholique croit et enseigne que :

« Le bien commun comporte trois éléments essentiels : le respect et la promotion des droits fondamentaux de la personne; la prospérité ou le développement des biens spirituels et temporels de la société; la paix et la sécurité du groupe et de ses membres. La dignité de la personne humaine implique la recherche du bien commun. Chacun doit se préoccuper de susciter et de soutenir des institutions qui améliorent les conditions de la vie humaine. Il revient à l’État de défendre et de promouvoir le bien commun de la société civile… » – Catéchisme de l’Église catholique, nos 1925-27

À titre d’évêques catholiques, notre discours s’inspire de la raison, du dialogue éthique, de nos convictions religieuses et du profond respect que nous avons pour la dignité de la personne humaine. Notre position s’appuie sur les milliers d’années de réflexion de l’humanité et sur les gestes que nous posons en tant que chrétiens à la suite de Jésus, qui a montré ce que c’est qu’aimer, servir et accompagner les autres. Sa réponse à la souffrance de l’autre a été de souffrir avec lui, et non de le tuer. Lui-même a accueilli la souffrance comme un chemin de don, de générosité, de miséricorde. Point n’est besoin d’être croyant pour reconnaître dans sa vie et ses gestes un exemple insigne d’humanité. Les valeurs de Jésus de Nazareth fondent notre position sur la question du suicide assisté. Le Canada n’a pas à craindre de faire siennes ces valeurs profondément humaines et vivifiantes. En effet, des valeurs semblables sont le fait non seulement d’autres chrétiens, mais aussi d’autres grandes religions et de bon nombre d’hommes et de femmes de bonne volonté sans affiliation religieuse.

À l’Assemblée plénière de notre Conférence, en septembre dernier, nous, les évêques catholiques orientaux et catholiques romains du Canada, lancions ce que nous avons appelé un cri du coeur (copie de notre déclaration de septembre est jointe en annexe). Dans le prolongement de nos déclarations individuelles et collectives de ces dernières années, nous réitérions la constance de notre opposition aux efforts déployés pour mettre en oeuvre une forme quelconque d’euthanasie et d’aide au suicide. Nous le faisions, et nous le refaisons aujourd’hui, en esprit de collaboration avec nos concitoyens, pressés de bâtir une société qui se montrera plus compatissante, plus respectueuse de la dignité de la vie humaine, plus juste et plus généreuse. Comme évêques du Canada, nous invitons toutes les Canadiennes et tous les Canadiens à édifier une société qui respecte la dignité de chaque personne.

2. Sur le mal moral et social de l’aide au suicide, l’Église catholique croit et enseigne que :

« Quels qu’en soient les motifs et les moyens, l’euthanasie directe consiste à mettre fin à la vie de personnes handicapées, malades ou mourantes. Elle est moralement irrecevable. Ainsi une action ou une omission qui, de soi ou dans l’intention, donne la mort afin de supprimer la douleur, constitue un meurtre gravement contraire à la dignité de la personne humaine et au respect du Dieu vivant… » – Catéchisme de l’Église catholique, no 2277

« Le suicide contredit l’inclination naturelle de l’être humain à conserver et à perpétuer sa vie. Il est gravement contraire au juste amour de soi. Il offense également l’amour du prochain, parce qu’il brise injustement les liens de solidarité avec les sociétés familiale, nationale et humaine à l’égard desquelles nous demeurons obligés. Le suicide est contraire à l’amour du Dieu vivant. » – Catéchisme de l’Église catholique, no 2281

« L’euthanasie volontaire, quels qu’en soient les formes et les motifs, constitue un meurtre. » – Catéchisme de l’Église catholique, no 2324

« Le suicide est gravement contraire à la justice, à l’espérance et à la charité. » – Catéchisme de l’Église catholique, no 2325

À notre Assemblée plénière annuelle, en tant qu’évêques catholiques de notre pays, nous avons exprimé notre indignation devant la décision de la Cour suprême du Canada de créer un nouveau « droit constitutionnel » au Canada, le prétendu « droit » au suicide. Encore une fois, nous avons fait savoir notre consternation, notre profonde déception et notre complet désaccord avec la décision de la Cour. Le jugement légaliserait un geste jugé immoral depuis des temps immémoriaux : celui d’éliminer une vie innocente. Devant la terrible souffrance que peut engendrer la maladie ou la dépression, la réaction vraiment humaine devrait être de soigner, pas de tuer.

3. Sur le devoir de fournir des soins palliatifs, l’Église catholique croit et enseigne que :

« La charité a pour fruits la joie, la paix et la miséricorde; elle exige la bienfaisance et la correction fraternelle; elle est bienveillance; elle suscite la réciprocité, demeure désintéressée et libérale; elle est amitié et communion… » – Catéchisme de l’Église catholique, no 1829

« Ceux dont la vie est diminuée où affaiblie réclament un respect spécial. Les personnes malades ou handicapées doivent être soutenues pour mener une vie aussi normale que possible. » – Catéchisme de l’Église catholique, no 2276

« Toute vie humaine, dès le moment de la conception jusqu’à la mort, est sacrée parce que la personne humaine a été voulue pour elle-même à l’image et à la ressemblance du Dieu vivant et saint. » – Catéchisme de l’Église catholique, no 2319

Les évêques catholiques du Canada rendent grâce pour les milliers d’hommes et de femmes de partout au pays qui viennent en aide aux autres par leur sollicitude et leur prière, dans les soins de santé, l’éducation et d’autres formes de service et de solidarité avec les pauvres et les marginalisés. Touchés par leur générosité exemplaire et par la façon dont ils protègent et promeuvent la dignité humaine dans de nombreux secteurs de notre société, nous tenons à confirmer la longue tradition des soins fournis aux personnes malades et vulnérables dans notre pays.

La réponse à l’angoisse et à la peur qu’éprouvent les gens au terme de leur vie, c’est de les accompagner, de leur offrir des soins palliatifs, et non de causer leur mort intentionnellement. Les besoins en soins palliatifs devraient préoccuper au plus haut point notre pays et ses institutions. C’est là-dessus que nos élus et le Comité externe devraient faire porter leur énergie et leurs efforts. Voilà pourquoi nous plaidons pour que des soins de longue durée, des soins à domicile et des soins palliatifs de grande qualité deviennent accessibles à tous les Canadiens et toutes les Canadiennes.

Il y a quelques années, le consensus était presque unanime entre les membres du Parlement sur l’urgence des soins palliatifs et la priorité à leur accorder. C’est ce qui ressort du rapport publié en novembre 2011 par le Comité parlementaire sur les soins palliatifs et soins de compassion, Avec dignité et compassion. Soins destinés aux Canadiens vulnérables (voir le Sommaire, Partie 1. Soins palliatifs et soins de fin de vie)1.

Notre système de santé offre de bons services de soins actifs, mais on ne peut en dire autant des soins prodigués aux personnes aux prises avec des problèmes de santé chroniques, de santé mentale ou de douleur aiguë, ni des services visant à répondre aux besoins psychosociaux et spirituels associés au processus de fin de vie.

Les malades chroniques ont besoin de soins qui s’adressent à la personne dans sa globalité. Les soins axés sur le patient tiennent compte des besoins de la personne et non de ceux de la bureaucratie. Des soins continus et intégrés doivent être prodigués dans un contexte qui ne favorise pas la fragmentation des services et qui ne débouche pas sur de multiples systèmes cloisonnés dont les composantes ne communiquent pas bien ensemble.

4. Sur la protection des personnes vulnérables, l’Église catholique croit et enseigne que :

« La personne représente le but ultime de la société, qui lui est ordonnée… Le respect de la personne humaine implique celui des droits qui découlent de sa dignité de créature. Ces droits sont antérieurs à la société et s’imposent à elle… Le respect de la personne humaine passe par le respect du principe : “ Que chacun considère son prochain, sans aucune exception, comme ‘un autre lui-même’. Qu’il tienne compte avant tout de son existence et des moyens qui lui sont nécessaires pour vivre dignement ”… Le devoir de se faire le prochain d’autrui et de le servir activement se fait plus pressant encore lorsque celui-ci est plus démuni, en quelque domaine que ce soit. » – Catéchisme de l’Église catholique, nos 1929-32

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1 La définition de « soins palliatifs » utilisée dans le rapport est celle de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Le rapport du Comité parlementaire prévoit aussi une stratégie nationale de prévention du suicide. Ni la définition de l’OMS pour « soins palliatifs », ni celle de Santé Canada n’incluent l’aide au suicide ou à l’euthanasie.

Cette question est fondamentale pour notre société et son avenir. Le jugement de la Cour suprême du Canada met en péril la vie des personnes vulnérables ou déprimées et la vie de celles qui sont atteintes de maladie physique ou mentale ou qui vivent avec un handicap. Le délai d’un an fixé par la Cour suprême est beaucoup trop court pour que puisse entrer en vigueur un changement aussi fondamental de notre droit. Les évêques du Canada ont convenu à l’unanimité de presser le gouvernement qui sera élu le 19 octobre de recourir à la disposition de dérogation pour prolonger ce délai à cinq ans. S’il y a une décision législative qui justifie de recourir à cette clause de notre Constitution, c’est bien celle dont il s’agit ici. Nous devons nous donner le temps de réfléchir avant d’agir et considérer sérieusement les conséquences de nos gestes avant de trancher une question morale aussi cruciale.

5. Sur la protection de la liberté de conscience et de religion, l’Église catholique croit et enseigne que :

« La liberté s’exerce dans les rapports entre les êtres humains. Chaque personne humaine, créée à l’image de Dieu, a le droit naturel d’être reconnue comme un être libre et responsable. Tous doivent à chacun ce devoir du respect. Le droit à l’exercice de la liberté est une exigence inséparable de la dignité de la personne humaine, notamment en matière morale et religieuse. Ce droit doit être civilement reconnu et protégé dans les limites du bien commun et de l’ordre public. » – Catéchisme de l’Église catholique, no 1738

En tant qu’évêques du Canada, unis aux autres membres du clergé, aux membres de la vie consacrée et à nos fidèles catholiques, nous sommes convaincus que notre pays se doit de défendre et protéger la liberté de conscience des hommes et des femmes qui fournissent des soins. Il est inacceptable d’exiger d’un médecin qu’il tue un patient. C’est faire affront à la conscience et à la vocation des travailleurs de la santé que de leur demander de collaborer à la mise à mort intentionnelle d’un patient, ne serait-ce qu’en le dirigeant vers un collègue. Le respect qui est dû à nos médecins à cet égard doit s’étendre à toute personne engagée dans les soins de santé ou qui travaille dans les établissements de santé de notre société ainsi qu’à chacun de ces établissements2.

À titre d’évêques du Canada, nous partageons la préoccupation du pape François face à notre « culture du déchet » et à sa fascination pour les « trucs faciles » et les « solutions techniques ». Ce qu’il a écrit récemment dans l’encyclique Laudato Si’ (aux paragraphes 46 et 70) s’applique de bien des façons à la question de l’euthanasie et de l’aide au suicide, alors même qu’on cherche à masquer ces pratiques sous un vocabulaire lénifiant en parlant, par exemple, d’« aide à mourir ».

Parmi les composantes sociales du changement global figurent les effets de certaines innovations technologiques sur le travail, l’exclusion sociale, l’inégalité dans la disponibilité et la consommation d’énergie et d’autres services, la fragmentation sociale, l’augmentation de la violence et l’émergence de nouvelles formes d’agressivité sociale, le
narcotrafic et la consommation croissante de drogues chez les plus jeunes, la perte d’identité. Ce sont des signes, parmi d’autres, qui montrent que la croissance de ces deux derniers siècles n’a pas signifié sous tous ses aspects un vrai progrès intégral ni une amélioration de la qualité de vie. Certains de ces signes sont en même temps des symptômes d’une vraie dégradation sociale, d’une rupture silencieuse des liens d’intégration et de communion sociale.

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2 Selon un sondage en ligne effectué l’été dernier par l’Association médicale canadienne, 63 p. 100 des 1 407 médecins qui y ont répondu ont indiqué qu’ils ne fourniraient pas l’aide médicale au suicide. Par ailleurs, les centres de soins palliatifs au Québec ont eux aussi annoncé l’été dernier qu’ils n’offriront pas l’aide médicale au suicide si jamais celle-ci devenait légale dans cette province.


La négligence dans la charge de cultiver et de garder une relation adéquate avec le voisin, envers lequel j’ai le devoir d’attention et de protection, détruit ma relation intérieure avec moi-même, avec les autres, avec Dieu et avec la terre. Quand toutes ces relations sont négligées, quand la justice n’habite plus la terre, la Bible nous dit que toute la vie est en danger.

Respectueusement soumis,
Mgr Douglas Crosby, OMI
Évêque de Hamilton et
Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada


Le 19 octobre 2015


La Conférence des évêques catholiques du Canada est l’assemblée nationale des évêques catholiques romains et catholiques orientaux. Pasteurs principaux de l’Église au Canada, ils s’expriment en son nom et ils ont pour fonction de guider et d’éclairer sur le plan spirituel plus de treize millions de catholiques canadiens. Les personnes baptisées dans l’Église catholique représentent quarante-six pour cent de la population canadienne.


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Une Église en dialogue

Catholiques et musulmans au Canada : croyants et citoyens dans la société

Commission épiscopale pour l’unité chrétienne, les relations religieuses avec les juifs et le dialogue interreligieux de laConférence des évêques catholiques du Canada

Le Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada a publié une lettre dans laquelle il explique que cettebrochure vise à « aider les catholiques du Canada à mieux comprendre leurs voisins musulmans. Le christianisme et l’islam sont les deux groupes religieux les plus nombreux du monde. Pour notre propre bien et pour le bien de toute l’humanité, nous devons apprendre à vivre en harmonie les uns avec les autres, et le Canada
peut certainement jouer un rôle important comme modèle de cette relation harmonieuse. Dans ce but, il est essentiel de nous connaître. » Le texte
complet de la lettre de Mgr Paul-André Durocher est disponible sous l’onglet « Salle de presse » du site Internet de la CECC : www.cecc.ca – onglet
« Déclarations et lettres ».


Pourquoi les catholiques se doivent-ils de connaître l’islam ?


Comme indiqué par les savants musulmans en 2007 : « Les musulmans et les chrétiens constituent ensemble plus de la moitié de la population mondiale. Sans la paix et la justice entre ces deux communautés religieuses, il ne peut y avoir de paix significative dans le monde. L’avenir du monde dépend
de la paix entre musulmans et chrétiens. (Une parole commune entre vous et nous, 2007.)

Le christianisme compte environ 2,3 milliards de fidèles dont environ la moitié est catholique. L’islam est une religion mondiale qui compte environ 1,6 milliard de membres. Les musulmans sont nos voisins, nos collègues de travail. Parce que l’immigration musulmane augmente, il est encore plus important de mieux connaître l’islam pour améliorer les relations et la compréhension entre nous.


Quelles sont les origines de l’islam ?


L’islam remonte à Muhammad qui naquit dans la ville de La Mecque, en Arabie (aujourd’hui l’Arabie Saoudite), en 570 de notre ère. Très jeune, Muhammad est devenu orphelin et il a été recueilli par des parents, notamment par un oncle. Muhammad a grandi et, comme cet oncle, il est devenu marchand et a voyagé à travers l’Arabie et les pays voisins. Il a acquis le respect et la confiance des gens. À son époque, beaucoup de personnes se rendaient en pèlerinage à la Kaaba, située à La Mecque. On a dit de cette structure en forme de cube qu’elle renfermait plus de 360 divinités.

Pour Muhammad cependant, il n’y avait qu’un seul Dieu. En priant à la Kaaba, il invoquait Allah (mot arabe qui signifie Dieu). En 610, en méditant dans une caverne sur le mont Hira, il reçut ce qu’il crut être des révélations divines. Il partagea ses messages avec Khadija, sa femme, et d’autres personnes. Khadija devint la première convertie à l’islam. Mais peu de personnes se convertirent à ce moment-là. Plusieurs n’ont pas accueilli le message que Muhammad leur transmettait.

En plus de prêcher que tous doivent se soumettre à Allah seul, il préconisait la justice et l’égalité. Plusieurs, surtout parmi les riches et les puissants, se sont opposés à lui. En 622, comme il n’était plus en sécurité à La Mecque, les gens d’Yathrib (à environ 500 km au nord) lui ont offert un endroit où s’installer avec ses compagnons. Le groupe a migré vers cette destination et s’est accru. La ville sera plus tard connue sous le nom de Médine, « la ville
du Prophète ». Cette migration fut si importante pour les musulmans, que l’année 622 marquele début de leur calendrier.

En 630, Muhammad entre à La Mecque avec force et les Mecquois sont vaincus. Avec le temps, de nombreuses tribus d’Arabie deviendront
musulmanes. Le coeur de leur religionest la croyance dans le seul Dieu et en Muhammad, le messager de Dieu. La Kaaba est toujours le premier sanctuaire musulman et le pèlerinage à La Mecque, une fois dans la vie du croyant, forme l’un des cinq piliers de l’islam.

Muhammad est demeuré le leader religieux, politique et militaire incontesté de cette communauté qui a continué de grandir jusqu’à sa mort en 632. Recueillis par ses compagnons pendant sa vie, ses messages ont été rassemblés après sa mort. En effet, ses successeurs ont ordonné de compiler les propos conservés depuis le début. C’est ce qui a donné naissance à ce qu’on appelle aujourd’hui le Qur’an.

■ L’enseignement islamique

L’islam est le nom de la religion; il signifie la soumission, l’allégeance. Le musulman est celui qui se soumet à la volonté de Dieu. Les musulmans
sont appelés à prêter allégeance à Dieu. Le mot al qouraˉn, terme d’origine syriaque, signifie récitation. Par sa taille, le Qu’ran (le terme francisé est Coran) fait les quatre cinquièmes du Nouveau Testament et se divise en 114 chapitres, ou sourates, classés selon leur longueur en ordre décroissant.

Les concepts religieux fondamentaux

  •  Les musulmans croient en un seul Dieu miséricordieux et tout-puissant.
  • La personne humaine est appelée à se soumettre à la volonté de Dieu.
  • Dieu est le créateur du ciel et de la terre.
  • Dieu récompensera les bons et punira les méchants au jour du Jugement.

Les cinq piliers de l’islam

1. Ach-Chahadah, la déclaration de croyance en l’islam : « Il n’y a d’autre dieu que Dieu, etMuhammad est son Messager. »

2. La prière rituelle. Les musulmans prient cinq fois par jour : au lever, au milieu du jour, dans l’après-midi, au coucher du soleil et avant la nuit. Du haut du minaret, le muezzin appelle les gens à la prière. Ceux-ci chantent, entre autres, « Allahou Akbar », Dieu est le plus grand. Ils prient tournés vers La Mecque.

3. Les actes de bienfaisance : une taxe de 2 ½ pour cent doit être payée sur la richesse d’une personne pour aider les moins fortunés.

4. Le jeûne du Ramadan. Les musulmans suivent un calendrier lunaire de douze mois. Le Ramadan est le mois sacré de l’islam, pendant lequel les musulmans commémorent le premier message communiqué à Muhammad et la migration de La Mecque à Médine qui a eu lieu dix ans plus tard. Pendant ce mois, les musulmans jeûnent de l’aube jusqu’au coucher du soleil. La fête d’Aïd el-Fitr marque la fin du jeûne.

5. Le pèlerinage, hajj : au moins une fois dans leur vie, tous ceux et celles qui le peuvent sont censés se rendre à La Mecque. Les pèlerins portent un vêtement de couleur blanche – couleur rituelle de l’islam –, semblable pour tous, pour signifier que tous les musulmans sont égaux.

Subdivisions parmi les musulmans

Bien que les non-musulmans ont tendance à associer l’islam avec l’ethnicité arabe, tous les musulmans ne sont pas Arabes et que tous les Arabes ne sont pas musulmans. Il y avait des chrétiens de langue arabe bien avant l’arrivée de l’islam et nous en comptons parmi nos collègues et nos voisins. Même s’il existe de nombreuses subdivisions parmi les musulmans, on y remarque trois branches principales :

Sunnisme

De la tradition sunna (cheminement, voie éprouvée). Les sunnis voient en Abu Bakr un compagnon de Muhammad, son successeur légitime. Quatre-vingt-sept pour cent des musulmans sont sunnites. Une grande partie de la population sunnite se trouve, entre autres, en Turquie, en Afrique, au Moyen-Orient et en Indonésie.

Chiisme (partisans d’Ali)

Ali était le gendre de Muhammad et les chiites estiment qu’il aurait dû lui succéder. Il en devint le quatrième successeur (en arabe : khalifa) et il mourut assassiné. De 10 à 15 % des musulmans sont chiites. Cependant, les chiites représentent 90 à 95 % des musulmans iraniens, 45 à 55 % des musulmans iraquiens, 45 à 55 % des musulmans libanais et environ 25% des musulmans de l’Inde.

Soufisme ou islam mystique

Le mot sûf désigne l’étoffe de lin. Un siècle ou deux après la mort de Muhammad, ceux qui ont choisi de suivre la voie de l’intériorité que leur proposait
l’islam portaient des vêtements de laine écrue. Ils mettaient l’accent sur le contact direct avec Dieu grâce à des expériences mystiques. (Les derviches tourneurs sont des soufis.)


■ Croyances partagées par les catholiques et les musulmans


  • Nous adorons un seul Dieu, auquel nous nous rapportons toutefois de manière différente; nous le reconnaissons miséricordieux et tout-puissant.
  • Nous croyons que Dieu a créé le ciel et la terre.
  • Nous croyons que Dieu a parlé à l’humanité, quoiqu’avec une compréhension différente de la révélation.
  • Nous croyons en la résurrection des morts.
  • Nous essayons de vivre des vies moralement irréprochables.
  • Nous prions, faisons l’aumône et jeûnons.

Différends entre catholiques et musulmans

  • Les catholiques croient en la Trinité : un seul Dieu en trois personnes divines – le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Les musulmans n’acceptent pas cette doctrine.
  • Les musulmans révèrent Jésus comme un prophète. Les catholiques adorent Jésus, Fils de Dieu.
  • Les catholiques croient que Jésus est vrai Dieu et vrai homme. Les musulmansne croient pas que Dieu s’est incarné en Jésus.
  • Les catholiques croient que la mort de Jésus sur la croix nous a rachetés du péché. Les musulmans ne partagent pas cette croyance. 
  • Les catholiques croient que Jésus Christ est la révélation définitive deDieu à l’humanité. Les musulmans voient dans le Qur’an cette révélation définitive.
  • Les catholiques croient que la blessure du péché originel est transmise à tous les êtres humains. Les musulmans croient qu’Adam et Ève ont péché mais qu’ils ont été pardonnés et que leurs descendants n’ont pas hérité du péché.
  • Les catholiques croient que la loi divine interdit le divorce; le Qur’an permet le divorce, mais le déconseille.
  • En islam, Dieu fait connaître sa volonté. En christianisme, Dieu ne transmet pas seulement sa volonté, il se donne lui-même.
  • Il est important de prêter attention à ce que les experts appellent le « piège des mots ». Chrétiens et musulmans peuvent employer le même
    terme ou parler de la même personne mais leur accorder une valeur différente. Ainsi, Abraham, Moïse, Jésus, la prière, l’aumône ou le pèlerinage
    prennent un sens que ne partagent pas nécessairement les chrétiens. Il faut donc dans le dialogue avoir des discussions claires et ouvertes afin d’éviter les malentendus.

■ Le dialogue entre catholiques et musulmans

La Conférence des évêques catholiques du Canada a une commission vouée au dialogue avec les chrétiens et les autres traditions religieuses : c’est la
Commission épiscopale pour l’unité chrétienne, les relations religieuses avec les juifs et le dialogue interreligieux.

Cette commission noue des liens avec d’autres Églises, d’autres communautés ecclésiales et d’autres traditions religieuses. Elle favorise les dialogues qui visent à promouvoir l’unité chrétienne et une meilleure compréhension de la croyance entre diverses traditions religieuses. L’importance qu’accordent
les évêques canadiens au dialogue interreligieux s’inspire largement du Concile Vatican II (1962-1965), qui a favorisé la compréhension approfondie des autres communautés croyantes. Voici ce que disait Nostra Aetate (la Déclaration sur les relations de l’Église avec les religionsnon chrétiennes) au sujet des musulmans :

L’Église regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu unique, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes. Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu, même s’ils sont cachés, comme s’est soumis à Dieu Abraham, auquel la foi islamique se réfère volontiers. Bien qu’ils ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent comme prophète; ils honorent sa Mère virginale, Marie, et parfois même l’invoquent avec piété. De plus, ils attendent le jour du jugement, où Dieu rétribuera tous les hommes après les avoir ressuscités. Aussi ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte à Dieu, surtout par la prière, l’aumône et le jeûne.

Même si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans, le saint Concile les exhorte tous à […] s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté. (Nostra Aetate, n° 3)


Le Concile Vatican II fut convoqué par saint Jean XXIII et clôturé par le bienheureux Paul VI. Le Concile a appuyé le dialogue avec les autres chrétiens et avec les membres des autres traditions religieuses. Le dimanche de la Pentecôte, en 1964, Paul VI a créé un nouveau service au sein de la
Curie romaine pour les relations avec les membres des autres traditions religieuses. Il lui a donné le nom de Secrétariat pour les non-chrétiens.

Après le Concile, Paul VI a encouragé le Secrétariat, qui porte aujourd’hui le nom de Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, à adresser un message aux musulmans à l’occasion de la fin du Ramadan.

Le Conseil a trois objectifs :

1. promouvoir la compréhension mutuelle, le respect et la collaborationentre les catholiques et les fidèles des autres traditions religieuses;

2. encourager l’étude des religions;

3. favoriser la formation de personnes vouées au dialogue. Sous les auspices du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, la Commission pour les rapports religieux avec les musulmans a été créée en 1974. La Commission a pour mandat d’aider à construire et à soutenir le dialogue interreligieux avec les musulmans. Des commissions de dialogue ont aussi été mises sur pied aux niveaux régional, national et international à travers le monde. L’Église situe le dialogue interreligieux à l’intérieur de sa mission évangélisatrice. Le dialogue est un dialogue de salut. « Dans un dialogue qui se poursuit à travers les âges, Dieu a offert et continue d’offrir le salut à l’humanité. Fidèle à l’initiative divine, l’Église doit, elle aussi, entamer un dialogue de salut avec tous les hommes et toutes les femmes. » (Dialogue et proclamation, n° 38)

Quatre formes de dialogue ont été suggérées :

1. le dialogue du vécu : les chrétiens témoignent de leur foi et de leur mode de vie quand ils dialoguent avec les autres;

2. Le dialogue par l’action : l’appel à préserver et promouvoir la paix, la liberté, la justice sociale et les valeurs morales par le dialogue;

3. les échanges théologiques ou le dialogue entre experts : ce qui permet aux spécialistes d’approfondir leur propre tradition et d’apprécier la
valeur des autres religions;

4. le dialogue de l’expérience religieuse qui approfondit l’expérience religieuse personnelle, favorise la solidarité dans la prière et les échanges
sur le plan de l’expérience religieuse.

Saint Jean-Paul II a encouragé cette approche lorsqu’en 1986 il a invité les leaders religieux à Assise pour un rassemblement interreligieux sur le thème de la paix mondiale. Plusieurs musulmans ont alors répondu à son invitation.

Par ailleurs, d’autres ententes entre intellectuels ont pris forme. Il y a notamment un accord de coopération académique entre l’Université d’Ankara et l’Université pontificale grégorienne de Rome, qui a donné lieu à un échange de professeurs et à la tenue de plusieurs colloques universitaires à Rome et à Ankara.

Lors d’un colloque sur la sainteté dans le christianisme et dans l’islam, le 9 mai 1985, Jean-Paul II a affirmé : « Chrétiens et musulmans, nous croyons en un seul Dieu, au Dieu vivant qui a créé le monde, et il y a là un socle puissant sur lequel construire ensemble la sainteté authentique dans l’obéissance et le culte rendu à Dieu. »

En 2006, le pape Benoît XVI a visité une mosquée en Turquie; il a déclaré à cette occasion : « Les chrétiens et les musulmans, suivant leur religion
respective, mettent l’accent sur la vérité du caractère sacré et de la dignité de la personne. C’est la base de notre respect et de notre estime réciproque, c’est la base de la collaboration dans le service de la paix entre les nations et les peuples, qui est le désir le plus cher de tous les croyants et de toutes
les personnes de bonne volonté […] La liberté de religion, garantie en droit et respectée en pratique, tant pour les individus que pour les communautés, constitue pour tous les croyants la condition nécessaire à leur contribution à l’édification de la société dans une attitude de service authentique, en particulier à l’égard des personnes les plus vulnérables et les plus pauvres. »

■ Les défis du dialogue

Le sort des chrétiens du Moyen-Orient continue de préoccuper gravement l’Église universelle et entraîne
une difficulté pour le dialogue entre catholiques et musulmans.

Le défaut de protection de droits humains fondamentaux, comme la liberté religieuse et la liberté de vivre à l’abri de la peur et du besoin, continue de
menacer l’existence même des chrétiens de la région.

Il faut le remarquer, il est arrivé que des voisins musulmans ont tenté de protéger leurs voisins chrétiens de certains éléments extrémistes de l’islam; mais en dépit de ces gestes honorables, les chrétiens du Moyen-Orient continuent de souffrir gravement. Musulmans et chrétiens ont beaucoup souffert de l’égarement de ceux qui choisissent d’utiliser la religion pour justifier la violence.

■ Catholiques et musulmans au Canada

La Conférence des évêques catholiques du Canada est représentée au sein du Comité de liaison national des chrétiens et des musulmans (CLNCM).

Créé il y a plus de 15 ans, ce comité a aspiré à réunir plusieurs organisations nationales musulmanes et chrétiennes au dialogue ainsi que les gens de foi au Canada.

Dans le passé, le CLNCM a pris en main des projets tels que « Les familles rencontrent des familles », dans lequel des familles musulmanes et chrétiennes ont été jumelées et invitées à se connaître les unes les autres et leurs croyances à travers l’interaction sociale. Un des programmes le plus
réussi a été le Souper de reconnaissance, dans lequel un musulman et un chrétien sont reconnus pour leur contribution au renforcement de la compréhension entre musulmans et chrétiens. Plus récemment, en mars 2015, le CLNCM a organisé un événement public intitulé « Les décisions dans les soins de fin de vie – Perspectives musulmanes et chrétiennes ».

En plus des efforts nationaux, il y a de nombreux dialogues catholiques et musulmans qui se déroulent dans des diocèses à travers le Canada, tels que dans les archidiocèses d’Edmonton, Montréal et Toronto. Ces efforts locaux au dialogue entre les paroisses et les mosquées voisines se révèlent particulièrement fructueux à la construction de relations entre nos deux communautés.

En 2007, 138 leaders et savants musulmans ont publié une Lettre ouverte intitulée « Une parole commune entre vous et nous. » Les signataires y soulignent les fondements communs de la foi en Dieu, de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain, et l’importance de promouvoir la paix dans le monde puisque musulmans et chrétiens forment aujourd’hui un pourcentage important de la population mondiale.

En novembre 2008, le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux et les représentants des 138 dirigeants musulmans qui ont signé la Lettre ouverte aux responsables chrétiens ont créé le Forum catholicomusulman qui se réunit tous les trois ans. Lors de sa dernière réunion, en novembre 2014, les participants au Forum ont délibéré sur le thème : « Travailler ensemble pour servir les autres ». En août 2008, la Commission épiscopale pour l’unité chrétienne, les relations religieuses avec les juifs et le dialogue interreligieux de la Conférence des évêques catholiques du Canada a publié une réponse à « Une parole commune entre vous et nous » :

Nous prenons acte avec beaucoup d’intérêt et une grande espérance de la lettre ouverte intitulée « Une parole commune entre nous et vous » […]. Ici au Canada, nous nous réjouissons de ce que musulmans et catholiques, comme les autres chrétiens et les membres de toutes les confessions religieuses, puissent vivre dans la paix et dans l’harmonie. […] Nous soutenons et nous encourageons le dialogue qui est nécessaire au maintien et au renforcement de la collaboration entre chrétiens et musulmans et qui favorise un véritable esprit de compréhension mutuelle. […] Dieu veuille, nous l’en prions, que la Lettre ouverte nous aide tous à édifier entre nos communautés croyantes des rapports de respect et de coopération.


Pour de plus amples renseignements sur l’oecuménisme et les relations interreligieuses, visitez le site Internet officiel de la Conférence des évêques catholiques du Canada : www.cecc.ca


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Commission épiscopale pour l’unité chrétienne, les relations religieuses avec les juifs
et le dialogue interreligieux de la Conférence des évêques catholiques du Canada
Vous pouvez télécharger une copie PDF de cette brochure,
en français et en anglais, à www.cecc.ca.
Code : 184-892
ISBN : 978-0-88997-752-5
Dépôt légal : Bibliothèque et Archives Canada, Ottawa.
Dépôt : Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Montréal.